Mandela, la mauvaise conscience des rois africains

Publié le mardi 7 janvier 2014

Il ne s’agit pas de dérision quand nous parlons de rois pour désigner certains dirigeants africains. Ceux que notre confrère Mamane appelle les présidents fondateurs. Nous les avons entendus s’épancher en émotions à la disparition du grand homme, un vrai celui-là. Nous ne reprendrons pas ce qu’ils ont dit. Un simple rappel cependant des plus emblématiques dans le registre des antis héros : Sassou Nguesso, Blaise Compaoré, Jacob Zuma. Un point commun, ils ont avoué leur admiration sans bornes pour Mandela. Mais qui admirent-ils ? L’homme ou les valeurs qu’il incarne ? Si c’est l’homme, c’est un non sens. On ne saurait admirer un homme parce qu’il est un homme, pas plus qu’on n’admirerait un animal en lui-même. Dans les contes initiatiques africains, les animaux représentent des caractères qui traduisent des valeurs. Si donc Mandela est unanimement célébré, y compris par nos célébrissimes présidents fondateurs, parions que c’est pour les valeurs d’intégrité, de tolérance, d’humanisme qu’il a su incarner, à un point tel qu’il est devenu une icône planétaire. Interrogez n’importe quel élève de Lycée et même de l’école primaire, pourvu qu’il sache lire et écrire, des villes et même des campagnes. Il vous dira qui est Nelson Mandela. Quand on évoque la mémoire d’un homme d’une telle notoriété, même dans les causeries de salon, c’est parce qu’au fond, il représente quelque chose de grand, cette chose vers laquelle on aimerait tendre. 

Alors, valeur de tolérance et d’humanisme, Mandela l’a crânement démontré à travers son magister et bien au-delà. Il est difficile d’aller plus loin quand on sait ce qu’a été la violence raciale de l’apartheid. Toutefois son humanisme n’avait rien de béat. Il a théorisé la violence armée face à la barbarie sans nom, sans doute parce que c’était un des moyens de la libération de l’homme noir. Mais celle-ci ne devrait en aucun cas entraîner l’anéantissement de l’homme blanc pas plus que son asservissement à l’homme noir. On se souvient de ses paroles au procès de Rivonia, répétées à bon escient dès sa sortie de la geôle raciste. L’humanité se porterait bien mieux sans la domination de l’homme par l’homme. Cette leçon de vie unanimement approuvée du bout des lèvres par nos rois africains ne semble pas leur servir de vade mecum. En Afrique, quand un clan remplace un autre au pouvoir, il s’empresse d’imposer sa marque de fabrique par l’éradication du clan qu’il a remplacé. Point n’est besoin d’un dessin pour comprendre cela. Les exemples foisonnent et il y a de réelles difficultés à sortir de ce cercle vicieux, tant la peur de l’autre est grande.

La valeur d’intégrité, Mandela l’a tout aussi bien incarnée. Aucun fétichisme pour les biens de ce monde, quand bien il était profondément attaché au bien être de son peuple. L’intégrité c’est aussi pour Mandela le refus de la tricherie. Voilà un homme qui grâce à son charisme avait la possibilité d’exercer un pouvoir à vie. Il a pourtant quitté le pouvoir à la fin de sa mandature de 4 ans, conscient que malgré ses atouts, d’autres étaient mieux outillés pour faire le job. Il a continué de servir son pays tout aussi efficacement mais à un autre niveau. Evidemment, on ne demande pas à nos présidents fondateurs d’être des Mandela. Mais au moins, est-il possible de se respecter eux-mêmes ! Devant le cercueil de Mandela à Qunu, Jacob Zuma a célébré, toute honte bue, la valeur d’intégrité du défunt. Créditons-le de la bonne foi. Le peuple de Soweto l’avait sifflé la veille au moment où il prenait la parole devant des sommités mondiales réunies pour la circonstance. Espérons qu’il en a tiré la leçon. Il a promit que l’ANC dont il est présentement le président, conduira l’Afrique du Sud conformément aux valeurs qu’il a incarnées. Nul doute que son magister sera désormais scruté à l’aune de cette déclaration. Blaise et Sassou ont-ils retenu quelque chose de la leçon de vie que nous a administrée Mandela ? Pour l’heure, l’admiration qu’ils disent lui vouer ne semble avoir entraîné aucune conséquence dans leur magister. Ils rêvent tous les deux de changer leur Constitution pour se maintenir au pouvoir. Quitte à installer leurs pays dans la crise. Sans doute pensent-ils qu’après tout, ils en ont vu d’autres ! C’est à la jeunesse africaine qu’il appartient les valeurs incarnées par Mandela, Sankara et d’autres grands africains. De Tunis à Ouaga, en passant par Dakar et le Caire, ils ont montré qu’ils en ont les moyens.


Commenter l'article (1)