Adieu Seigneur Tabuley !

Publié le mardi 21 janvier 2014

Les mélomanes des années 70 se souviennent encore de ce look à la James Brown. Bas (ou pattes) d’éléphant (pantalon serré aux bas larges) cheveux afro. A l’époque la Soul, le Blues et la Pop faisaient fureur avec les grands musiciens africains-américains qu’étaient : James, Otis Reding, Wilson Pickett, Jimi Hendrix, etc. Lui, de son Congo natal, n’allait pas emboucher forcement la même trompette, mais trouvera le moyen de lier les rythmes de son terroir à cette dynamique des sonorités venues d’ailleurs. La rumba congolaise qui, déjà avait fait un grand coup avec Joseph Kabasselé (indépendance Tcha tcha !) est renforcée côté rythmique par la batterie introduite par Pascal Tabu ley Rochereau. Il donne une autre âme à la musique congolaise avec son orchestre l’African fiesta National (crée en 1965 après son passage à L’african Jazz du maître Kabasele). De nombreux groupes à succès suivront ses traces au point qu’on en vient à oublier que ces sonorités tantôt suaves, tantôt dansantes, sont produites par un pays qui croupit progressivement sous la férule des assassins de Patrice Lumumba. Pascal Emmanuel Sinamoyi Tabu qui était devenu Tabu Ley pour suivre le mot d’ordre populiste (retour à l’authenticité) du dictateur Mobutu, finira par s’exiler aux USA puis en Belgique où il retrouve dans l’ambiance africaine, de nombreux parents et amis de Matongué. Il ne pouvait en être autrement, puisque Tabuley était proche des mouvements indépendantistes comme son maitre le Grand Kallé. Après la chute du Roi du Zaïre, il amorce un retour au pays natal et parvient à se faire élire député à l’Assemblée consultative et législative de transition. Il a aussi occupé les fonctions de vice-gouverneur de la ville de Kinshasa de 2001 à 2007. Intellectuel à l’instar de nombreux artistes musiciens africains de son époque, Rochereau travaillait initialement au ministère de l’éducation du Zaïre. Dans les années 90 il a même obtenu un diplôme de philosophie politique pendant son exil américain. Depuis Paquita, Pitié, Malé ou encore Fétiche des années 60-70 son inspiration musicale n’a pas pali. En un demi-siècle de carrière musicale, Rochereau a composé plus de 3000 chansons réunies dans plus de 40 albums. Il a fait de nombreux duos avec des artistes de talents dont, Franco Luambo Makiadi (un autre géant de la musique congolaise), Dr Nico, Mbilia Bell (une de ses choristes-danseuses devenue compagne) Sam Mangwana, etc. Il lança ou inspira de nombreux autres que sont, Papa Wemba, Pamelo Mounka, Koffi Olomidé, Kiambukuta Djosky....Il est le premierchanteur africain à se produire dans la mythique salle de l’Olympia à Paris en 1970. En 2012, il s’est produit au pays de Castro, qui l’a honoré d’une distinction. Au Burkina Faso, Rochereau est venu sur la scène des Kundé 2004, soit 35 ans après son premier passage en 1969. C’était le 30 avril de la même année. Souvenir ! Souvenir ! Mokolo nakokufa (Le jour de ma mort, en lingala) un de ses tubes à succès a pris tout son sens le 30 novembre 2013, à Bruxelles où il rendit l’âme à 73 ans. Chanteur à la voix exceptionnelle de finesse, (on l’appelait le Rossignol), Rochereau qui jouait aussi du piano, laisse à la postérité ses nombreux disques mais aussi une progéniture très active dans le domaine de la musique. Un reportage le montrait récemment sur une chaine de télé, suivant un concert de son fils Youssoufa qui fait du rap en France. Kabasselé, Franco, Dr Nico, Pépé Kalé, Tabu ley, voici autant de grands noms qui méritent d’entrer au Panthéon de la musique Africaine. Et dire que toute cette crème qui a longtemps porté l’Afrique est issue d’un pays dont les fils de nos jours encore s’entredéchirent pour des futilités politiciennes… Adieu l’Artiste ! 

 Ludovic O Kibora


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