3è Congrès ASA-B, le logement au Burkina Faso en question

Publié le lundi 16 décembre 2013

Dans le cadre du panel qu’a organisé Social Alerte Burkina à l’occasion de son troisième congrès ordinaire, on a parlé de trois droits économiques sociaux et culturels (ECOSOC) fondamentaux : la santé, l’éducation et le logement. Le logement a retenu notre attention du fait de la complexité du sujet. Le communicateur a tenu à monter que le logement est un droit, mais il est un bien social vital, en même temps qu’il est un bien économique et même un capital. Ces deux aspects du logement font que le concept présente cette complexité évoquée plus haut. Puis, Alain Bagré a exposé les connaissances sur le logement, comme un générique pour désigner « l’habitat lui-même comme un processus » de création du logement pour des besoins humains.

Le communicateur Alain Bagré a tenu à clarifier des éléments du débat sur la question de l’habitat et du logement. Pour définir, il décèle l’habitat social ou non, dont le logement lui-même fait partie, comme n’étant pas seulement un abri, mais est aussi, selon Nicolas You de ONU Habitat qu’il évoque : « un symbole et une marque du statut, un environnement de famille, une base opérationnelle d’activités génératrices de revenus  »

Il explique que « Les services essentiels nécessaires à la vie humaine et à ses commodités concourent avec le logement pour constituer l’habitat »

En même temps Alain Bagré démontre aussi qu’il ne faut pas confondre « habitat à faible coût » et « habitat pour groupes à faible revenu  » : Il est bien concevable que des gens défavorisés soient logés dans des habitations dont le coût ne serait pas absolument faible, parce que ces logements sont subventionnés, tout comme il peut arriver que les occupants de logements à faible coût n’appartiennent pas au groupe à faible revenu. Aussi est-il vrai que le logement social est un logement décent dans les règles. Pour le communicateur, le problème à résoudre pour la grande majorité de la population burkinabè c’est l’accessibilité du logement.

Droit à un niveau de vie convenable et droit à un logement convenable

L’auteur indique à l’auditoire que la conférence sur l’Habitat II « a réaffirmé l’importance du droit à un logement convenable comme une composante essentielle du droit à un niveau de vie convenable  » et que pour ce faire la fourniture d’un logement convenable à tous exige l’intervention non seulement des pouvoirs publics, mais aussi de tous les secteurs de la société, notamment du secteur privé, des ONG et des autorités locales ainsi que des organisations et entités partenaires de la communauté internationale ;

Elle a aussi recommandé entre autres mesures, l’adoption de politique visant à rendre le logement habitable, abordable et accessible, y compris pour ceux qui ne sont pas en mesure de se procurer un logement par leurs propres moyens, « grâce à des subventions, des allocations logement et d’autre formes d’aide au logement accordées aux personnes vivant dans la pauvreté, en mobilisant des ressources financières novatrices »

Le Burkina Faso a souscrit à toutes ces déclarations et résolutions. Au regard de cela, l’accès à un logement décent pour tous est un élément fondamental dans l’amélioration des conditions de vie des citoyens ; le gouvernement central et les municipalités doivent s’en préoccuper et lui faire une place dans les politiques nationales et municipales. Si on compare les résultats du recensement général de la population (RGPH) de 2006 qui a dénombré les même nombre de ménages que d’habitations, soit 2 360 126, on peut donc dire qu’il n’y a pas de sans-abris.

Etat des lieux de l’habitat au Burkina Faso

La définition des caractéristiques de l’habitat au Burkina Faso a permis au communicateur de donner les différentes caractéristiques de l’habitat au Burkina Faso. D’abord, « quel que soit le milieu de résidence, la maison individuelle simple est le type d’habitation le plus dominant au Burkina (60,8%). Suivent les cases (26,3%), les bâtiments à plusieurs logements (7,3%) et les villas (2,4%). Les immeubles à appartements sont en proportions très faibles (0,2%) ». Ensuite, « considérant le milieu de résidence, on constate qu’en milieu urbain, la majorité des ménages vivent dans des maisons individuelles simples (68,9%), des bâtiments à plusieurs logements (17,1%) et dans une moindre mesure dans des villas (7,7%)  ». Enfin, « le milieu rural, les types dominants sont les maisons individuelles simples (57,8%) et les cases (34,7%) ; les bâtiments à plusieurs logements sont peu représentés (8,7%)  ». Le nombre moyen de pièces par habitation se situe autour de 3 pièces (2,8 pièces). Pour l’ensemble des habitations concernées, le nombre de pièces est plus élevé chez les propriétaires (2,9) et ceux en location-vente (2,6) que chez ceux vivant en location simple ou hébergés gratuitement. Selon le milieu de résidence, les logements urbains et les logements ruraux ont pratiquement les mêmes tailles (2,9 et 2,8). Mais selon le statut d’occupation du logement, les ménages de propriétaires occupent plus de pièces en milieu urbain (3,2) qu’en milieu rural (2,8). Les propriétaires, plus que les autres, ont des habitations avec beaucoup plus de pièces.

Les habitations sont à base de matériaux locaux non définitifs. En effet, 69,4 % des habitations ont leurs murs en banco et 13,8 % des habitations ont leurs murs en dur. Celles en semi dur ou en paille ne représentent que respectivement 9,1 % et 5,5 % des habitations

Considérant le milieu de résidence, le constat fait montre que la zone rurale est caractérisée par une prédominance des habitations construites en banco (82,1%). En milieu urbain, ce sont les constructions en dur qui prédominent (42,6%). Parmi elles, 46,7% sont à Ouagadougou et 38,7% dans les autres centres urbains. En somme, l’habitat recèle un certain nombre de conditions qui vont avec.

Des commodités…

L’assainissement en tant que commodité, seuls 58,6 % des ménages ont accès à l’eau potable, (c’est-à-dire l’eau provenant des robinets (7,8 %), des bornes fontaines (13,6 %) et des pompes / forages (37,2%)). Environ 2 ménages sur 5 (40,7 %) boivent toujours de l’eau dont la qualité est douteuse. Il s’agit de l’eau des puits busés (8,7 %), des puits ordinaires (26,5 %), des rivières /marigots / barrages (5,4%) et d’autres sources (0,2 %). En milieu urbain, les robinets de l’Office National des Eaux et de l’Assainissement (ONEA) sont installés dans seulement 27,8 % des ménages. La majeure partie des ménages (45%) s’approvisionne en eau de boisson dans les fontaines publiques. Pour les pompes / forages seulement 13,9 % des ménages urbains s’y approvisionnent, ceux qui utilisent les autres sources sont en proportion très faible. L’eau de la borne fontaine est la plus utilisée tant à Ouagadougou (48,4%) que dans les autres villes (41,9%).

Disponibilité de l’énergie, avec un taux d’utilisation de 63,6%, la lampe à pétrole ou à huile demeure incontestablement le principal mode d’éclairage. La torche à pile constitue le deuxième mode d’éclairage et est utilisée par 15,6% des ménages.

L’électricité produite et distribuée par la Société nationale d’électricité du Burkina Faso (SONABEL) ne vient qu’en troisième position avec un taux d’utilisation de 13,9%.

Ce qui fait qu’il y a disparité entre les villes et les campagnes. La classification des régions en matière d’utilisation de l’électricité donne la région du Centre largement en tête avec un taux d’utilisation de 53,1%, suivie de la région des Hauts‐Bassins avec un taux de 25,8% et de la région du Nord (11,4%). Les autres régions ont un taux d’utilisation de l’électricité en deçà de 10% et les plus faibles taux reviennent aux régions du Centre‐Sud (2,1%), du Sud‐Ouest (3%) et du Sahel (3,7%).

En matière d’habitat, les burkinabè sont caractérisés par leur fort attachement au statut de propriétaire. Ainsi donc, plus de huit chefs de ménages sur dix (83,9 %) sont propriétaires de leur logement et 9,4% sont en location simple ou location-vente. Quel que soit le type d’habitation, les ménages propriétaires du logement sont les plus nombreux. Ce statut est lié à une faible urbanisation, à la précarité, au faible pouvoir d’achat, au chômage et à la politique de l’habitat centrée sur les centres urbains.

De la politique de logement…

La politique de logement s’est fondée sur les lotissements et la distribution de parcelles dans des « zones d’habitat traditionnel » destinés aux populations autochtones et attribuées par les services de la Mairie de Ouagadougou.

C’est à partir des années 1975 que la pénurie de terrains lotis a commencé à se faire sentir et a commencé le développement du phénomène qu’on appelle aujourd’hui le « non loti », « l’habitat spontané » ;

La production de logements au Burkina Faso a permis à Ouagadougou de bénéficier de projets de logements pour les fonctionnaires du public et de l’armée, ainsi que de la construction de logements par la CNSS (Cité ONU au centre-ville, la cité de l’avenir au secteur 28, l’aménagement d’appartements en centre-ville etc.)

Le bilan de la politique du logement de l’Etat montre que la société immobilière voltaïque (SIV), créée en 1962 et restructurée en 1984 pour devenir la SOCOGIB, puis privatisée plus tard, a produit jusqu’en 1997, soit en 35 ans après sa création, 865 logements pour la vente et 628 en gestion locative

Cette politique était de fait orientée vers les couches les moins défavorisées : la minorité de salariés, même les cités AN II, AN III AN IV construites sous le CNR. Le secteur privé s’est occupé des logements locatifs avec les particuliers. En conséquence, ils ne peuvent être considérés comme les éléments, ni d’une politique de l’habitat, ni d’une politique du logement social. Alain Bagré les classe sous le chapiteau des actions circonstancielles et qui ne s’adressent pas aux couches pauvres, segment cible pour les politiques de logements sociaux.

« C’est à partir de 1983 qu’une politique de l’habitat a été proclamée et théorisée. Une opération de lotissement à grande échelle a été lancée sur toute l’étendue du territoire et surtout à Ouagadougou et des opérations de construction de cités furent entreprises pour la location-vente ». Ces objectifs étaient de « procéder aux lotissements rapide des quartiers  », « éradiquer l’habitat spontané », « développer sur une grande échelle la construction de maisons d’habitation modernes en nombre suffisant et accessible aux travailleurs », « mettre fin aux spéculations immobilières et aux loyers excessifs ». C’est cette opération qui a permis la prise de mesure pour la gratuité du logement dans les années 1985. Ses résultats : les cités du 4 Août dans les provinces, les cités ANII, III et IV, ainsi que des 1200 logements. « Pour la première fois la notion de logement social a été introduite, même s’il faut reconnaître que ces logements étaient destinés par les critères et conditions d’accessibilité à la minorité des salariés, excluant la majorité des travailleurs du secteur informel et ceux qui n’étaient dans la mouvance des CDR ».

L’accès à une parcelle

La politique de 1983 a été quelque peu orientée vers l’accès à la propriété de la parcelle, en ce sens que le slogan qui le soutenait était : « Un ménage, une parcelle ».

Avec la campagne de lotissement qu’on a vu à Ouagadougou, l’accès à une parcelle lotie et surtout au logement est resté la préoccupation majeure de beaucoup d’habitants. Aujourd’hui, plus que jamais, la crise du logement demeure une préoccupation essentielle, au regard : « du nombre élevé des demandes déposées dans le cadre du programme 10 000 logements lancés par le Ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme en 2008 ; de la crise des lotissements ayant entraîné leur suspension en 2011 ; de la convocation des Etats Généraux des Lotissements les 24 et 25 Octobre 2013 ». Cela a entraîné une forte spéculation autour des parcelles. Selon le RGPH de 2006 la capitale burkinabè compte 308 230 ménages, avec un croit de 3% environ par an. On se retrouve alors autour de 340 000 ménages en 2013. Or, 1,8 ménage occupe une concession (parcelle) et « les techniciens de la Direction générale de l’urbanisme estiment le nombre de parcelles dans la ville de Ouagadougou compris entre 350 000 et 400 000 ».

L’évolution de la politique de logement a pris un coup avec les PAS. En effet, c’est depuis 1992 que le désengagement total de l’Etat de la production directe des logements commence, avec la mise en œuvre d’un cadre règlementaire favorable à l’émergence de la promotion immobilière formelle privée : lois sur la promotion immobilière, la copropriété. Cependant, en 2008 la « politique nationale de l’habitat et du développement urbain » est adoptée.

Le communicateur en conclut qu’on a, au Burkina Faso, au regard de l’histoire des abris plus que des logements convenables caractérisés par « la cherté des loyers  ; des logements insalubres en campagnes et dans les « non lotis » des centres urbains ; une insuffisance de sécurité (cas du 1er septembre) ; un faible accès à l’électricité ; un mode d’accès à l’eau potable insuffisamment confortable et un accès insuffisant à l’assainissement. »

Dans le contexte du Burkina Faso marqué par la propriété privé, le logement urbain est resté une aubaine pour les opérateurs privés, donc pour des spéculateurs

Les pouvoirs publics centraux comme décentralisés devraient avoir pour devoir de développer des politiques publiques qui prennent en compte l’accès aux logements pour les ménages démunis.

Pour ce faire, la solution préconisée par le communicateur de ce jour est de combiner le logement locatif à l’accession à la propriété pour ceux qui le peuvent pour influer sur les loyers. Mais pour que le logement soit une priorité des politiques publiques, la société civile devrait se mobiliser pour obtenir la mise en place de véritables politiques du logement.

Synthèse de Wilfried BAKOUAN

 


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