Vers un scénario à la sénégalaise ?

Publié le mardi 21 janvier 2014

Le décrochage de Roch était un scénario souhaité par de nombreux burkinabè. Ils sont nombreux au sein du CDP surtout dans sa frange jeune mais aussi parmi les partis de l’opposition à l’attendre. La situation dans le pays semblait politiquement bloquée et la solution ne pouvait venir que du CDP. Tant que ce parti conservait toutes ses forces, les choses paraissaient difficiles. Mais 2014 démarre sous de meilleurs auspices dans le landernau politique du Burkina

On peut déjà considérer que l’ossature du nouveau parti est déjà en place. Dans toutes les structures du CDP à travers le pays, les noyaux en seront sans doute des bureaux entiers des comités de base du CDP ou à tout le moins des groupes de responsables que viendront renforcer de nombreux militants à la base. Le Yatenga en a déjà donné le ton en publiant les noms de 114 responsables depuis la structure provinciale jusqu’aux comités de base. La création du nouveau parti étant prévue pour fin janvier-début février, c’est probablement vers cette période que l’on pourra mesurer l’ampleur réelle des défections au sein du CDP. 

Les dissidents du CDP, qui créeront le nouveau parti


Dans la nouvelle configuration politique qui se dessine, Blaise part avec un lourd handicap. Celui de n’avoir pas su garder ses amis. Il a joué à fond la carte familiale, oubliant que dans la psychologie des Burkinabè, la dynastisation du pouvoir passe mal. S’il s’est vu obligé de suspendre la carte François Compaoré pour tenter de jouer la sienne, c’est parce qu’il s’est rendu compte que celle-ci ne pouvait pas prospérer. De larges boulevards avaient pourtant été dépliés au profit de François. Le résultat a été décevant. Que va faire alors Blaise de son CDP, maintenant que les choses se gâtent ? S’il perd une part importante de la crème de son parti, il n’en conserve pas moins de puissants moyens. L’appareil de l’Etat est de loin le moyen le plus important. En Afrique, quand on a le pouvoir, on a tout, ou presque. Sauf que des dynamiques imprévisibles peuvent faire dérailler la machine. On l’a vu en 2011, le pouvoir avait perdu le contrôle du pays. Quand un président se voit obligé de fuir son palais pour se refugier ailleurs, c’est la preuve que la situation n’était plus sous contrôle, pour emprunter la formule des militaires. Il y a aussi que Blaise peut tenter une opération épervier, à l’instar du Cameroun. De nombreux cadres du CDP qui sont tentés de suivre les démissionnaires réfléchiront longtemps avant de faire le saut. Ceux qui ont dirigé des institutions juteuses peuvent avoir des soucis à se faire. Il est vrai qu’ils ont été les pourvoyeurs de fonds, à la fois pour leurs ministres et autres mais ils ont eux aussi largement profité de l’huile du haricot. Mais Blaise devrait se méfier de ces solutions faciles. Les casseroles, ce ne sont pas les démissionnaires seuls qui les traînent. Qu’il se souvienne que certains d’entre eux ont été des porteurs de valises, pour son compte. Mais enfin, on n’en est pas là et il faut croire que le président qui s’est construit une réputation de faiseur de paix, réelle ou factice, c’est selon, n’aura d’autre choix que de jouer le jeu démocratique. C’est en tout cas tout le bien qu’on peut souhaiter pour le pays.

Vers une reconfiguration politique au Burkina

Vraisemblablement, nous allons vers le déroulement d’une double dynamique. Le parti des Roch va se construire par absorption d’une partie du CDP où se trouve l’essentiel de sa base sociale, mais nous pourrons aussi assister à des ralliements de partis de la mouvance comme de l’opposition. Il y a des partis qui attendaient ce décrochage pour se mettre ensemble. Des partis comme le PDC de Saran ou celui de Pierre Tapsoba ont plus d’affinités avec les nouveaux venus de l’opposition. En ce qui concerne le parti du lion de Zéphirin Diabré, rien ne devrait s’opposer à tout le moins à la conclusion d’une alliance stratégique avec le nouveau parti, à défaut d’une fusion pure et simple. Il est encore trop tôt pour dessiner avec précision les probables évolutions, surtout que le nouveau parti est seulement annoncé mais il n’existe pas encore. On ne connaît ni son idéologie ni son orientation politique. La seule indication connue est qu’il sera un parti d’opposition. Mais on peut prédire sans difficulté que Roch sera un des personnages centraux, sinon le principal, au niveau des coalitions futures. Malgré ses maladresses passées, il conserve une image plutôt rassurante. C’est un rassembleur, tempéré dans ses humeurs et il sait arrondir les angles. C’est pas forcément bon aux yeux des puristes de l’idéologie mais c’est politiquement fécond. Il y a enfin le rôle de l’argent. Les nouveaux venus ne sont pas des indigents. Ils ont largement de quoi soutenir les charges des batailles politiques à venir, à la fois par eux-mêmes mais aussi de par leurs carnets d’adresses. Le jeu politique devrait être mieux équilibré. Que va faire au juste Blaise que l’on dit têtu, surtout quand il se trouve dos au mur. En politique pourtant, il vaut mieux privilégier l’intérêt du pays sur les questions d’honneur. Le vieux Wade était tellement emmuré dans ses certitudes qu’il ne voyait rien venir. Il prétendait lui aussi avoir entièrement « construit »tous ceux qui lui disputaient le pouvoir. « Ils ne font pas le poids devant moi » disait-il. On sait ce qu’il est devenu depuis. 

Par Germain B. NAMA



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