Situation nationale, Qui pour nous sortir de cette incapacitante morosité politique ?

Publié le lundi 17 février 2014

Travaille-t- on encore au Burkina ? Depuis quand le Burkina est-il devenu une société politique pour en être à ce point malade ? Les burkinabè n’ont plus qu’un seul sujet à la bouche : Blaise va-t-il accepter de renoncer à sa prétention de réviser la Constitution en vue de briguer un nouveau mandat ?

La question divise profondément les burkinabè. Il y a ceux qui ne voient pas le Burkina en dehors du magister de Blaise Compaoré et qui mettent tout en œuvre pour le maintenir au pouvoir. Ceux-là disposent encore et toujours de la manne financière nécessaire pour influencer les consciences. Et il semble qu’ils en usent et abusent singulièrement depuis que la maison CDP a commencé à prendre de l’eau.

Selon Clément Sawadogo, le secrétaire général du tout nouveau parti créé par les dissidents du CDP, (lire interview qu’il nous a accordée), la pratique est inégalée. La pêche aux leaders d’opinion et notamment aux chefs coutumiers se fait à coups de millions gracieusement offerts, dans le but de conserver leur allégeance au chef de l’Etat.

Le moment est en effet critique, depuis que le Laarlé Naba a remis en cause la règle non écrite qui faisait de tout chef coutumier un obligé du parti au pouvoir. Nombre de ses pairs ont emboité ses pas et décidé de reprendre leur liberté vis-à-vis du CDP. L’importance de l’hémorragie justifie sans doute la débauche financière en cours, dans l’espoir que le « garrot » viendra à bout des convulsions mortifères.

Du côté du CFOP, les gigantesques marches-meeting organisées à travers tout le pays ont ragaillardi les militants des partis affiliés mais aussi les burkinabé qui aspirent à l’alternance démocratique. La persévérance et la détermination dont ils ont fait preuve ont fini par provoquer de grandes fissures au sein du parti-Etat et rendre l’alternance à portée de main.

Le MPP peut être considéré à juste titre comme la résultante de ces luttes populaires, celles amenées par le CFOP, de même que toutes ces luttes menées contre la vie chère et pour les libertés démocratiques. Ses dirigeants l’ont dit clairement, ils ont désormais choisi de se mettre du côté du peuple, pour une autre gouvernance. Ces évolutions dans les rapports de forces politiques, s’accompagnent d’un bouillonnement tel que la vie nationale se trouve engloutie dans une paranoïa du changement. Aujourd’hui, partisans et adversaires du changement s’étripent dans la presse, dans les maquis, dans les regroupements même occasionnels.

Evidemment, cette ambiance guerrière a des retombées dans les services où la lecture des journaux a remplacé le traitement des dossiers. Il n’est pas possible de traîner une telle situation durablement. Les opérateurs économiques vous le diront, la situation d’incertitude politique pèse lourdement sur le climat des affaires. C’est une règle immuable de la vie économique. Quand le politique bat de l’aile, l’économique a tendance à se gripper. Qui pour nous sortir de cette impasse ? Tout le monde se tourne à juste raison vers Kosyam. Blaise Compaoré est le seul à pouvoir nous tirer d’affaire.

On ne peut croire un seul moment que les partis de la mouvance présidentielle impliqués par les médiateurs autoproclamés dans le processus de recherche d’une solution à la crise pourraient peser d’un quelconque poids sur les résultats des négociations en cours. Eux savent bien qu’ils ne sont que des paravents de Kosyam, des instruments d’une stratégie de louvoiement destinée à donner du temps et encore du temps au chef de l’Etat. Malheureusement pour lui, il n’est pas certain que le temps soit à présent son allié. La patience dit-on a des limites. Les burkinabé sont fatigués de ce jeu de cache-cache qui plombe la vie nationale alors que de plus en plus de jeunes diplômés ne trouvent pas d’emplois, que les fonctionnaires sont confrontés à une baisse continuelle de leur pouvoir d’achat, que le secteur informel ouvre de moins en moins de perspectives aux milliers de jeunes qui y avaient trouvé refuge. Ce n’est pas cette fin qu’on aurait souhaité à Blaise qui aurait pu mériter mieux, malgré ses grands écarts. La vie des nations et des peuples n’est pas une trajectoire rectiligne. C’est un constat. L’essentiel, quand on s’écroule est de se relever et de poursuivre sa route. Il faut donc souhaiter pour le bien du Burkina, que nos médiateurs même autoproclamés réussissent à obtenir un compromis dynamique qui nous fasse avancer et non reculer. 

Par Germain B. Nama



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