Tolé Sagnon, L’atypisque dans tous ses sens !

Publié le mardi 21 janvier 2014

Comme il a changé, en bien évidemment, Tolé ! Ceux qui l’on connu, jeune en France se souviennent de lui comme un bon vivant. Puis quand il a été en responsabilité, l’homme c’est rangé. Le général est devenu, ce qu’il a été durant près de 25 ans, rangé et sans aspérités connus. Avec sa haute stature il ne passait pas inaperçu. Il ne cause pas beaucoup, mais sait de se faire comprendre à l’occasion. On l’a vu à côté d’un Halidou qu’il surplombait, mais qu’il respectait pendant tout le long de la lutte du Collectif. Il s’en va après plus de deux décennies à la tête d’un CGT/B, dont il a été le premier dirigeant. Tolé avec sa taille ne passe pas inaperçu, mais peu de gens le connaissent vraiment. C’est cet homme, grand et discret que l’Evénement a décidé de consacrer l’homme de l’année 2013. Tolé Sagnon a été retenu à l’unanimité par la rédaction de l’Evénement en raison de son parcours exceptionnel au sein du mouvement syndical national. Au moment où il prend sa retraite en tant que travailleur salarié, nous avons voulu lui témoigner par cette distinction, la reconnaissance de notre équipe rédactionnelle qui l’a si longtemps côtoyée. Entretien avec le Général comme on l’appelle dans le mouvement syndical burkinabè


Evé : Vous venez de passer 25 ans à la tête de la plus importante confédération syndicale du Burkina, quels sont les meilleurs souvenirs mais aussi quels sont les moments les plus difficiles que vous retenez de ce passage

 

TS : La CGT-B a été créée après près de huit ans d’intenses activités dans un contexte national de régimes d’exception. Ce fut un moment d’intenses émotions lorsque le 29 octobre 1988 au centre d’éducation ouvrière de Ouagadougou, la CGT-B naquit et se dota de l’option de syndicalisme révolutionnaire. Puis suivront des temps forts en termes de meilleurs souvenirs tels que les célébrations de cinq ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans et le lancement à l’occasion du 6è congrès de 2013, de la célébration du 25è anniversaire de la CGT-B. En lieu et place de six mois d’existence éphémère qui nous était accordée par nos contempteurs, voilà la CGT-B débout et fière de ses vingt cinq ans de vie et de luttes….

Tolé Sagnon, Homme de l’année


 

…et c’est ce qui représente pour vous les moments forts ?

 

Bien sûr, ce sont des moments forts et surtout lorsque l’on prend en compte sa contribution importante à l’organisation et aux luttes des travailleurs et du peuple burkinabè pour de meilleures conditions d’existence….

 

Quels sont ainsi dit les moments de difficultés auxquels vous avez été confronté ?

 

En termes de moments difficiles, j’allais dire, douloureux, ce sont avant tout, les lourds sacrifices consentis et la disparition prématurée de nombreux camarades et compagnons de luttes parmi lesquels Gnoumou Mamadou ( SYTTPBHA), Somé Bouhir, Dabo Boukari (UGEB), Dr Aimé Nikiéma (SYNTER), Issouf Traoré (SYNTAS), Ouédraogo Souleymane dit Solo (SYNTER), Dissa Karfa (SNAID), Omar Paré (SYNTRAGMIH), Frédéric Gnoumou (SYNTPC), Jean Antoine Tiendrébéogo( SYNTETH), Etienne Nana (SYNTER), Rigobert Compaoré (SYNTB), Hamidou Ouandaogo (DG –EDP), Célestin Dabiré (SYNTSHA), Lassina Sanou (SYNTRAGMIH), et bien d’autres.

 

Vous les gardez tous en mémoire, tous ceux-là ?

 

Oui ! Et bien d’autres encore, qui n’étaient ni de la CGT-B, ni de l’UGEB que nous avons côtoyés dans les luttes et dont l’engagement et les luttes nous ont marqué et qui nous ont quitté parfois de manière violente : Norbert Zongo et ses trois compagnons d’infortune, Flavien Nébié, le Pr Joseph KI-Zerbo, et autres.

 

Au début des années 90, la question permanente qui nous troublait lorsque la mobilisation ne nous satisfaisait pas était celle-là : comment partager nos convictions, notre engagement et nos espoirs avec le plus grand nombre afin d’obtenir de meilleurs résultats ? C’était véritablement des moments difficiles.

Le 6ème congrès que vous venez de tenir récemment est une sorte de congrès-bilan de l’action de la CGTB depuis 25 ans : pouvez-vous nous en dresser les points saillants ?

 

En quelques mots, et en attendant le bilan des 25 ans qui sera fait en fin d’année 2014, la CGT-B a œuvré au cours de ces vingt cinq ans selon les axes principaux qui sont :

  • la contribution aux luttes pour le processus démocratique, pour le maintien et le renforcement des libertés démocratiques et syndicales dans le pays ;
  • la lutte contre les plans des institutions financières internationales et leurs programmes anti - nationaux que sont les programmes d’ajustements structurels et leurs variantes ;
  • la lutte contre l’impunité des crimes et pour une justice sociale véritable ;
  • la lutte pour de meilleures conditions de vie et de travail des travailleurs ;
  • l’apport pour l’avancée de la législation du travail
  • la contribution au développement et à l’élévation du niveau de conscience politique et syndical des travailleurs ainsi qu’au développement d’un véritable esprit de solidarité internationaliste avec le soutien constant des luttes des autres travailleurs à travers le monde.

 

La CGTB se définit comme un syndicat révolutionnaire, vous venez de le dire plus haut. Quel est son rapport à la politique et aux partis politiques burkinabè, mais aussi aux idéologies politiques ?

 

La CGT-B a en effet, opté pour le syndicalisme révolutionnaire. C’est dire que pour la CGT-B, il ne doit pas exister une muraille de chine entre le syndicalisme et la politique. Cette option syndicale, lie la lutte pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs à la lutte contre les politiques d’exploitation de l’homme par l’homme. Elle lie ainsi la lutte économique à la lutte politique parce que les deux luttes sont en effet liées. Cependant, la CGT-B reconnaît la suprématie du parti politique sur le syndicat qui est et demeure une organisation de masse. Même révolutionnaire, le syndicat ne peut prétendre à la conquête du pouvoir d’Etat. C’est le parti politique qui le fait afin de mettre en œuvre son programme politique, son programme de gouvernement.

 

Vous l’aurez constaté, il y’a eu une évolution notable dans les rapports entre syndicats et partis politiques au Burkina Faso. Des alliances conjoncturelles, des actions communes ont été menées parfois durablement comme le cas du Collectif. Des rencontres d’échanges ont lieu entre les deux entités le plus souvent, au sein des bourses du Travail, que certains ténors politiques ont tenté de détruire à un moment donné.

 

Au dernier meeting de la Coalition contre la vie chère, vous avez lancé cette interpellation à l’endroit des Burkinabè : « Restez vigilants ! Il ne faut pas changer pour changer. Nous ne voulons pas que Blaise Compaoré se pérennise au pouvoir, mais nous ne devons pas avoir peur de nous poser cette question : par qui allons-nous le remplacer ? » Nombre de Burkinabè n’ont pas compris une telle position de votre part. Pensez-vous être là dans votre rôle de syndicaliste ?

 

Et nous avons enchaîné ainsi qu’il suit : « Car en effet, nous devons faire preuve de clairvoyance et de vigilance, de cette vigilance de tous les instants, qui nous permet de définir nos formes d’actions et de les orienter vers la satisfaction des intérêts réels de notre peuple. Dans ce sens, nous devons développer notre esprit critique vis-à-vis des différentes forces politiques qui tentent aujourd’hui de se présenter comme des alternatives au pouvoir actuel mais qui, pour la plupart, partagent les fondamentaux de la politique néolibérale du régime en place (privatisations, dérèglementations, ….) »

 

Et c’est-à-dire… ?

 

En effet, revisitez l’histoire politique et syndicale de notre pays, vous verrez bien que les syndicats se sont toujours exprimés, mieux ont le plus souvent agi pour changer le cours des événements. Les responsables syndicaux et les autres dirigeants de la CCVC sont bien dans leur rôle lorsqu’ils refusent de se faire « coiffer dans le noir ».

Je le dis et le répète, la position développée le 20 juillet, avait été préalablement adoptée par les dirigeants des composantes de la CCVC dès le 18 juillet.

 

Et vous n’en avez été que le porte-voix ?

 

Bien sûr, en tant que premier responsable de cette structure…

 

Et en vous en prenant directement à Zéphirin Diabré, ne craignez-vous pas que l’on dise que vous menez une lutte par procuration et notamment pour le compte du PCRV ?

 

Il ne s’agit pas ici d’un problème de personne. Il s’agit dans ce débat d’une question de système politique à mettre en place en faveur ou en défaveur des travailleurs et du peuple. 

Par ailleurs je ne crois pas qu’un parti politique a besoin de procuration pour s’exprimer sur ce débat et dans le contexte sociopolitique national et international d’aujourd’hui.

 

Quelle lecture faites-vous de la situation politique du Faso à la lumière des récentes déclarations du chef de l’Etat sur la possible modification de l’article 37 ?

 

La modification de l’Article 37, c’est-à-dire la révision de la Constitution ne devrait pas être à l’ordre du jour aujourd’hui, à l’orée de la présidentielle 2015

 

Avez-vous gardé quelque rapport avec Blaise Compaoré depuis l’Ecole Normale que vous avez fréquenté au même moment et comment trouvez-vous l’évolution de l’homme ?

 

Nous nous connaissons en effet depuis l’Ecole Normale, notamment dans le sport. Je n’ai pas de rapports particuliers avec le Président Compaoré. L’Homme a réussi à se maintenir au pouvoir pendant près de trois décennies. Il faut en tenir compte.

 

Avez-vous des appréhensions sur la situation politique nationale dans la perspective de 2015 ?

 

Je ne suis certainement pas le seul à m’en inquiéter ; la situation devient de plus en plus complexe !

 

Revenons sur vous-même. Vous avez été intronisé récemment chef du canton de Karaborola, n’est-ce pas détonnant pour l’ex-dirigeant révolutionnaire que vous avez été, ou alors les forces dites féodales selon une certaine terminologie ont-elles changé de nature ?

 

Les cantons de nos régions notamment dans la Comoé, ont été créés par le colon qui nommait les chefs de cantons. Ces chefs travaillaient en fait pour l’administration coloniale. Après le dernier chef de canton nommé, les autres qui ont suivi dont moi- même sont désignés par les populations elles – mêmes. J’ai ainsi été désigné par consensus avec la participation des chefs de villages, des notables et des ressortissants résidents hors du canton. Ce n’est pas une succession par filiation ni de clans. Les coutumes et autres rites ne font pas partie des attributions officielles de la fonction de chef de canton de Karaborola. D’autres responsables bien distincts, s’en occupent.

Si la fonction de chef de canton telle qu’elle s’organise aujourd’hui dans la région était contraire à mes convictions et au-delà de mes capacités, je ne l’aurais pas acceptée.

 

En dehors des activités que vous menez en qualité de chef de canton, à quoi s’occupe le jeune retraité que vous êtes aujourd’hui ?

 

Déjà, la vision que j’ai de cette fonction de chef de canton, nécessite une réorganisation ; ce à quoi je m’attèle avec l’appui de certains ressortissants du canton. Par ailleurs, j’ai toujours porté un intérêt particulier à l’agriculture et à l’élevage. Cet intérêt demeure vivace. Je demeure également disponible à la base pour la Confédération et le mouvement syndical. Enfin, je pourrais écrire quelques pages de l’histoire syndicale du pays.

 

Question d’actualité : Mandela, le grand résistant anti-apartheid vient de mourir. Que représente pour vous cet homme et quels enseignements nous lègue-t-il en ce qui concerne le devenir des Etats de notre continent ?

 

Nelson Mandela a été et restera tout simplement un grand ! Que son âme repose en paix. Il lègue aux dirigeants africains, la primauté de l’amour pour leur pays, pour leur peuple, la primauté de l’intérêt public sur les intérêts égoïstes et privés.

 

La question de la longévité des responsables syndicaux à la tête de leurs structures

 

Ce sont les textes fondamentaux, les statuts et règlements intérieurs des différentes organisations qui règlent ces questions, de même que leurs orientations. Le Burkina n’est pas une particularité. Partout ailleurs en Afrique et en Europe, ces questions sont ainsi réglées. Enfin, souvenez-vous, c’est parce que nous sommes en période d’accalmie que certains posent ces problèmes de direction. Il y’a eu des périodes dans ce pays, où à l’occasion d’un congrès il n’était pas aisé de trouver des volontaires pour être membres de bureau d’un syndicat.

 

Au regard des critiques qui ont fusées entre temps contre les directions des syndicats, dites-nous, un retraité est-il encore légitime pour diriger un syndicat de travailleurs en activité ?

 

Ce n’est pas une règle générale. A la CGT-B, les retraités, les travailleurs déflatés, demeurent membres de leurs syndicats. S’ils sont à jour de leurs cotisations, ils sont électeurs et éligibles si leurs structures les proposent. Cependant, la CGT-B a posé le problème des retraités en réflexion, à savoir leur place et leur rôle spécifiques au sein de la CGT-B.

Personnellement, même sans ma nouvelle fonction, je n’étais pas disposé à demeurer à la tête de la CGT-B étant à la retraite au plan professionnel.

 

Un commentaire sur les jeunes, la relève comme vous-même les avez appelés qui viennent d’arriver à la tête du syndicat

 

Ceux qui sont à la tête de la CGT-B, notamment le SG, Bazié et le SGA Ouangré ont été formés pour diriger la CGT-B. Ils ont la capacité d’organiser toute l’équipe qui a été mise à leur disposition par le congrès pour diriger la Confédération selon les principes de l’organisation. En 1988, des aînés ont accordé leur confiance pour placer le « bébé » CGT-B entre mes mains, j’étais entouré d’une équipe tout aussi jeune. J’avais alors 36 ans. Aujourd’hui, le jeune SG Bazié a plus de 40 ans. Je suis convaincu qu’ils feront avancer la CGT-B et la lutte des travailleurs et du peuple.

 

Tolé Sagnon, biographie

Après le primaire, l’homme est d’abord entré au CEG de Banfora en 1965. Il l’a fréquenté jusqu’en 1969. En 1970, il est admis à l’école normale de Ouagadougou où il a connu Blaise Compaoré avec qui il n’a pas gardé de rapports. En 73, c’est l’école Supérieure des laboratoires de Paris qui l’accueille.

Rentré au pays en 1976, il travaille d’abord à la SOSUCO, puis en 1979, il est reçu au concours d’entrée au BUMIGEB où il a travaillé jusqu’au 31 décembre 2012, date de son départ à la retraite, soit 33 ans de service au BUMIGEB. L’homme dont les loisirs sont les sport qu’il a aimés et pratiqués depuis le collège, la lecture et le cinéma, est marié et père de 4 enfants. Ils sont tous grands. Les deux filles sont juristes et les deux garçons, tous ingénieurs (informatique et génie civil).

C’est cet homme qui a dirigé pendant 25 ans la Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGT-B).

Pendant les 33 ans passés au sein du BUMIGEB, il a suivi de 1989 et 1990, un stage de perfectionnement en Sciences appliquées à l’université de Liège en Belgique. De 1980 à 2003 il s’occupe des analyses des micros éléments et métaux précieux. De 2004 à 2012, il est le chef de service analyse, puis chef de service minéralogie jusqu’en décembre 2012. 

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