13 décembre 1998, Norbert Zongo assassiné !

Publié le lundi 16 décembre 2013

Au journal de 13h15 de la TNB, Benjamine Doamba présente le journal télévisé de la mi-journée. Les larmes aux yeux, elle récite un texte convenu annonçant la mort de Norbert Zongo, dans un accident de voiture. Depuis le matin de ce 14 décembre 1998, la nouvelle, comme une traînée de poudre avait envahi le pays.

Lorsque la nouvelle a été connue et ce qui restait des dépouilles convoyé à Ouagadougou, il fallait bien organiser la communication du gouvernement. Ce sont donc de parfaits ignorants qui ont dû aller au charbon. D’abord le ministre de la justice de l’époque Larba Yarga, sur les antennes de la TNB pour expliquer qu’il a pu s’agir d’un règlement de compte ourdi par les éleveurs qui en voulaient à Norbert pour s’être accaparé de leur espace de pâturage. Puis il a aligné d’autres probables pistes, sauf évidemment celle qui finira par s’imposer ; l’assassinat politique perpétré par les éléments de la garde présidentielle.

En janvier 1999, une commission d’enquête indépendante est instituée. Elle aura près de 4 mois pour investiguer. Elle parvient aux conclusions suivantes : « en ce qui concerne les auteurs du crime, la Commission d’Enquête Indépendante ne dispose pas de preuves formelles permettant de les désigner. Elle a cependant relevé des contradictions et des incohérences dans les auditions d’un certain nombre de personnes suspectées en relation avec leur emploi du temps du 13 décembre 1998, notamment le soldat Christophe KOMBACERE, le soldat Ousseini YARO, le caporal Wampasba NACOULMA, le sergent Banagoulo YARO, le sergent Edmond KOAMA et l’adjudant Marcel KAFANDO du Régiment de sécurité présidentielle (R.S.P.). Cela n’en fait pas des coupables mais de sérieux suspects ».

L’expression « suspects sérieux » venait ainsi de faire son entrée dans le vocabulaire de la contestation. Les six sérieux suspects étaient aussi ceux qu’on soupçonnait d’avoir assassiné David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré. C’est sur cette affaire qu’enquêtait Norbert Zongo quand il a été assassiné.

Que sont devenus les six sérieux suspects ?

Nous revisitons la galerie de portrait de ces soldats qui ont pris sur eux de se sacrifier et d’endosser l’ignominie. Pour l’essentiel, ils ont quitté ce monde emportant leur secret dans la tombe. Ou du moins c’est ce que l’on pense. Sauf qu’ils ne sont pas des imbéciles. Ils ont laissé des confidences et des preuves qui sortiront. De son vivant, nous avons souvent rendu visite à Marcel Kafando. A chaque fois, nous avions vu arriver l’aide de camp, de l’époque, du président Blaise Compaoré. En discutant avec Marcel Kafando qui avait progressivement, avec l’aggravation de la maladie, rejoint l’Eglise des assemblées de Dieu, nous avions la conviction qu’il voulait se soulager la conscience. Nous ne sommes pas les seuls à le penser du reste. Le juge Ilboudo Wenceslas qui a instruit le dossier des années durant a souvent confié que Marcel Kafando lui a promis de parler. Une des phrases entendue de la bouche du juge Wenceslas Ilboudo « Marcel m’a dit que si ça va mieux, il va parler. Il a dit que ce sont des civils qui sont derrière ça… ». Marcel Kafando a-t-il finalement parlé au juge Ilboudo comme il l’avait promis ? Seul le juge qui est encore de ce monde le sait en son âme et conscience. 

 

Le Sergent Edmond Koama,


Jugé dans l’affaire de David Ouédraogo il a été condamné à 20 ans de prison. Il meurt quelques mois seulement après sa condamnation. Il va ouvrir la série. Il semble que dans la garde rapprochée du président, il était celui que Blaise Compaoré aimait avoir comme partenaire de jeu à la belotte.

 

Marcel Kafando (adjudant)


Condamné une première fois dans l’affaire David Ouédraogo, il sera le seul inculpé dans l’affaire Norbert Zongo. Il va lutter avec la maladie qu’il a miraculeusement contractée à la MACO, jusqu’à s’éteindre. Mais avant, le juge avait proclamé un non lieu en sa faveur en 2006. Il a pu donc partir au royaume de Dieu, sans « les chaînes » de l’inculpation de la justice des hommes.

 

Ousseni Yaro (soldat)


Condamné dans l’affaire David à dix ans, il a bénéficié d’une remise de peine à la cinquième année. Il n’a jamais été inculpé dans l’affaire Norbert Zongo. Sorti de prison, il est mort peu de temps après.

 

Christophe Kombasseré (soldat)


On n’a pas beaucoup parlé de lui. Jugé dans l’affaire David, il n’a pas été condamné. Depuis ce procès on n’a plus entendu parler de lui. Il serait vivant. Sa dernière affectation connue c’est Ouahigouya

 

Banagoulo yaro ( sergent)

 


Vivant, mais très probablement à la retraite. Il n’a jamais fait l’objet d’inculpation. Comme il n’était pas au procès David. Il n’y a pas de photo de lui. Il a pour ainsi dire disparu des radars

 

Wampasba NACOULMA (Caporal) 


Il a pris depuis sa retraite qu’il coule du côté de Ouidi, un quartier de Ouagadougou. Il n’a jamais été inculpé. Il n’a pas été possible de se procurer sa photo

 

Dernière nouvelle

Après le non lieu proclamé par le juge Ilboudo Wenceslas, en 2006, et après moult tentatives pour faire ouvrir le dossier, la dernière est celle de Reporter sans Frontière (RSF) dont la relation avait valu à l’Evénement un procès, condamné en première instance, l’appel interjeté dort toujours dans les bureaux de la Cour d’appel. Les conseils de la famille Norbert ont compris qu’il n’y avait rien à espérer de la justice burkinabè. Ils ont saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. En juillet 2013, la Cour s’est déclarée compétente. Le 28 novembre dernier a eu lieu le jugement au fond. Le délibéré est attendu d’ici à 90 jours.

Pour les avocats des ayants droit de Norbert, la Cour africaine doit condamner l’Etat du Burkina Faso pour n’avoir pas donné la justice à Norbert Zongo. Il devrait par conséquent être contraint de rouvrir le dossier et de le juger.

 


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