Manu Dibango, un baobab aux racines d’acier !

Publié le mardi 7 janvier 2014

80 ans et toujours d’attaque ! Manu Dibango est plus qu’un maestro, c’est un genie du saxo. Avec son rire legendaire, qu’il demarre à tout bout de champ, Manu Dibango respire la pêche et continue de travailler. Les écoliers des années 70, se souviennent encore des paroles du Soir au village et de la chaleur du récit. Manu avait conquis les cœurs et sa musique a fait le reste. En 1972, il enregistre un tube dansant pour la coupe d’Afrique des nations qui doit se dérouler dans son Cameroun natal. Soul Makossa est devenu depuis lors, un véritable succès planétaire au point d’être pompé par le grand Michael Jackson dans son album Thriller sorti en 1982 (Wanna Be Starting Something). En 2009 ce sera au tour de la chanteuse Rihanna dans Don’t Stop the Music d’utiliser cette chanson fétiche. A chaque fois le grand Manu s’en est tiré avec un bon arrangement financier et un succès médiatique certain. 

Il n’est pas donné à tout le monde d’être plagié par les plus grands artistes du monde. Ce qui prouve non seulement la classe de Manu mais sa capacité de produire une musique qui respire l’Afrique. Né à Douala, Emmanuel Dibango dit Manu découvre la musique auprès de sa mère qui officie dans la chorale du quartier. Arrivé adolescent en France en 1949 pour poursuivre ses études il découvre très vite le jazz et joue du saxo, de la mandoline et du piano. La rencontre avec le Francis Bebey lui ouvre la voie. Marseille, Reims, Chartres, Bruxelles, etc. la fusée Manu est dans le ciel. L’école ne marche pas fort et Papa lui coupe entre temps les vivres. Pour le convaincre que son choix est bon, Manu assure sur scène et en studio. En Belgique, il fait partie de l’orchestre du Grand Kallé (Indépendance Tcha Tcha !) qu’il croise au début des années 60. Il finira par entamer un retour au pays pour animer avec Marie-José son épouse, ses lieux d’expression, où en plus de la bonne bouffe il y a du bon son. En 1967, Manu Dibango dirige son premier groupe. Ce qui ne l’empêche pas de jouer aux cotés des vedettes de l’époque que sont Dick Rivers et Nino Ferrer. Manu affectionne le rythme and blues à la sauce africaine. Voix de basse et saxo ténor à la main, le mélange est envoutant. Son succès en solo démarre en 1969, avec son album afro-jazz Saxy Party produit chez Philips. Depuis lors, de Serge Gainsbourg à King Sunny Adé, en passant par Peter Gabriele, Salif Keita, etc. Manu Dibango enregistre ou joue avec les plus grands musiciens du monde. Son doigté au saxophone est unique et original. De saxy party en 1969 à Afro funk explosion 2012, c’est des dizaines de disques (plus de 30 albums) que Manu a mis sur le marché dans la joie et la bonne humeur quotidienne. En 1975 il est sollicité par le président Houphouët Boigny pour monter l’orchestre de la RTI (Radiotélévision ivoirienne) qui a mis par la suite de nombreux grands artistes ivoiriens sur orbite. Entre Europe et l’Afrique Manu a fait des va-et-vient incessant tout en militant toujours pour la bonne cause. Il finira par créer à la fin des années 90, à Saint-Calais (La ville qui l’a vue débarquer de son Cameroun natal), le festival « Soir au village » qui chaque été voit de grands artistes venir comme en famille et donner la joie aux mélomanes. Manu qui a enregistré plusieurs musiques de films a été au Burkina Faso en 2007. En le faisant parrain de la 29ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) les organisateurs ont eu une idée géniale[]. Les jeunes artistes musiciens locaux se souviennent encore de sa gentillesse débordante et de sa simplicité innée. Titulaire de nombreuses distinctions honorifiques, son anniversaire a été célébré toute la journée du 12 décembre 2013 sur les ondes de Radio France internationale. Ce fut un hommage mérité à un artiste talentueux au grand cœur. Et dire que cet évènement qui honore la culture africaine s’est déroulé au moment où le mythique Nelson Mandela rejoignait la prairie des ancêtres et Ousmane Sow l’académie des Beaux-arts de Paris… Joyeux anniversaire l’artiste !

Ludovic O. Kibora


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