ATT, le soldat de la démocratie !

Publié le mercredi 11 avril 2012

Dans la soirée du 8 avril, ATT, encore quelque part à Bamako, peut-être au camp militaire de Djicoroni, le camp des para commandos, a rendu sa démission. Cet homme là restera une énigme dans l’Afrique des assoiffés de pouvoir. Il se joue aussi après coup de l’arrogance de son tombeur, le capitaine Sanogo qui lui promettait un procès et qui lui a refusé une dernière adresse aux Maliens.

 

Dans les nombreux forums d’interpellation qu’il a créés pendant ses dix ans au pouvoir, ATT avait eu une fois cette réaction, peut-être de dépit : « malien wu ne ye mun le ke aw la ? » ou « Maliens qu’est-ce que j’ai pu vous faire de grave ? ». Les Maliens, c’est vrai, sont connus pour leur indéférence. Aucun de leur président, en exercice, n’a trouvé grâce à leurs yeux. Il faut se rappeler les amabilités qu’ils déversaient sur Alpha Oumar Konaré. La coalition de l’opposition en son temps, venue échanger avec son homologue burkinabè, à l’ancienne Maison de la presse Mohamed Maïga de Ouagadougou, avait tellement chargé le pauvre Konaré, que les opposants burkinabè leur ont fait la proposition suivante : « Ben ! Si ça vous dit, on peut échanger. Vous nous donnez Konaré et vous prenez Blaise ». La discussion s’était arrêtée là. Avec le putsch du 22 mars dernier, ATT ne quitte pas le pouvoir comme il l’avait souhaité en transmettant les rênes du pays à son successeur démocratiquement élu. C’est une mauvaise fin de parcours pour ATT, mais certainement pas pour lui seul. Celui qui en prend le plus, c’est le Mali. Imaginez le capital de sympathie que le Mali aurait engrangé si cette transmission démocratique de pouvoir avait eu lieu ? Même si la démocratie y était imparfaite par ailleurs. Tout le monde a les yeux de Chimène pour le Sénégal aujourd’hui. Est-ce pour l’exemplarité de la gouvernance du pays ? Non assurément. Si on dit que ATT a mal géré, que sa famille était impliquée dans la corruption, que dire alors des Wade ? Un président qui s’octroie 35% des actions d’un monument construit sur un terrain de l’Etat avec des fonds publics ? Les militaires sénégalais ne se sont pas pour autant arrogés une mission de salubrité démocratique. Ce sont les Sénégalais qui s’en sont chargés. Parce que ce sont des choix qui n’appartiennent qu’aux peuples.

Plus de la moitié du Mali est sous contrôle des salafistes qui sont arrivés dans les bagages du MNLA. Le front est exactement situé à Douantza, à une centaine de Km de Mopti, sur la rive du Niger.

On peut trouver tous les pêchés à ATT. On ne peut pas gouverner impunément une décennie durant. Et dans cette entreprise de dénigrement, ce sont nos amis français qui emportent la palme. Voici quelques morceaux choisis : « le régime de ATT manquait de virilité » (dixit un ministre français) « A la différence de ses voisins (Le Mauritanien sans doute, ndlr), il croyait avoir la paix en évitant le combat » (dixit un diplomate français) « Face à AQMI, ATT était dans le déni » (diplomate français) L’ambassadeur de France à Bamako, Christian Royer a été la tête de pont de l’opération anti ATT. Reçu par nos confrères de L’Indépendant (journal malien dirigé par Saouti Haïdara), le 6 janvier dernier, il disait ceci, après avoir expliqué que la France a formé et équipé les forces de défense et de sécurité malienne : « Il ne reste plus qu’à déployer les hommes sur le terrain pour affronter Al qaïda et cela, le président du Mali ne veut pas en entendre parler. » Evidemment dans cet acharnement, qui vient rappeler que la France n’a pas changé dans ses rapports avec ses ex colonies, on oublie vite que la situation actuelle au Mali est la conséquence « d’’une politique de courte vue de la France ». La France a détruit la Libye de Kadhafi, avec des moyens colossaux. Mais aussitôt son objectif principal atteint, elle est partie sans se soucier du « service après vente ». Or ce sont les débris du régime Kadhafi qui s’égaillent actuellement dans la région. ATT, pour s’y être opposé, en est la première victime. Qu’en sera-t-il des autres ? La région est actuellement dans un vrai désarroi. La France qui était jusque là sur une ligne dure : « déployer des hommes sur le terrain pour affronter Al qaïda… » s’est convertie au « tout dialogue ». Une position qui ne manquera pas de provoquer une friction avec un autre maillon faible de la sous région : le Niger. Le ministre nigérien des Affaires étrangères a tenu un discours discordant à Nouakchott, le 8 avril dernier.

Il a dit qu’on ne devrait pas contraindre le Mali à négocier avec un fusil à la tempe. Sacrée France tout de même. Elle en a voulu jusqu’à sa chute à ATT, parce qu’il disait qu’il faut négocier.

Par Newton Ahmed Barry


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