11 décembre 2015, la gifle de Kaya au Gouvernement

Publié le mardi 7 janvier 2014

Le vendredi 21 décembre, à l’hémicycle, le ministre Jérome Bougouma annonçait péremptoirement que les festivités du 11 décembre seront célébrées à Ziniaré, village du président Comparé. Ce dernier contredisait ainsi un arrêté ministériel de 2010 qui a désigné Kaya pour accueillir notre fête nationale en 2015. Piquée au vif, la population de Kaya pilotée par un comité ad hoc de la société civile a vigoureusement réagi contre cette « confiscation ». Il n’a pas fallu plus de 24 h pour que Blaise himsef la réhabilite dans ses droits.

Kaya, chef lieu de la région du Centre-nord était en ébullition toute la journée de ce dimanche 22 décembre. Femmes, hommes, jeunes, vieux, alphabétisés, non alphabétisés, bref toutes les catégories sociales s’étaient mobilisées. Chacun mobilisait également tout ce qu’il pouvait pour intensifier la contestation. Argent, sac de riz, eau à boire, nourriture… pour les manifestants. Chacun mobilisait également tout ce qu’il pouvait pour intensifier la contestation. Visiblement tout se mettait en place pour une contestation qui allait durer tant que le gouvernement trainerait les pas. Les femmes très décidées demandaient aux garçons de leur passer leur pantalon et prendre leur jupe pour qu’elles battent le pavé jusqu’à Ouagadougou afin de faire plier les autorités. Toutes les entrées de la cité étaient bouclées par des populations courroucées par le revirement du Gouvernement qui pour la seconde fois leur a arraché sans motif valable l’organisation de la cérémonie de notre fête nationale. Mal lui en a pris. Les Kayalais lui ont administré une violente gifle par une mobilisation massive et monstre. Ce qui les irritait davantage, c’est le fait qu’on écarte Kaya pour aligner Ziniaré en lieu et place. « Pourquoi pas une autre région comme en 2011, au lieu de Kaya et pour des raisons de tranquillité Koudougou l’a organisé ? », S’interrogent certains manifestants. Pour avoir été échaudé, le Président Compaoré a lui-même ordonné que le 11 décembre soit maintenu à Kaya.

Les manifestants ont bloqué les voix d’accès à la ville de Kaya

Ce sont Malick Simporé, Amidou Sawadogo et Boureima Sawadogo tous membres d’Organisations de la Société Civile de la région qui ont été les figures de proue de cette victoire. Le premier est le coordonnateur régional de la société civile du Centre-nord, président du comité d’organisation du mouvement de contestation. Le second est le président du conseil régional de la jeunesse du Centre-nord. Le troisième est le coordonnateur du réseau, la voix des jeunes du Sanmatenga. Nous les avons rencontrés au siège du Conseil régional de la Jeunesse ce lundi après un meeting de remerciement qu’ils ont tous trois adressé aux Kayalais pour leur opportune et victorieuse mobilisation. Malick est le premier à se prononcer. Il nous explique le cours des événements. Ils rappelentl qu’un arrêté pris en Conseil des ministres depuis 2010 a programmé l’ordre des villes chef lieu des régions qui doivent accueillir la fête nationale jusqu’en 2014. L’année prochaine c’est Dédougou qui sera à l’honneur et 2015 normalement c’est au tour de Kaya. A cet effet, des commissions d’organisation ont même déjà été mis en place à Kaya. Et Jerome Bougouma répondant à une question d’un député décide qu’en 2015 ce sera au tour de Ziniaré. Cela a indigné les gens. Et chacun se demandait : « qu’est-ce qui se passe ? ». Dans cette confusion, Malick Simporé décide de convoquer tous les leaders des organisations de la société civile de la région du Centre-nord et la population de Kaya pour les informer et prendre ensemble une décision. La rencontre s’est tenue le samedi 21 décembre. Sentant la tension qui montait au sein de la population, les autorités locales convoquent une réunion urgente pour désamorcer la situation le lendemain. Les populations recommandent aux responsables de la société civile d’aller d’abord écouter les autorités avant toute action. Ce qui a été fait dans la matinée de ce dimanche 22 décembre. Accompagnées par une foule de personnes, les autorités confirment l’information de la tenue du 11 décembre à Ziniaré au trio. La tension monte d’un cran. La foule demande aux autorités notamment au gouverneur, responsables de la sécurité de quitter la salle. Le trio réussit à les maitriser. Amidou Sawadogo exprime l’indignation de la jeunesse. Pendant que le trio s’entretenait avec les autorités locales, une partie des jeunes avaient érigé des barricades sur toutes les voies publiques. Et spontanément tout le monde se joint au mouvement. Mais les leaders ont tenu à que la protestation se fasse avec un sens élevé de la responsabilité. C’est-à-dire sans casse ni pillage. Ce qui a été le cas bien que les gens étaient décidés à envisager le pire. Ces derniers avaient même cette possibilité car environ plus de 100 véhicules avaient été réquisitionnés. Simporé nous confie qu’ils ont été invités à nouveau en pleine manifestation par les autorités, car une information venant du boss (comprenez par là le président Compaoré) faisant état de la réhabilitation de Kaya dans ses droits. Ils leurs opposent un refus catégorique. Pour eux parallélisme des formes, ils exigent une déclaration officielle venant des autorités centrales. Ce qui fut fait au Journal de 20h de la chaine nationale. Kaya organisera en 2015 les festivités du 11 décembre. Après d’âpres négociations avec les manifestants, le trio parvient à faire lever le blocus autour de 20h 30mn. Les Kayalais avaient donné deux jours au gouvernement pour leur reconnaitre leurs droits. Celui-ci a obtempéré avant l’ultimatum. 

« Un mouvement vertueux ! »

Prenant la parole, Boureima Sawadogo a loué certaines valeurs et caractéristiques du mouvement. Il s’agit entre autre de l’unanimité générale des Kayalais sur le problème. La bonne coordination de cette lutte par des structures de la société civile. Le niveau d’engagement de la population. Il finit par remercier Dieu, ensuite les autorités centrales d’être revenues sur leur décision. Le trio prévient que la gestion de leur région ne sera plus comme avant. Ils resteront aux aguets.

Décidément, les enjeux de 2015 commencent à produire leurs effets. Les dirigeants déballent leur stratégie pour leur obstination à se maintenir au pouvoir et les populations ne veulent pas se laisser faire. Notons que certains annonçaient que si le gouvernement ne revenait pas sur sa décision, ce serait le départ de Blaise qu’ils demanderaient. Et des banderoles avaient déjà été préparées pour cela

Hamidou TRAORE

 


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