L’art burkinabè dans le froid suédois

Publié le vendredi 31 janvier 2014

Uppsala, 4ème ville de Suède, située à 70 kilomètres au nord de Stockholm, abrite la plus ancienne université de Scandinavie (fondée en 1477) qui comprend plus de 40 000 étudiants sur les 140 000 habitants concentrés dans l’agglomération. Si on y ajoute les autres personnels travaillant à l’université, c’est plus de la moitié de la population de cette ville qui est… universitaire. 

Le Domkyrkan (la cathédrale dont la construction aurait débuté en 1272 pour se poursuivre jusqu’en 1435) avec ses tours en briques rouges de 119 mètres, trône majestueusement sur la cité. Cette ville qui a vu naître le physicien Anders Celsius (1701-1744), le naturaliste Carl von Linné (1707-1778), et l’ancien SG de l’ONU, Dag Hammarskjöld (1905-1961), mort dans un accident d’avion fort suspect, en période de guerre froide.

Dani Kouyaté, cinéaste burkinabè

A Uppsala, il est aussi question périodiquement de cinéma africain et de culture Burkinabé grâce au dynamisme du consul honoraire et d’un fils du Pays. Uppsala c’est cette magnifique ville, riche en patrimoines culturels matériels et immatériels, avec des pics de température de -20°C par moment, qui héberge un célèbre cinéaste burkinabé : Dani Kouyaté depuis 7 ans. Dès qu’il y a jeté son baluchon, il est chaleureusement sollicité pour être président permanent du jury d’un jeune festival de film, à Stockholm. 

Réalisateur, metteur en scène, comédien, Dani touche aussi bien au théâtre qu’au cinéma avec une simultanéité déconcertante. Ce grand jeune homme né à Bobo Dioulasso (Burkina Faso) un certain 4 juin 1961 répond parfaitement du proverbe qui dit : « honte à celui n’aurait pas fait plus (mieux) que son père  ». Fils de Sotigui Kouyaté il est passé par l’école du cinéma à la défunte INAFEC (l’Institut Africain d’Études Cinématographiques de Ouagadougou) où il obtient une licence de création cinématographique.

Ensuite, il monte à Paris où il obtient un Diplôme d’Études Approfondies de Cinéma à l’Université Paris 8 Saint-Denis. Parallèlement, Dani fait une Maîtrise d’Animation Culturelle et Sociale à la Sorbonne et un autre à l’Ecole Internationale d’Anthropologie de Paris. 

Son premier court métrage de fiction (Bilakoro, 1989), il le sort immédiatement. C’est surtout avec le long-métrage Keita, l’héritage du griot (1995), que le grand public d’Afrique et d’Europe découvre le talent d’un cinéaste à la camera perspicace et au message poignant. De Ouaga à Mannheim (Allemagne) en passant par Dakar, Carthage, Milan, Amiens, etc. le film remporte de nombreux prix dans des festivals aux diverses notoriétés.

L’histoire et l’anthropologie africaine donne assez de ressources à l’artiste pour lui permettre de lire le monde actuel et produire des images justes. Alors, il récidive avec un autre grand succès en 2001 : Sia, le rêve du python. Ce film remporte à son tour plusieurs prix au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) dont le prix spécial du jury. L’odyssée s’est poursuivie avec l’obtention du Grand Prix du Long métrage au Festival « Vues d’Afrique » de Montréal, au Canada[], le Prix du public au 11ème festival international du film d’Innsbruck, en Autriche,[] le Prix de la réalisation au Festival du film africain de Khouribga, au Maroc, En septembre 2001, il remporte la Bourse à la distribution de l’Agence de la francophonie à Paris, en France. En octobre de la même année, il remporte le Bayard d’or du meilleur scénario au Festival international du film francophone de Namur en Belgique.

Courts métrages, documentaires, longs métrages, séries télés, Dani utilise tous les genres du 7eme art en fonction du message qu’il veut distiller. Dans la discrétion et le labeur, ce sahélien porte la culture Africaine et Burkinabè sur les scènes d’Europe et du monde. Dans cette ville aux hivers enneigés Dani et son consul, le Pr Sten Hagberg (le plus burkinabé des Suédois !) ne manquent pas d’occasion pour animer des débats autour de la culture et du cinéma africain au grand plaisir des habitants.

Entre plateau de tournage et scène de théâtre, il n y a qu’un petit pas que Dani Kouyaté franchi régulièrement en vas-et-viens. Depuis fin 2012 « Ombres d’espoirs » pièce écrite par l’écrivain congolais Wilfreid N’Sondé, et qui traite des déboires d’une jeune femme immigrée en Europe pour la régularisation de son titre de séjour, a été mis par ses soins sur scène et joué au Burkina en France et Allemagne. Voilà qu’en 2013 il boucle un documentaire sur la réparation des séquelles de l’excision. Pendant ce temps, SOLEILS, un long-métrage de fiction co-réalisé avec Olivier Delahaye s’installe.

A travers ce film au profil initiatique, la caméra du réalisateur donne à voir les images d’un continent qui s’éveille, tel le lion du Cuirassé potemkine (Film de Sergueï M. Eisenstein, URSS, 1925). En plus des multiples autres projets qu’il nourrit avec son épouse et son ami Sten, on peut dire que la culture burkinabé a une bonne représentation en Scandinavie. Salut l’artiste !

Ludovic O Kibora 


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