Le projet de Blaise est-il conforme à la charte africaine pour la démocratie ?

Publié le vendredi 31 janvier 2014

J’ai lu le point de vue de la grande sœur Juliette Bonkoungou. La réflexion est à la hauteur du personnage. Je le dis évidemment en bien. Je comprends aussi ses retenues, puisque par la force des choses, même déçue par la façon dont elle et ses camarades conseillers politiques sont traités, elle a été faite médiateur par Blaise Compaoré (lire dossier politique page 8 et 9) dans la crise en cours. Après l’entrevue du 3 janvier 2014 avec Blaise Compaoré où les choses ont failli virer au vinaigre, le président en levant la séance l’a institué médiateur. 

Pour en revenir à votre écrit. Deux choses :

- Vous avez absolument raison, on ne peut faire la paix qu’avec son adversaire et non avec son ami. Votre interrogation ici vaut affirmation.

- Vous avez raison aussi sur la sincérité des intentions. Qu’est-ce qu’il veut Blaise Compaoré ? C’est lui qui est en cause. Vous aviez bien indiqué dans un écrit précédent que "c’est au président de savoir qu’elle place il veut avoir dans l’histoire de notre pays" Pour l’instant tout indique que ce qui le préoccupe, "c’est comment il reste le plus longtemps au pouvoir". 

Oui, le recours au peuple ne peut être contesté, évidemment ! Sauf qu’on ne peut y recourir que dans des circonstances bien claires. Celui qui est posé ou imposé pose une question d’éthique politique. On ne consulte pas le peuple sur nos lubies personnelles. Le sujet qui va être soumis au peuple, dans le cadre de ce référendum n’est pas sur le principe de la limitation ou non des mandats présidentiels ?

Si c’était ça, le sujet est simple. Les différents protagonistes allaient développer leurs thèses contradictoires et le peuple aurait arbitré. Sauf qu’en l’espèce on demande de statuer sur le sort de Blaise. On nous demande si pour lui et en raison de ses qualités extraordinaires, nous pouvons accepter de faire entorse à une disposition de notre "tinkougri", notre loi suprême.

C’est là où il y a problème. C’est pourquoi, grande sœur, votre référence à la charte africaine sur la démocratie est imparfaitement faite. Parce que cette loi supra continentale ne prescrit pas le référendum, elle en fait une obligation dans une volonté de révision constitutionnelle, quand le préalable du "consensus des acteurs" a été obtenu.

Mais plus loin elle encadre et assortit cet exercice de garde-fous et même de menace de sanctions (chapitre VIII, article 24) : " tout amendement ou toute révision des constitutions ou des instruments juridiques qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique", dans la finalité de permettre "un maintien au pouvoir" constitue "un changement anticonstitutionnel et est passible de sanction appropriée".

Voilà ce que dit exactement la charte africaine sur la démocratie et les élections. Comme on peut le voir, la révision qui est projetée au Burkina, ne réunit pas un consensus des acteurs et porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique. Parce que dans le cas de la constitution Burkinabé, en 2015 "l’alternance était inéluctable". La révision qui est projetée vise à l’empêcher.

En outre, permettez grande sœur que je ne m’inscrive pas dans le postulat qui voudrait que le débat sur le projet de révision soit "essentiellement politique". Poser la question en ces termes c’est en quelque sorte désamorcer la charge d’obligation contenue dans le serment du président : "respecter la constitution et la loi". Il me semble qu’on ne devrait pas transiger sur ce principe cardinal de l’Etat de droit. La loi c’est la loi. En briguant la fonction de président du Faso, tout candidat sait à quoi il s’engage. 

En cours de mandat, un président en exercice ne peut demander une entorse à la loi, parce que chemin faisant il se serait découvert des qualités rares inexistantes chez ses congénères. Si tel était le cas, le président respecte totalement la constitution et en partant "lègue cette question à son successeur" qui pourrait éventuellement la poser comme une donne intervenue dans le cours des choses et demander qu’on ouvre un débat pour mieux l’adresser. Mais en aucun cas, il ne peut se prévaloir de son statut et de sa situation pour imposer qu’on change les règles du jeu en sa faveur.

Les êtres exceptionnels que les sociétés sécrètent à dose homéopathique au cours de leur histoire, ne se transforment pas pour elles en camisole de force. Ils passent et se font regretter. Et c’est dans ce regret que nait la reconnaissance éternelle qui survient toujours après et par les moyens et les voies établies à cet effet. Si Blaise, comme tout le monde en est maintenant convaincu, est de cette catégorie d’être exceptionnel, pourquoi voudrait-il devenir une camisole de force pour les burkinabe ?

Mandela aurait dû demander qu’on le consacre le président pour l’éternité en Afrique du Sud, au regard des sacrifices qu’il a enduré pour vaincre l’apartheid.

En 2015, le meilleur moyen de nous préserver, c’est que Blaise Compaoré respecte la loi et s’en aille. Il n’a plus besoin de préparer une transition. Elle est déjà réglée par la loi. Et puis vous êtes là. Vous les purs produits de son œuvre politique. Si Blaise considère toujours que vous n’êtes pas en mesure de lui succéder valablement, vous devriez vous sentir profondément offusqués. 

Newton Ahmed BARRY


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