Le Front Républicain, un coup "d’après, trop tard et trop peu"

Publié le vendredi 31 janvier 2014

Il y a dans la fin de toute chose une répétition d’actes manqués. Ils arrivent toujours trop tard et pas assez suffisants pour retourner la situation. C’est le cas du "Front Républicain", l’enfant bâtard, né quand son objet est passé. Quand la passion qui a présidé à sa naissance a disparu.

Les conditions même de sa naissance montrent que cet enfant là, est ce que les mossi appellent " boumbande". Il a fini par naître parce qu’on ne pouvait pas faire autrement. Le président de L’UNDD, Hermann Yameogo, a raison de rappeler que l’idée du "Front" est ancienne. Il n’en légitime pas forcément sa création en ce moment et dans ces conditions là.

Un Front Républicain est inclusif !

Celui qui est né au forceps, le 22 janvier 2014, réunis des protagonistes réellement aux abois. Un CDP décérébré et des partenaires dit de l’opposition que la loi nouvelle sur le statut de l’opposition, taillée sur mesure, n’a pas suffit à réhabiliter. Ce regroupement se présente alors, non pas comme un Front Républicain, mais comme un agrégat de partis dont la représentativité réelle sur l’échiquier national n’est pas établie. Les définitions sont forcément élastiques, mais il est constant qu’un Front Républicain agrège une représentation large de protagonistes, d’ordinaires irréconciliables sur les principes et les objectifs politiques, qui acceptent momentanément mettre entre parenthèse ce qui les oppose pour sauver l’essentiel en danger. 

Le présidium de la conférence de presse de présentation du "Front" (ph, Evénement)


Ce Front veut sauver quoi ? Et contre qui ?

Il est clair que ce Front est créé pour faire pièce à l’opposition regroupée autour du chef de file de l’opposition (CFOP). Loin de résorber la fracture sociale et politique, il devrait creuser un peu plus le clivage. Ce Front ne va pas donc rassembler, il va cristalliser encore plus la division du pays en deux camps. Le camp de ceux qui sont pour "le Sénat et pour la révision de la Constitution pour satisfaire Blaise Compaoré et sa famille" et ceux qui sont contre, dont le camp, en attendant évidemment une consultation électorale pour l’établir, semble avoir le vent en poupe. Réussir la mobilisation d’une ampleur de celle du 18 janvier dernier, sur l’ensemble du territoire, montre sans conteste où se trouve la dynamique politique et sociale. Beaucoup plus qu’un référendum, le président Compaoré serait sûrement inspiré en dissolvant l’Assemblée nationale et en demandant au peuple de renouveler la légitimité politique au regard de la nouvelle donne née de l’implosion du CDP après le 4 janvier. Après un tel test, un référendum deviendrait sans objet. Si le CDP retrouve sa majorité à la hauteur de celle qu’il a aujourd’hui, alors il engagerait légitimement la révision de l’article 37. Il faut même souhaiter que les dissidents qui viennent de créer leur parti en fasse une revendication Principielle. Parce que la loi sur le nomadisme dans un cas comme celui-là devient franchement anticonstitutionnelle. Si elle n’existait pas, la majorité, aurait pu s’en trouver modifiée. Elle dissuade, par la sanction extrême, toute velléité d’expression démocratique. A l’avenir, et instruit par l’expérience, il faudra la relire et la compléter. La seule façon de vérifier que les événements du 4 janvier dernier non pas modifié la volonté populaire, c’est d’en appeler encore au peuple. Le président peut le faire. Il doit même le faire. En faisant application de ses prérogatives constitutionnelles qu’il ne viendra à l’esprit de personne de contester.

Le requiem définitif de légitimité

Il faut craindre pour certains leaders, qu’ils ne se relèvent plus jamais de ce coup ci. Ils auront définitivement lié leur sort à celui de Blaise Compaoré et de son régime. C’est sûrement ce que l’ADF/RDA, jusqu’à preuve du contraire, aura compris, en ne s’associant pas à ce Front, dont il aura pourtant participé aux premières discussions, en ce même lieu, l’hôtel Splendid, où le Front a fini par naître "frauduleusement". Même Soumane Touré, suffisamment futé a compris que le "temps" Front était passé

Par Newton Ahmed Barry



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