Pollution des déchets urbains Un véritable problème de santé publique

Publié le mercredi 11 avril 2012

La ville de Ouagadougou est estimée aujourd’hui à environ 2 000 000 d’habitants. Face à cette explosion démographique, la capitale burkinabè est confrontée à des problèmes d’hygiène et d’assainissement dus à une production importante de déchets. Cela a pour conséquence la pollution du cadre de vie et donc un danger pour la santé des populations.

 

300 000 tonnes de déchets sont collectés par an dans la ville de Ouagadougou. Soit environ 800 tonnes par jour. Chaque habitant de Ouagadougou produit 0,5kg de déchets par jour. Cela en dit long sur l’importance de la pollution des déchets urbains dans la capitale burkinabè. Selon l’article 24 du code de l’environnement du Burkina, « Les déchets urbains sont des détritus de toute nature, (liquide, solide ou gazeuse) en provenance des maisons d’habitation et assimilés, des immeubles administratifs, des salles de spectacles, de restauration et de tout autre établissement recevant du public. Sont assimilées à des maisons d’habitation les casernes et les écoles ». L’article précise en disant que : « Sont compris dans la dénomination déchets urbains : les ordures ménagères, les cendres, débris de verre ou de vaisselle, feuilles. Balayures et résidus de toutes sortes déposés dans les récipients individuels ou collectifs placés devant les maisons ou à l’entrée des voies inaccessibles aux camions, les eaux usées domestiques, les excréta. » Selon Evariste Ilboudo, chef de service de l’hygiène alimentaire et de la salubrité, le développement de ces déchets est la cause directe « des habitudes modernes de consommation des populations, de leur mode de vie moderne ». Raison pour laquelle il assimile aux insalubrités domestiques « les biomédicaux » telles les seringues, les compresses, les perfusions. Les déchets domestiques sont grosso modo, les corps liquides dont les eaux usagées, les vidanges des fosses sceptiques et les corps solides dont les sachets plastiques « ou cancer de la ville » selon le maire Simon Compaoré. Selon une étude de KABORE Sidnoma Georgette sur les sachets plastiques en 2009, le Burkina Faso produirait « annuellement plus de 200 000 tonnes de déchets plastiques ».

Cet état de fait se justifie par « les nouvelles habitudes de consommation. C’est le conditionnement des aliments dans des sachets en plastiques qui constitue une vraie source de prolifération des déchets plastiques ». Selon Evariste Ilboudo, les zones où on trouve des dépôts « sauvages » d’ordures sont les vieux quartiers et les quartiers périphériques, notamment les zones non loties de la ville de Ouagadougou. Dans ces quartiers surtout non loties, compte tenu de la promiscuité des concessions, « il n’est pas rare de traverser des voies couvertes d’eaux usées provenant des douches ». A Samandin et Dagnoin, certaines concessions déversent leurs ordures dans les caniveaux devant leurs domiciles. Quand à Dagnoin, on constate paradoxalement des tas d’ordures brulées devant les concessions. Une vieille dame s’exprime sur la gestion des ordures ménagères. « Quand ça devient beaucoup, on les brûle », confie-t-elle. C’est dire que dans ces quartiers, au mieux, les gens brûlent les ordures et au pire, ils les jettent dans des lieux publics. Une étude menée en 2008 par la fondation 2IE entre la ville de Ouagadougou et Lyon en dit beaucoup. A la même période, les deux villes avaient chacune une population estimée à 1 200 000 habitants. Ouagadougou produisait 240 000 tonnes de déchets solides par an tandis que Lyon en produisait 450 000 tonnes. Paradoxalement, Lyon avait un taux de collecte de 99% tandis qu’à Ouagadougou, on en était à seulement 60%. Ce qui veut dire, selon M. Ilboudo, que les 40% sont déversés dans la nature. 

 

La nocivité sur la santé des populations

 

A Samandin, ce canal sert de dépotoir au grand bonheur des moustiques

La conséquence de tous ces faits est la pollution de l’environnement dont la dégradation du cadre de vie et les dangers sanitaires humains. Certes, au Burkina Faso, il n’y a pas de service spécialisé en pollution pour déterminer avec exactitude la part de la pollution dans telle ou telle maladie. Cependant, tous les acteurs s’accordent à dire qu’un environnement malsain favorise le développement de plusieurs maladies. Selon Yacouba Ouédraogo, statisticien sanitaire et épidémiologue à la direction générale de l’information et des statistiques sanitaires (DGISS), la fumée des ordures brulées est très néfaste pour la santé. « Lorsque le gaz de cette fumée rentre en contact avec les yeux, il s’humidifie et devient comme de l’acide dans l’organisme », a-t-il expliqué. Egalement, cet état de fait peut provoquer chez les individus, des maladies respiratoires telles que l’asthme, la rhinopharyngite (la voie respiratoire qui quitte le nez vers les poumons peut s’enfler sous l’effet de gaz toxique. Un effet qui joue directement sur le cerveau humain). Dans le document portant sur la Politique Nationale en matière d’Environnement (PNE), il est écrit : « la classification statistique des pathologies dressée par le Ministère de la Santé en 2003 montre que les problèmes respiratoires occupent la 2ème place après le paludisme parmi les dix (10) principaux motifs de consultation. » M. Ilboudo Evariste, pour sa part, soutient que les déchets biomédicaux peuvent être sources de maladies tels que le tétanos ou le VIH/Sida. Cela dans la mesure où après usage, si les précautions ne sont pas prises, « on peut se contaminer par piqure avec la seringue ». Egalement certaines personnes jettent ces déchets dans des poubelles accessibles aux enfants qui par ignorance peuvent jouer avec ceux-ci et contracter des maladies graves. Les eaux usées, quant à elles, constituent un environnement malsain et propice à la prolifération d’insectes nuisibles. La PNE soutient que « les eaux usées déversées par les riverains se mêlent aux eaux pluviales de telle sorte qu’en hivernage et parfois longtemps après sa fin, les caniveaux offrent aux moustiques un milieu propice à leur prolifération ». Selon l’OMS : « de tous les insectes qui transmettent des maladies, le moustique est le plus dangereux ». Il est à l’origine de la transmission du paludisme, la dengue, la fièvre jaune qui ensemble sont responsables de plusieurs millions de décès. C’est dire que les déchets enlaidissent le cadre de vie au grand bonheur d’insectes nuisibles. Ceux-ci contaminent les Hommes par consommation directe et ou en se posant par exemple sur les matières fécales puis transmettent les agents infectieux en se posant sur les produits alimentaires. Ainsi, les hommes contractent des maladies débilitantes et mortelles comme la fièvre typhoïde, la dysenterie, le choléra.

 

Le CET comme une panacée ?

 

Une telle situation ne saurait laisser indifférent les décideurs politiques dans la mesure où un peuple prospère est un peuple en bonne santé. Dans la Politique et stratégie nationales d’assainissement, le code général des collectivités territoriales indique clairement la responsabilité et le rôle central des communes dans la mise en œuvre de cette politique. Les communes assurent la maîtrise d’ouvrage locale en assainissement en fonction de leurs capacités. Ainsi donc, la Commune de Ouagadougou a élaboré un Schéma Directeur de Gestion des Déchets (SDGD) dont l’aboutissement est l’aménagement d’un Centre d’Enfouissement Technique (CET) rebaptisé Centre de Traitement et de Valorisation des Déchets (CTVD) afin de mieux intégrer la composante valorisation pour un développement durable. Situé à 10 km au nord de Ouagadougou, au dessus des lacs artificiels, le site de POLESCO s’étend sur une superficie de 70 hectares dont 20 hectares utilisés selon Sidi Mahamadou Cissé, directeur de la propreté.

"Le risque Zéro n’existant pas", il faut penser à l’après 2025 du CET

Par délibération n°99/002/ MATSPKAD/CO du conseil municipal en sa séance du 1er mars 1999, ce site a été affecté à la construction du Centre d’enfouissement technique des déchets de la ville de Ouagadougou. D’une durée de vie de 20 ans (15 avril 2005- 15 avril 2025), le CET a une capacité de stockage de 6,1 millions de mètres cube de déchets. Sur le site, on est ébahi par la hauteur et l’immensité des ordures. On trouve entre autres des sachets, des bidons, des ordures emballées dans de vieilles moustiquaires, des chaises en plastiques, des pneus de véhicules ou encore des cartons (ce n’est que ce qu’on a pu observer vu l’immensité du site). Les déchets sont déposés selon qu’ils sont de la même nature. Pour que les déchets atteignent le CET, on dispose de trois (3) principales étapes, à savoir la pré-collecte qui est assurée par les ménages et autres producteurs de déchets, la collecte assurée par les groupements d’intérêts économiques-petites et moyennes entreprises (GIE / PME) et le transport qui est assuré par la direction de la propriété et le privé. A cela on peut ajouter le traitement. Les déchets admissibles au CET sont réceptionnés et pesés sur un pont-bascule. En fonction de leur nature, ils sont orientés vers les cellules de destination (Ordures Ménagères ou déchets industriels spéciaux et biomédicaux). Dans les cellules de destination, les déchets sont déversés, épandus, compactés et recouverts de matériaux (terre de recouvrement, gravats, etc.)

 

Difficultés dans la gestion

des déchets

 

Ce centre innovant dans la sous-région ne présente pas pour le moment de problème. Cependant, selon Evariste Ilboudo, « le risque zéro (0) n’existe pas ». Pour lui, il faut déjà commencer à penser à l’après 2025 lorsque le centre sera plein. Car il s’inquiète de problèmes à long terme si les conditions d’enfouissement ne sont pas rigoureusement respectées. Le CET ne semble pas être la panacée aux déchets urbains dans la ville de Ouagadougou. Selon M. Ilboudo, « les moyens n’ont pas augmenté par rapport à la production des déchets ». La vétusté du parc automobile ne facilite pas le travail de la collecte. « On peut signaler un cas de dépôt sauvage à la direction de la propreté qui peut mettre trois (3) jours avant de s’exécuter », a déploré M. Ilboudo. Ce n’est pas le directeur de la propreté qui dira le contraire en dénonçant « l’insuffisance de ressources (humaines, matérielles, logistiques et financières) » indispensables à la bonne marche du travail. A cela s’ajoute la défaillance de certains concessionnaires, soit ne disposant pas de parc approprié soit ne payant pas les gens qui vont chercher les ordures. Dans certaines zones, il n’y a qu’un seul bac à ordures qui le plus souvent se remplit avant le délai d’enlèvement. Pour Evariste Ilboudo, il faut augmenter le nombre des bacs ou alors raccourcir le délai d’enlèvement. Comme pour dire « aidez-nous à vous aider », les différents acteurs intervenant dans le domaine, appellent les uns et les autres à faire de l’hygiène et de l’assainissement une culture pour un meilleur cadre de vie.

 

Basidou Kinda

Réalisé avec l’appui de la CISV et du réseau des journalistes de la région du Piémont (Italie)

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La brigade verte

Dans ce travail aussi fastidieux, on ne saurait occulter la part des femmes de la « brigade verte ». 2080 au total, ces femmes, issues majoritairement de milieux défavorisés, contribuent à collecter 30% des déchets de la ville de Ouagadougou. Ces « femmes de Simon » qui balaient deux fois par semaine (lundi et jeudi) toutes les voies bitumées de la ville de Ouagadougou (200 km/semaine), participent à l’amélioration du cadre de vie des populations. Elles font le plus souvent de la pré-collecte, premier maillon de la filière déchets au niveau de la Ville de Ouagadougou. C’est dire que ce sont elles qui entrent dans les endroits les plus étroits pour faire sortir les déchets afin que ceux qui font la collecte puissent avoir un accès facile et travailler convenablement. Elles participent également aux journées de salubrité que la direction de la propreté organise dont le nettoyage de certains établissements et cimetières. Et comme l’a dit l’écrivain ivoirien Mamadou Koné, « le travail, même s’il n’arrive pas à sortir l’homme de sa misère, lui garantit sa dignité ». En 2007, la Brigade Verte a été faite « Chevalier de l’Ordre du Mérite Burkinabè », avec agrafe Action Sociale et Environnement.

BK

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La pollution industrielle

TAN-ALIZ fait un petit pas

Ouagadougou abrite deux zones industrielles : la zone industrielle de Gounghin et celle de Kossodo. Ces industries génèrent des déchets liquides, solides et gazeux, de composition chimique variée. Ces déchets peuvent présenter ou présentent un danger selon les cas. La plupart de ces industries jetaient leurs déchets liquides sans traitement préalable soit dans la nature, dans les fosses sceptiques ou soit dans des bassins de décantation. Et cela n’est pas sans conséquence.

Le code de l’environnement à son article 32 dit : « Tout déchet industriel est dangereux dès lors qu’il présente ou pourrait présenter une menace ou un danger quelconque pour la santé ou pour l’environnement soit par lui-même, soit lorsqu’il entre en contact avec d’autres composés, du fait de leur réactif chimique ou de leurs propriétés toxiques, explosives ou corrosives. » En effet, les industries utilisent certains produits chimiques qui sont dangereux pour la santé de l’homme. On peut retenir à titre d’exemple, le chrome que la société TAN-Aliz utilise pour assouplir les peaux. Selon Evariste Ilboudo, lorsque celui-ci se retrouve dans la nature en tant qu’eaux usées, il peut contaminer la nappe phréatique. Cela a pour conséquence une attaque du système nerveux par pollution du sang dans l’organisme et à long terme le cancer qui est l’une des maladies mortelles. Les eaux de l’hôpital Yalgado, de l’hôpital pédiatrique quant à elles sont rejetées dans la campagne sans traitement préalable. Ces eaux sont récupérées à leur sortie de la ville par les maraichers. Cela a pour conséquence la contamination de la chaine alimentaire. Le chrome et le plomb extrait des batteries de voitures, s’ils sont déversés dans la nature contamine également la chaine alimentaire et intoxique l’organisme du corps humain par accumulation. Selon Mariam Sou/ Dakouré, enseignante-chercheuse à la fondation 2IE, il y a beaucoup d’évolution. Selon elle, les industries ont de nos jours une vision écologique dans leur développement. La société TAN-Aliz serait une école en la matière. Selon une étude d’Inoussa Zongo en 2009, « la pression face aux différentes nuisances créées par cette société l’a amenée à opérer un investissement d’environ 150 000 000 FCFA pour construire une station de traitement ». Cela est apprécié par les riverains qui trouvent néanmoins que tout n’est pas rose. Car à en croire l’étude de M. Zongo, malgré le retraitement, « l’eau n’est pas admise dans le réseau de traitement collectif car elle ne répond pas aux normes de rejet. » Dans le souci de mieux comprendre l’évolution de la situation, nous avons contacté à maintes reprises et sans succès la STEP (station d’épuration des eaux usées par lagunage) placée sous la tutelle de l’ONEA et chargée de recueillir toutes les eaux industrielles de Ouagadougou.

 

Basidou KINDA

 


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