La Réponse des Compaoré dans la tourmente : " Des traîtres et des vauriens"

Publié le vendredi 31 janvier 2014

Insultes et mépris. Voilà comment les frères Compaoré ont réagi à la défection des Roch And Cie. 

A force de distribuer récompenses et punitions, selon leur bon vouloir, les Compaoré ont fini par croire que tout, dans ce pays, leur est dû. Alors ils attendent en retour, courbette et déférence.

Blaise et François ont dégainé avec la même arme et les mêmes munitions. Les dissidents sont des « traîtres et des moins que rien », qui n’étaient rien, avant d’avoir croisé la route des Compaoré.

A tout seigneur tout honneur. L’aîné d’abord, Blaise qui dans un aparté à un proche, rapporté, dans le Confidentiel de Jeune Afrique (n 2767), se répand en amabilités pour parler des dissidents : « ils n’étaient que des seconds couteaux sous la révolution quand je les ai fait émerger, et voilà qu’ils me trahissent ». En quelque sorte, des « vauriens qui me doivent tout »

Pour Blaise Compaoré et les siens, les démissionnaires sont des traitres (ph, Dr)


Puis c’est au tour, du cadet François. A une réunion des instances du parti, certains disent devant près de 70 personnes, une grosse réunion donc, le flegmatique François n’a pas pu réprimer sa colère. Il va « s’essuyer  » sur les boubous du Larlé qui venait de remettre sa démission. Le ministre de sa majesté se verra gratifier de « vaurien  ». Le trio, « de malades » que son frère ainé dépense pour soigner avec beaucoup d’argent. Tous donc des ingrats.

La douleur du divorce

En politique, comme dans la vie, les divorces ne sont jamais des moments de sérénité. Mais en politique, la chose peut prendre des allures plus violentes. Rétrospectivement, dans ce pays et particulièrement sous ce régime, les divorces politiques ont été sanctionnés par la mise à mort du dissident. La rétorsion est toujours à la hauteur de l’importance du partant. Le premier à en être victime, c’est Oumarou Clément Ouedraogo. 

A la faveur du vent de la démocratie, il quitte l’ODP/MT et se joint à l’opposition rassemblée à la Convention des Forces Démocratiques (CFD). Il est pisté et assassiné à la grenade, en centre-ville, alors qu’il venait de quitter un meeting politique. Oumarou Clément Ouedraogo était une des figures tutélaires de la rectification et du Front Populaire.

Son divorce constituait donc un affront, qu’il ne fallait surtout pas laisser passer au risque de créer un précédent dangereux. En plus d’avoir perdu la vie, il avait eu droit aussi, à l’amabilité de « traître ».

On peut donc considérer que c’est un vocabulaire sur mesure pour les dissidents. Par contre la notion de « vaurien » est nouvelle. Elle remplace probablement, la mise à mort physique. Les mots aussi constituent une forme de destruction.

La dévalorisation de l’autre est une façon de le tuer. En cela on peut dire que la réaction violente contribue de la rhétorique politique, qui peut souvent être très méchante. Mais sa violence est caractéristique de la valeur de celui à qui elle est adressée. Donc, on peut sans risque de se tromper, voir dans les propos des frères Compaoré, l’immensité de l’amertume. Ils sont face à une nouvelle situation qui rogne sérieusement leur leadership politique et aussi leur ascendance sur les hommes.

Ils réalisent que les choses sont en train de changer. Le départ des Roch sonne, quoiqu’on dise le glas des intentions des Compaoré. Un nouveau bail à la tête de l’Etat aurait forcément fait l’affaire des deux. Blaise aurait eu son bonus. François aurait mis à profit, la rallonge, pour mieux lustrer son image et se préparer à succéder à son frère, en 2020. C’est tout ça qui tombe à l’eau. Les partants ont les moyens de contrer ce destin, qui semblait écrit d’avance.

La France allait fermer les yeux !

Un intense lobby avait fini par ramollir, François Hollande. Il n’aurait pas vu d’un mauvais œil, le maintien de Blaise à son poste. Alassane Ouattara, l’ivoirien, avait dit-on fait le travail et avait exigé, que Blaise reste encore en fonction, parce que lui, qui venait d’arriver n’avait pas tous les leviers en mains, pour prendre la succession. Le scénario, à la sortie du Sommet Afrique France avait été accepté.

Il ne restait plus qu’à décliner les modalités. Ouattara, n’avait pas compté avec le scénario qui s’est produit. Il a dû se dépêcher pour colmater les brèches. Sauf que c’était trop tard. Un autre scénario est maintenant en train d’être échafaudé. On y reviendra sans doute dans nos prochaines livraisons.

Par Newton Ahmed Barry


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