Il faut détruire le mythe du président fondateur

Publié le lundi 20 janvier 2014

Tout démocrate ne peut que se réjouir des difficultés que traversent actuellement le parti au pouvoir. On devrait même souhaiter que ce parti disparaisse de l’environnement politique au Faso, du reste dans sa forme actuelle. Si nous parlons du CDP, c’est parce que c’est le parti au pouvoir, c’est le parti qui gère le destin des 15 millions de Burkinabè que nous sommes. C’est ce qui justifiait le slogan très cher à notre regretté confrère Norbert Zongo : « Nous sommes tous CDP » tout comme hier, nous étions tous RDA. Voilà qui nous donne le droit de parler du CDP sans apparaître comme un intrus qui se mêle des choses qui ne le regardent pas. Nous avons toujours dit que le CDP n’était qu’un instrument au service d’un homme, Blaise Compaoré et non au service du Burkina Faso, notre pays à tous. C’est pourquoi il a été construit autour de ce personnage central qui décide de tout. C’est lui en effet, qui décide qui est qui, qui doit être quoi et qui doit faire quoi. C’est exactement ce que vient de répéter le nouveau prêtre de ce parti ou le nouvel iman, c’est selon, Assimi Koanda. Envahi par une colère aveuglante, Assimi Koanda s’exprime en ces termes à propos des anciens premiers responsables démissionnaires de son parti : « quand on connaît les très hautes fonctions occupées par les trois premiers des démissionnaires, l’on ne peut qu’arriver à la triste réalité de l’ingratitude envers celui-là qui les a construits avec patience et générosité. Certains d’entre eux n’ont jamais eu de point d’attache que la présidence du Faso puisqu’ayant quitté les bancs de l’université pour occuper de hauts postes politiques. S’ils en sont arrivés à trahir ainsi leur protecteur, SEM Blaise Compaoré, ce n’est pas son parti qu’ils ne trahiront pas ». La voilà donc la conception du parti de ceux qui nous gouvernent. Le CDP, c’est Blaise, le président fondateur, même s’il n’a jamais été un président statutaire du CDP. Il est pourtant, le vrai président, le pourvoyeur des fonds et donc aussi de légitimité. C’est lui qui a construit, Roch, Salif et Simon. Et bien sûr tous les autres responsables du CDP qui jouissent de quelques privilèges. Peu importe que le parti ait été sur le terrain bâti par ceux-là même qui sont aujourd’hui vilipendés. Ils ne sont que des serviteurs du chef. Nous sommes au Gondwana, ce pays où le président fondateur est tout. Mais les sujets que nous sommes ont acquis le droit de s’interroger. La Constitution, la référence suprême, la norme fondamentale que tout le monde invoque à tort et à raison nous donne ce droit. Alors faisons-en usage ! Mais d’où vient cette créature du chef, d’où viennent ses richesses, en particulier l’argent qui lui donne tant de pouvoir ? La réponse à ces questions éclaire d’une lumière crue la puérilité des discours flagorneurs qui cachent en fait la vénalité de leurs auteurs. Ainsi pour Assimi Koanda , il ne devrait pas y avoir de devoir d’ingratitude possible envers le chef parce que ça ne peut être que grâce à lui qu’on est devenu quelqu’un. Voilà où l’on est et voilà pourquoi la marmite bout au CDP. Vous avez beau répéter à l’esclave qu’il est esclave, vous ne pouvez pas empêcher qu’un jour, il refuse de continuer à être esclave. Alors, les partis de l’opposition qui applaudissent aujourd’hui des deux mains les difficultés du CDP devraient retenir la leçon. Cette conception du parti qui est aujourd’hui en panne au CDP est commune à la grande majorité des partis africains. Ce qui est en cause, c’est le mythe du président fondateur. Ce mythe entretient une mentalité servile et sclérose la vie du parti. Il faut en finir avec ce mythe destructeur !

 Germain Bitiou NAMA


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