CHAN 2013 : Les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets

Publié le vendredi 31 janvier 2014

Comme il y a à peine un an, le Burkina était un des 16 invités d’une compétition de sélections nationales de foot du continent. Exactement comme en 2013, l’Afrique du sud a été désignée comme théâtre de la compétition. Mais la comparaison s’arrête là. Si nous avions marqué le pays de Neslson Mandela en sortant vice champion l’épreuve, il y a un an, cette fois, les Etalons version locale ont été renvoyés à leurs chères études.

Les Etalons sont repartis sur le sol sud africain pour une CAN ! Le beau souvenir de l’exploit de l’équipe fanion qui a bousculé la hiérarchie du foot continental se qualifiant pour la finale de la CAN 2013 était encore frais dans les mémoires.

le nom de Aristide Bancé de Jonathan Pitroipa, les héros de l’exploit burkinabè à la CAN 2013 étaient le mot de passe que les sud africains lançaient dès qu’ils reconnaissaient un burkinabè. Mais cette fois-ci, le Burkina a débarqué avec d’autres Etalons. 

Les Etalons locaux constituants les l’équipes de la CAN (Ph, Dr) 


Des inconnus. M’bah Koné (RCB), Ousséni Yéyé (USFA), Issouf Dayo (EFO), Saidou Simporé (AS-SONABEL), Alassane Sango (ASFA-Y), Yaya Darlaine Coulibaly (ASFA-Y), Elysée To (RCK), Valentin Zoungrana (EFO), Aliassou Sanou (AS-SONABEL), Aboubacar Sidiki Traoré (Santos FC), Boubacar Nimi (EFO), Bassirou Ouédraogo (ASFA-Y), Francis Kaboré (Santos FC), Oumarou Nebié (ASFA-Y), Issouf Kaboré (EFO), Ilias Tiendrebéogo (ASFA-Y)...sont les hommes de Brama Traoré, le coach.

Hormis Mohamed Kaboré, gardien de but et Issa Gouo qui sont quelque peu connus pour avoir déjà endossé le maillot de la sélection chez les A, le reste de la liste dit peu de choses. Normal. Ce sont des joueurs tous évoluant dans le championnat domestique conformément au règlement qui ne rend éligible que seuls les joueurs évoluant dans leur pays. Même ceux évoluant dans d’autres championnats africains que celui de leur pays d’origine ne sont pas qualifiés pour le CHAN.

Le CHAN est un grand et bon marché où les recruteurs se bousculent. Les joueurs qu’on peut y trouver ne sont attachés qu’à des formations sportives africaines et peuvent être transférés pour des broutilles. Sans le dire, les dirigeants du foot Burkinabè pensaient, en prenant la route de l’Afrique du sud que l’équipe locale pouvait bien marcher sur les pas de l’équipe A ! Le Burkina est l’un des rares pays à convoyer une centaine de supporters sur Cape Town pour soutenir son équipe.

Même si l’équipe n’avait pas bénéficié des conditions idéales de travail de part le passé, à l’approche de la compétition, la situation a bien évolué. Avant même de prendre le vol pour Cape Town, l’époque où l’équipe mangeait le riz de la bonne cuisinière de Ouaga était révolue. Le onze local mangeait des mets d’un chef cuisinier, avait démangé à l’Hôtel, se déplaçait dans un car confortable, s’entraînait sous la surveillance d’un service de sécurité assuré par la gendarmerie…

Bref, on a tenté de créer les mêmes conditions de travail des Etalons A pour les locaux. Le coach national, celui-là qui a conduit le Burkina jusqu’en finale de la CAN 2013, le Belge Paul Put a été appelé en renfort à l’encadrement jusque-là tenu par son adjoint Brama Traoré appuyé de Albert Frédéric Bambara. On ne peut qu’applaudir des mains. Ensemble, les deux techniciens vont mettre en commun leur intelligence pour réussir des prouesses. C’était peut être bien pensé.

Sauf qu’à l’application, les choses ne vont pas allées comme souhaitées. Finalement au lieu qu’on voit une mise en commun des talents, on a assisté à une juxtaposition d’entraîneurs. A preuve, lors des séances d’entraînements c’est Paul Put qui était à la baguette. Brama Traoré lui se tenait tranquille sur la ligne de touche. Quand vient l’heure du match, c’est Traoré qui s’installe sur le banc de touche.

Pas de Paul Put, ni de près ni de loin. Dans une telle disposition il était difficile de voir mieux que ce qu’on a vu. Nous l’avons dit, l’idée de renforcer le staff en elle n’est pas mauvaise. D’ailleurs, il semble que c’est sur demande de Brama Traoré que Paul Put est arrivé. Mais déjà, au lieu de venir seul, il est arrivé avec son staff au complet. Son adjoint, son kiné, son docteur, son préparateur physique.

Or, avec lui, il y avait un staff avec autant de composante qui a œuvré à qualifier pour la première fois les Etalons à une phase finale de CHAN. Evidemment, il était difficile d’établir une collaboration réussie. Il aurait été facile que Paul Put soit le seul renfort qui allait facilement coordonner le staff existant. Toutefois les Etalons locaux ont fait montre d’une détermination. Personne ne peut le nier. A un moment donné, l’engagement était à la limite de la barbarie.

Mais l’animation du jeu laissait à désirer. Sur le plan de la tactique du jeu, le Burkina doit sans doute faire partir du club non désirable de derniers de la classe ! En cas de perte de balle, on ne voyait pas une équipe s’organiser pour le conquérir.

Même quand l’équipe possède le ballon, les solutions manquaient. Les joueurs n’avaient aucun plan offensif. Bassirou Ouédraogo, l’attaquant des Etalons et auteur de l’unique buteur même s’il a eu de l’intérêt pour un club sud-africain et qui y retournera certainement a été tributaire d’un activisme fort remarquable sur la ligne offensive.

Mais le joueur burkinabè courait partout tel "un chien fou" pour reprendre l’expression du président de l’As-Saint Etienne parlant des joueurs burkinabè. Un recruteur sud-africain nous a affirmé avoir trouvé de la valeur en lui mais il est à l’étape brute ! C’est tout dire. La désorganisation du jeu burkinabè commence à la défense. Le libéro M’Bah Koné a sans doute été présent dans les tâches offensives. Mais il est dit en foot que l’action offensive commence dès la défense.

Quand notre défenseur tapait dans le ballon l’envoyant là le vent va, il était difficile d’espérer mieux. L’action du staff technique n’a pas pris. Mais il faut l’accepter. La responsabilité va plus loin. C’est la crème de notre championnat qui s’est retrouvé en Afrique du sud.

Cela suppose qu’on n’est plus à l’étape où on doit apprendre le B A ba. Mais si en sélection les joueurs arrivent déjà sans le strict minimum que faire ? L’entraîneur n’a que deux semaines de travail. Il doit chercher à instaurer les mécanismes et non pas leur apprendre comment jongler une balle. Les staffs techniques des différents clubs du Burkina sont donc comptables du mauvais comportement de notre équipe.

Le CHAN est cette occasion en or d’évaluer le niveau réel de notre championnat national de foot. On saura si le public sportif burkinabè ne le consomme pas à tort ou à raison. Déjà, les clubs nationaux n’arrêtent pas d’aligner les échecs en campagne africaine.

Mais là, on peut se dire que les clubs comportant des joueurs expatriés ne représentent pas totalement le niveau du foot d’un pays. On peut dire à décharge de Brama Traoré et de sa troupe que la sélection qui a joué et qualifié le Burkina a bien connu une évolution. Entre l’effectif qui a qualifié le Burkina et celui qui est allé à Cap Town, en Afrique du Sud, il y a eu beaucoup de perte.

Notamment en défense centrale. L’équipe ne peut plus compter sur le talentueux, Ibrahim Gnanou, ni sur Martin de l’USFA, ni sur l’intraitable Pierre Dalla, l’ex-sociétaire de l’EFO parti vendre son talent au Djoliba FC du Mali. L’équipe doit retrouver un nouvel équilibre dans l’axe défensif. Mais il faut l’accepter, le verdict du CHAN illustre bien le niveau plat de notre championnat national.

Quand une compétition de ce genre se joue dans l’indifférence totale du public, quand les clubs ne savent même pas comment faire pour assurer le salaire des joueurs, quand l’organisation du championnat laisse à désirer, quand les joueurs ne savent pas faire un travail personnel pour rehausser leur niveau il est clair que le CHAN ne puisse être une réussite.

La participation du Burkina se résume à 1 point pour un nul (1-1) contre le Maroc et deux défaites contre l’Ouganda et le Zimbabwé. Là, on peut dire que le Burkina n’avait pas hérité du groupe de la mort. On avait prédit que l’Ouganda était le petit poucet du groupe. Eh bien, ce n’était pas faux. Mais le Burkina qui avait la possibilité de faire le plein des points contre cette formation s’est fait surprendre. Après, le nul contre le Maroc n’a pas suffi vu que le Zimbabwé nous a battu.

L’Afrique du Sud, cette fois-ci a été un échec. Mais l’élimination prématurée doit porter son sens. Après ce rendez-vous manqué de Cape Town, on connaît le niveau réel de notre championnat. On comprendra qu’il y a urgence à disposer d’un championnat domestique d’un niveau acceptable. C’est là que sortent les Etalons A.

Charles Kaboré, Pitroipa Jonathan, Bakary Koné, Aristide Bancé et les autres qui font notre fierté y sont sortis. Si l’on ne prend garde, le niveau actuel du championnat nous privera de la relève. Et là, ce sera regrettable ! 

JJ Traoré


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