Journée nationale de protestation, le régime Compaoré condamné à s’effondrer

Publié le vendredi 31 janvier 2014

L’appel de l’opposition a été entendu. Les burkinabè sont massivement sortis ce samedi 18 janvier sur toute l’étendue du territoire national pour manifester leur ras-le-bol contre le régime en place. Deux principales observations pouvaient être notées chez les manifestants. La ferme détermination de contraindre le locataire de kosyam à abdiquer en 2015 et l’exigence d’un mieux être social.

Depuis que le régime Compaoré a décidé d’instituer une seconde chambre et nourri ouvertement l’intention de modifier l’article 37, les mouvements de contestation s’enchaînent et ne donnent aucun signe d’essoufflement. Mieux, les burkinabè, toutes couches confondues démontrent, surtout ce samedi leur total refus d’un pouvoir à vie dans notre pays et leur aspiration à plus de justice sociale. Le nombre des manifestants était au-delà des attentes des organisateurs.

A Ouagadougou, la Place de la Nation qui tenait lieu d’espace de rassemblement avant de battre le pavé était pleine à craquer dès les premières heures de la matinée. Contrairement à d’autres manifestations où ce sont les organisateurs qui taillent les pancartes et inscrivent des slogans, les protestations contre le Sénat et la volonté de déverrouillage de l’article 37 de la Constitution et la situation de vie chère révèlent que nombres de manifestants viennent avec leurs propres pancartes sur lesquelles ils expriment leur intime revendication. 

La mobilisation était inédite le 18 janvier 2014 (ph, Evénement)

La rédaction de certains slogans laisse entrevoir le niveau (bas et haut) de français de leurs auteurs. Ils Témoignent ainsi que les gens sortent non pas par suivisme mais par conviction pour s’exprimer, revendiquer ; bref mener un combat dans le sens de l’amélioration de leur condition de vie. Mais ils l’expriment aussi de par la bouche.

Départ non négociable de Blaise en 2015

 C’est l’un des points clé de la journée nationale de protestation. Leaders de partis politiques et de la société civile se sont succédé à la tribune pour vouer aux gémonies le régime Compaoré et exprimer leur fermeté quant à la non révision de l’article 37, leur rejet d’un éventuel référendum que le chef de l’Etat a évoqué dans sa conférence de presse à Dori.

C’est le responsable d’un jeune parti politique nommé l’Etat-major de Comité de crise qui ouvre le ballet des discours. S’insurgeant contre le régime en place, il déclare que « notre résistance est à la hauteur de notre colère… nous allons combattre jusqu’à la victoire finale  ». Il professe l’opposition de son parti à la mise en place du Sénat et à la tenue d’un référendum visant la modification de l’article 37. Ensuite, vient le tour d’Arba Diallo qui laisse entendre que « tout le monde est devenu CDP, puisque CDP veut désormais dire que Compaoré Doit Partir ». 

Pour lui cette lutte est juste et répond aux aspirations du peuple. A sa suite vient Smockey débiter la diatribe du mouvement auquel il appartient ; Le balai citoyen. Il invite les manifestants à rester concentré sur le but de la contestation. « C’est l’occasion d’inviter ce vaillant peuple à rester vigilant face aux manœuvres d’où qu’elles viennent, car l’objectif est bien clair : le Terminus du bus Compaoré, c’est bien 2015 ». Il poursuit : « Le Balai citoyen par ma voix, vous invite à vous tenir prêt pour les combats à venir et à resserrer les liens et les rangs  ».

Saran Sérémé demande au régime Compaoré, vue sa boulimie du pouvoir « de ne pas pousser le peuple dans son dernier retranchement  ». Zéphirin Diabré ferme la boucle. Il répète qu’un Sénat dans notre pays est inopportun, inutile et budgétivore du fait que son fonctionnement ingurgitera 6 milliards chaque année. Et il ajoute que « faire un référendum sur l’article 37, c’est comme chercher à connaître que les femmes sont femmes et les hommes des hommes  ».

Le chef de file de l’opposition a mis en garde la FEDAP/BC qui depuis son meeting de Bobo plaide pour la candidature de Blaise en 2015. Scandalisé par ces propos, le mentor de l’UPC a crié gare sur les dirigeants de la FEDAP/BC. Mieux il a demandé sa dissolution pure et simple. Le public s’est aussi exprimé. Il était inutile pour les journalistes de s’échiner à trouver des manifestants qui désirent s’exprimer. Les gilets verts que portaient les hommes de média, donnés par le CEFOP, faisaient que les manifestants dès qu’ils se trouvent à côté de l’un d’entre eux, profitent pour déverser leur hargne sur le pouvoir en place.

Ce qui était marquant, c’est que chacun savait pourquoi il est venu marcher. Voici certains propos de jeunes : « si le président veut savoir qu’on est incivique qu’il s’entête à rester au pouvoir après 2015  » ; faisant allusion à la médiation de Guillaume Soro suite à la massive démission de nombreux militants du CDP, certains lui on demandé « de venir chercher Compaoré pour qu’il soit candidat en 2015 à l’élection présidentielle de la Côte d’ivoire  ». On pouvait lire sur les banderoles : « CDP= Congédions les Diables du Peuples » « Nous n’avons qu’un seul Mogho Naaba. Nous ne voulons pas d’un autre. Non à la révision de l’article 37 » ; Non au Sénat. Non à la modification de l’article 37 » ; « NON AU CENA (Sénat), NON A LATTICLE (l’article) 37, A BAS LE PRESIDENT » ; « J’ANAIS (j’en ai) MARE DE CE REGIME » « Baise Compaoré quitte le pouvoir, l’harmattan noir. Il reste une seule fenêtre ». « …Blaise Compaoré, nous ne voulons plus de vous  ».

L’exigence d’une justice sociale

On a pu constater que, à cause des marches de contestation qui se sont suivies, les citoyens Burkinabè on fini par établir le lien entre leur situation de précarité et la mal gouvernance économique. Cela a donné naissance à plusieurs organisations de la société civiles qui s’invitent toujours aux mouvements de protestation exhibant leur banderole. 

Sans doute, cela témoigne d’un certain éveil de conscience de la jeunesse qui a décidé de prendre son destin en main. Rappelons que c’est dans cette logique que le Balai citoyen entend mener son combat. Rester au côté du peuple et lutter pour son mieux être. Ainsi donc, même si le régime de Compaoré abdique, le nouveau régime risque de ne pas avoir la paix si la misère continue de ravager la majorité écrasante des populations. L’exigence d’une justice sociale a été réaffirmée ce samedi 18. Les jeunes n’espèrent plus rien de ce pouvoir (lire l’article de Basidu : « Le pari d’une jeunesse martyrisée ».)

 Hamidou TRAORE 


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