An 1 du PDC, "s’armer pour l’avenir"

Publié le mardi 7 janvier 2014

« Le changement de comportement et de mentalité comme challenge de l’avènement effectif de l’alternance et de défi de développement durable et harmonieux ». C’est sous ce thème foncièrement tourné vers l’avenir que Saran Séré Sérémé et l’ensemble de ses militants ont célébré le premier anniversaire de leur parti. Ainsi, la cérémonie était placée sous le signe d’une réflexion stratégique et prospective. A l’occasion deux thèmes ayant trait à l’actualité de notre pays ont été disséqué par deux féroces pourfendeurs du système Compaoré. C’était ce dimanche 15 décembre à la Maison du Peuple.

Répondant à l’appel de leur leader, les militants et sympathisants du Parti pour le Développement et le Changement (PDC) sont sortis nombreux pour se positionner quant à l’avenir de notre pays. Dans une communion militante qui se voudrait agissante et non figurante, ils ont ingurgité les communications des panélistes. Mais avant, l’assemblée a tendu une oreille attentive au laïus de la présidente. Elle a commencé par rendre un hommage mérité à Nelson Mandela qui était en train d’être inhumé à Kunu, son village natal. Saran professe que la leçon qu’elle a retenu de l’homme est « l’art d’oser même quand tout semble impossible ». Notons que le discours de Séré s’est beaucoup plus focalisé sur les perspectives à venir que sur un bilan. Sur la jeune vie de son parti, elle se veut claire : « ce n’est pas l’âge qui fait la valeur, c’est la détermination qui fera bouger les lignes au Burkina Faso. » Elle a aussi martelé que l’heure est au changement dans notre pays et « celui qui veut l’arrêter sera emporté ». Dans cette lancée, le responsable des jeunes renchérit que notre pays a besoin d’un changement profond. Sérémé a exhorté les militants et militantes à plus d’engagement et de conviction pour les futures batailles qui s’avèrent titanesques. Précisons que Saran donne à son parti une orientation social-démocrate portée vers une économie sociale et solidaire ; un développement harmonieux et équitable ; une égalité d’accès à la formation, à l’apprentissage, à l’emploi ; une gestion rationnelle des ressources. Les orateurs du parti qui se sont succédés au parloir ont fustigé les dérives du régime en place notamment le népotisme ; le clientélisme ; l’accaparement des richesses du pays par une minorité ; la gestion clanique de la chose publique ; la subordination des pouvoirs judiciaires et législatifs à l’exécutif. Elle a été sans détour sur les intentions du chef de l’Etat à recourir au référendum pour sauter le verrou de la limitation du mandat présidentiel. « le tazartché (expression nigérienne signifiant continuité) ne marchera pas au Burkina Faso », prévient-elle.

Dans la foulée, la parole a été donnée à Newton Ahmed Barry, le Rédacteur en Chef de L’Evénement pour s’épancher sur le sujet : « Citoyenneté responsable, implication et mobilisation citoyenne à la réalisation effective du Changement  ». L’homme est connu pour son intrépide audace à dire des vérités dures. Comme il fallait s’y attendre, c’est sur un ton ferme, acerbe et sans louvoiement que la communication est faite. Newton articule sa réflexion autour de trois principes. L’égalité entre citoyens burkinabè, la liberté et la dignité. Pour entamer ses développements, il est parti du postulat selon lequel si l’on parle de citoyenneté responsable, c’est qu’il y a quelque part une citoyenneté irresponsable correspondant à la rhétorique qui stigmatise les jeunes qui brûlent les feux, portent atteinte au bien public ou privé. Il reconnaît que ces actes sont évidemment prohibés. « Mais qu’en est-il de ceux qui violent la Constitution, la loi suprême de notre pays ? » s’interroge-t-il. Se fondant sur la question précédente, le journaliste poursuis par poser une question aux allures d’avis : « peut-on encore dire que nous sommes dans une démocratie ? » L’assemblée qui écoutait religieusement aura sa part de vérité. Newton annonce un adage bambara « Si quelqu’un dit qu’il peut se lever au-dessus des autres et régner à vie sur eux, c’est qu’il l’a vu dans leur yeux ». En d’autres termes si Blaise veut modifier la Constitution pour s’assurer un pouvoir à vie, c’est qu’il est convaincu que les autres Burkinabè que nous sommes ne pouvons l’en empêcher. Dans la cadence de ses analyses, le Rédacteur en chef bifurque pour rappeler que la Haute-Volta et le Burkina Faso sont fondés sur le principe qu’il n’y a pas de personne indispensable. Pour lui un seul individu ne peut pas être plus intelligent que 32 millions de Burkinabè (la diaspora est comptée). Il est inadmissible qu’un pouvoir ad vitam aeternam s’installe dans notre pays. « Et si vous êtes des citoyens responsables, c’est à vous de le démontrer », a-t-il sommé la foule. Il indique deux voies pour l’affirmation de la citoyenneté. D’abord s’est résister en empêchant le référendum et au cas où cette méthode foire, il faut par la suite se mobiliser pour voter NON. En bon historien, et dans une logique de comparaison il a rappelé qu’au temps de Lamizana, les étudiants même contestataires bénéficiaient de bourses. Mais aujourd’hui ces derniers sont volontairement ignorés parce que mal aimés. La forte délégation estudiantine présente tout en scandant « a bèè fô » (expression bambara signifiant dit toute la vérité) acquiesçait ces propos par des applaudissements nourris.

Le professeur Luc Marius Ibriga commence sa communication là où Newton s’est arrêté. Il s’est beaucoup attardé à démontrer que notre pays est à la croisée des chemins. Ainsi pour lui, il faut travailler à la réanimation de l’éthique au Burkina Faso. Et cela passe par un changement pour l’excellence et non pour la médiocrité. Un changement de qualité. Ibriga recommande avec force qu’il faut mettre fin au « continuisme » dans notre pays. Dans la phase des questions et commentaire, le professeur Loada a laissé entendre que si le président Compaoré touche à l’article 37, pour eux (sociétés civiles) c’est un coup d’Etat.

Saran Séré/Sérémé, a sa prise de parole

 Par ailleurs, trois jeunes ayant pris part au concours de projet de société que le PDC a organisé ont été récompensés pour la pertinence de leur travail. Pour la présidente, ces projets montés par les jeunes ne resteront pas au stade virtuel. Le PDC les intégrera dans son programme au temps opportun afin de prendre en compte les aspirations de la jeunesse. Son discours était ponctué d’un hourra d’applaudissement avec « maman Sérémé » comme refrain venant de la flopée des jeunes dans la salle. Majoritairement constitué d’étudiants, ils ont voulu ainsi marquer leur reconnaissance à l’égard celle qui les avait hébergés et soutenu lorsque le gouvernement les a brutalement jetés dans la rue.

Pour ce qui concerne le bilan, on retient que le parti s’est battu aux côtés des autres pour dire non au Sénat et à la modification de l’article 37 de notre Loi fondamentale. En une année le PDC a aussi réussi à implanter des sections dans nos 45 provinces.

Saran Sérémé qui a quitté le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), la majorité, l’année dernière mais n’a pas oublié les bonnes pratiques des champions du Tuuk Guili. Les techniques de mobilisation dont a fait montre le PDC a pu lui assurer un beau monde à la maison du peuple. Sont-ils tous de bons militants ? Le parti encore trop jeune, seulement un an d’existence, devrait s’investir pour armer politiquement ses militants. Le spectacle des militants vidant la salle après la cérémonie officielle a quelque chose de gênant. Peut-être à leur décharge, les premiers responsables gagneraient à se soucier du temps dans l’organisation des grands événements. Après avoir trop attendus, certains ont dû se résoudre à rentrer chez eux.

Incontestablement cependant, le parti sait tenir le public en haleine. Les MC de la soirée ont été ingénieux pour faire patienter et ne pas ennuyer avec les seules musiques des hauts parleurs. La prestation des femmes a été un moment de la cérémonie. 

Par contre le slogan « On gagne ou on gagne », n’était pas de bon goût au regard de ce qu’il rappelle et de la connotation anti démocratique qu’il véhicule.

Hamidou TRAORE 

 


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