Blaise le médiateur a-t-il déjà oublié ?

Publié le vendredi 31 janvier 2014

Nous sommes en mars 2010 à l’hôtel Ramada Plaza de Tunis. Blaise Compaoré est l’invité d’honneur du forum organisé par la BAD sur le renforcement des capacités des pays post conflit. A ses côtés, James Kaberuka le patron de la BAD, Anasthase Murekezi, ministre rwandais de la Fonction publique et Frannie Leautier, secrétaire exécutif de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique. Devant un public venu de plusieurs pays d’Europe et d’Afrique, Blaise Compaoré fait sensation. 

Abordant les causes des crises socio-politiques en Afrique et se fondant sur sa longue expérience des médiations dans ces crises, il déclare que lors du sommet de l’union africaine qui venait de se dérouler à Addis Abeba voici quelques mois, qu’il avait dit à ses pairs de condamner l’attitude de Mamadou Tandja qui, en voulant faire un passage en force se dirigeait droit au mur.

C’était exactement le 24 mars 2010. Que pense-t-il aujourd’hui de la position qu’il a défendue à Addis et qu’il a cru devoir rappeler à Tunis ? Rappelons que Tandja arrivait à la fin de son mandat et au terme de la Constitution il ne pouvait plus se représenter. Il envisageait donc réviser la Constitution pour dit-il achever ses chantiers.

Ironie de l’histoire, nous nous trouvons aujourd’hui dans la même configuration, avec cette fois Blaise dans le rôle de Tandja. Voilà le donneur de leçon rattrapé par ses propos. Qu’est-ce qui explique cette soudaine amnésie de notre président ou faut-il croire qu’il avait parlé juste pour la frime ? Il y a sans doute de bonnes raisons qui font que nos chefs d’Etat éprouvent une soudaine envie de s’accrocher à leur fauteuil. Eyadéma père avant Tandja avait changé la Constitution pour se maintenir, ce qui était alors un grossier reniement parce que peu de temps auparavant il avait juré la main sur le cœur et devant un président français, Jacques Chirac, qu’il ne se représenterait pas. Le Vieux Wade avait fait la même promesse à son peuple en 2007 de respecter la règle constitutionnelle des deux mandats et de ne pas se représenter en 2012. Il avait auparavant eût cette terrible phrase en 2004 : j’ai beau chercher dans le camp de l’opposition, comme dans mon propre camp, je ne trouve personne qui soit susceptible de me succéder. Voilà qui est dit.

En raison de leur longévité au pouvoir, nos présidents finissent par croire qu’ils sont irremplaçables. Malheureusement, Blaise Compaoré s’est enfermé dans ce scénario. Imageant son combat contre Wade, Macky Sall, le président sénégalais l’avait comparé à la lutte sénégalaise. Quelqu’un lui avait demandé s’il comptait envoyer Wade au tapis ? Non, avait-il ironisé. Je vais plutôt l’aider à se coucher.

Revenons au Burkina et à Blaise Compaoré. Au fil du temps, notre président semble avoir beaucoup perdu de sa lucidité. Chaque jour que Dieu fait, le cercle de ses soutiens se rétrécit comme peau de chagrin. Seul son entourage de courtisans continue de croire à sa bonne étoile. Blaise doit se réveiller et prendre son destin en main.

Le peuple Burkinabè n’a élu ni Antoinette ni François, encore moins Elisabeth ! Il a à faire à lui et à lui seul. C’est au peuple burkinabè qu’il est redevable.

Alors, trêve de tergiversations. Le temps est aujourd’hui compté. Plus le temps passe, plus il sera difficile de trouver un compromis dynamique. Féru d’histoire, Blaise doit savoir que le peuple qui construit ses idoles est le même qui les brûle.

Nous ne lui souhaitons pas de sortir de l’histoire par la fenêtre. Il est encore temps de se ressaisir. L’âme du nionioga demeure toujours en errance sur le Burkina et les flammes de son bûcher ne sont pas encore éteintes. Il ne faut ni souffler dessus ni y répandre quelque kérosène. Que les hommes de bonne volonté se lèvent et apportent de l’eau. Cette eau qui circonscrit l’incendie et calme les cœurs. Dieu sauve le Burkina !


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