Fronde contre Kosyam : Il croyait les tenir par la peur, il a perdu !

Publié le mardi 21 janvier 2014

La rupture est enfin consommée. Les trois mousquetaires du CDP avaient pourtant hésité longtemps à franchir le pas. Plutôt les deux (Roch et Simon). Salif lui avait déjà compris et fait son deuil du CDP. S’il n’a pas claqué la porte, c’est pour ne pas agir en solitaire. C’est aujourd’hui chose faite et dans un mouvement d’ensemble, comme au concerto. Il y a longtemps que la « base » attendait leurs chefs et l’impatience se manifestait de plus en plus dans leurs rangs. Le top départ vient d’être donné. La saignée dit-on ne s’arrêtera pas là, tant le malaise est profond. Que s’est-il au juste passé entre les grands camarades qui s’étaient pourtant juré fidélité ? 

CDP, la déchirure


L’histoire commence un jour de 2008, quand Salif fut débarqué du gouvernement à la surprise générale. Pas tout à fait. Les observateurs avisés avaient perçu quelques signes, notamment dans la presse qui traduisaient le climat délétère dans les milieux du pouvoir. Quelques titres liés au clan présidentiel n’hésitaient pas à attaquer ouvertement celui que l’on considérait comme le camarade le plus proche du président. Salif Diallo était devenu une cible constante. Que se passe-t-il, lui avons-nous demandé un jour. Il y a que « ton ami » est devenu fou. Il a laissé le pouvoir entre les mains de François et la belle mère et si nous ne prenions garde, nous allons tous couler. Et que fait le parti ? Il y a longtemps que le parti n’existe pas me répond-il. En fait, le parti n’a jamais existé. Dès sa création, il n’a été qu’un instrument au service d’un homme. Blaise Compaoré qui au début de son règne n’était qu’un jeune putschiste, hagard, complètement perdu, qui ne prenait de l’assurance que parmi ses camarades plus rompus à l’adversité politique, a au fil des années su s’affranchir de ces derniers en cultivant l’art du secret et de la manipulation. Il a appliqué à la politique ce qu’il a appris dans la caserne : la stratégie. Au bout du compte, le grand camarade a su s’imposer en maître incontesté. Il était craint, en raison de ses colères froides et d’une certaine absence d’état d’âme. Roch, Salif et Simon connaissaient bien l’homme. Il faut peut-être voir là l’origine de ce jeu de cache-cache auquel on a pu assister ces dernières années en particulier sur la question du Sénat et de la révision de l’article 37. A Ziniaré la question de l’avenir du pouvoir avait été mise sur la table. Blaise avait du mal à trouver des soutiens internationaux dans sa volonté de briguer un troisième mandat. Et puis, il ne semblait plus être en pleine possession de ses moyens. Chacune de ses apparitions à la télé donnait lieu à des commentaires alarmants. Aux yeux du clan, François pouvait faire l’affaire. Les Burkinabè ont donc eu droit à une séquence où François multipliait les apparitions publiques, donnait des interviews à la télé. Le CDP connut pendant cette période des moments difficiles. Pour se frayer un chemin, il n’y avait pas d’autre solution pour François que de déboulonner le CDP. La FEDAP/BC est mise en avant, le CDP plie mais ne rompt pas.

C’est depuis ce temps que Roch, Salif et Simon ont définitivement compris que le but de la manœuvre était de les écarter. Ils sont devenus gênants. Face à l’adversité, ces derniers resserrent les rangs. Pas question pour autant de mener un combat frontal. C’est dans ce contexte qu’intervient le départ de Salif du gouvernement. L’histoire va s’accélérer. Nommé ambassadeur en Autriche, Salif éloigné de ses camarades provoque un clash, espérant ainsi les faire bouger, eux qui hésitaient à se manifester, alors que le groupe de François est à l’offensive. Cette sortie de Salif n’a pas provoqué la dynamique escomptée. Au contraire, elle a affaibli son propre camp et fourni des arguments aux adversaires. Le Vème congrès du CDP qui a vu la mise à l’écart de tous les ténors du groupe de Roch s’inscrit dans cette logique.

Les événements de 2011 ont constitué un tournant

Qui était derrière les événements de 2011 ? La question demeure aujourd’hui encore sans réponse officielle. Cela n’empêche pas les supputations. On a laissé entendre que Roch n’était pas étranger aux événements. L’entourage de Roch a fortement soupçonné le groupe de François d’être à l’origine de cette rumeur. Aucun élément de preuve n’avait du reste été avancé en son temps. On a seulement vu dans le fait que Roch ait été épargné par les violences, la raison de son implication. Cherchait-on là un prétexte pour les plonger ? Ils l’ont cru. Et l’agression de Simon, à qui est-elle due ? N’a-t-elle pas été commanditée par le camp d’en face ? On peut le croire et certains n’hésitent pas à pointer du doigt des responsables. En somme, un climat délétère voire exécrable où la méfiance règne. Au total, la sortie des militaires a laissé un fort sentiment de manipulation. A quelle fin ? Et quand dans ce contexte de malaise national, Blaise Compaoré en personne reçoit Roch et lui dit : « certains militants estiment que tu es la source des problèmes au sein du parti »*, ce dernier comprend qu’il ne lui reste plus qu’à faire ses valises. Et cela n’a pas tardé. Sans même en informer ses camarades et sans attendre d’en donner la primeur au congrès (le 5ème ), Roch se lâche devant les journalistes : « Voilà des années que je suis à la direction du parti. Et il est temps que nous donnions un exemple au niveau du CDP que nous sommes dans l’alternance. » Dans le contexte de l’époque où le débat était focalisé sur la révision de l’article 37 dont le même Roch s’était fait le chantre, cette déclaration n’a pas échappé à la vigilance des observateurs. Elle avait été décryptée comme l’expression de sa position personnelle. Il fallait donc comprendre que le discours sur la révision de l’article 37 et sur le Sénat n’était rien d’autre que la position du CDP et pas la sienne. Depuis son départ tant de la direction du parti que du perchoir, Roch était resté muet sur le plan politique. Mais derrière ce mutisme, il se menait une intense activité politique.

Du perchoir à l’opposition

Roch ne croyait pas qu’il basculerait aussi vite dans l’opposition. Même en retrait des affaires, il n’a pas cessé de rencontrer le président, seul ou avec les autres (Salif et Simon). Au centre des échanges, le départ de Blaise Compaoré. La révision de l’article 37 et le Sénat ne sont que les avatars d’une ambition, celle de se maintenir au pouvoir au-delà de 2015. Pendant près d’une année, le trio s’est évertué à convaincre Blaise d’annoncer son départ. Les arguments mis en avant sont qu’au-delà des protestations de l’opposition politique, le CDP et le pays tout entier sont également divisés. Les menaces sur la paix sociale sont réelles et lourdes auraient-ils affirmé en outre devant Blaise Compaoré et toucher à la Constitution risque d’envenimer les choses. Pour rassurer le président, ils lui proposent de prendre éventuellement la direction du CDP. Au finish, le président accepte de faire une déclaration officielle. Des dates sont même avancées. Toutes symboliques : 02 juin (adoption de la Constitution), 05 août (proclamation de l’indépendance), 15 octobre (prise du pouvoir). Aucune n’a été respectée. Pire, la sortie médiatique du président à l’occasion du 11 décembre finit de convaincre le trio que l’homme les mène en bateau. Sa volonté de demeurer au pouvoir est restée intacte. Il faut donc le laisser à ses lubies. Mais les tergiversations du président ont une raison. Il ne croyait pas au courage de ses anciens camarades de rompre avec lui. Il se disait que Salif seul en était capable mais il comptait sur le temps pour l’isoler des autres. C’est le scénario contraire qui s’est produit. La bande des trois se dit plus que jamais unie dans la perspective des futurs combats politiques. Roch vient d’annoncer les couleurs au micro de notre confrère Bouabouvier de RFI. Le 18 janvier prochain il sera dans la rue, à l’appel de l’opposition.

*Source : Fasozine

 Par Germain B. NAMA



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