Assassinat de Norbert Zongo, « Que l’âme des bourreaux ne repose pas en paix »

Publié le lundi 16 décembre 2013

C’est quel mouvement aussi atypique qui quitte Ouagadougou et aller animer une conférence de presse à Sapouy sur le lieu de l’assassinat de Norbert Zongo ? Si ce n’est le Balai Citoyen pour répondre à la question. Et c’était le dimanche 1er décembre 2013. Cette conférence visait à dérouler le programme initié dans le cadre de la commémoration des 15 ans de l’assassinat de Norbert Zongo et ses trois (3) compagnons. Pour marquer les 15 ans, les membres du Balai Citoyen ont commencé le port d’un brassard noir depuis le 1er décembre et ce jusqu’au 15 du mois. Une chose qu’ils invitent la jeunesse à imiter. La conférence de presse, elle, a été l’occasion de maudire à jamais les commanditaires du crime du 13 décembre 1998.

« Que ceux qui ont tué Norbert Zongo continuent d’avoir le sommeil trouble même dans leur tombe. Que leur âme ne repose pas en paix » Ce sont là les malédictions proférées par Sams’K le Jah à l’endroit de ceux qui sont mêlés d’une manière où d’une autre à l’assassinat de Norbert Zongo. S’en vouloir à ce CiBal pour l’extrémisme de sa pensée serait cautionner « (…) 15 ans d’impunité pour les assassins et commanditaires, 15 ans de souffrances et de douleurs des veuves et des orphelins, des parents, 15 ans d’indifférence complice pour ne pas dire coupable des autorités de la 4e République (…) » D’autant plus que Norbert et ses compagnons ont été « assassinés, brûlés et réduits à moins d’un (1) kilogramme de charbon »

C’est sur le lieu du drame à Sapuoy, que le Balai Citoyen a lancé ses activités commémoratives du 15è anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo (Ph, Evénement)


Les CiBal sont aujourd’hui en position de faire pression sur le régime pour une réouverture du dossier Norbert Zongo. « On a compris, ce régime a besoin de pression. Le Balai citoyen invite donc toute la jeunesse (…) au sit-in prévu le 13 décembre 2013 devant le palais de justice (à 9 heures) pour exiger la réouverture du dossier Norbert Zongo » classé depuis juillet 2006. Pour les conférenciers du jour, « il y a une urgence » qu’on rouvre le dossier le plus tôt possible avant que tous les « suspects sérieux » ne trépassent. Du lieu du drame, un appel a été lancé au président du Faso, président du Conseil supérieur de la magistrature de faire tout son possible pour une réouverture du dossier. 

Le 14 décembre, une soirée spéciale est dédiée aux suppliciés du 13 décembre 1998. Pour l’occasion, les CiBal disent envoyer des correspondances à François Compaoré et au ministre de la justice actuel, Dramane Konaté, procureur du Faso au moment des faits à venir témoigner. A la question de savoir s’ils sont convaincus que François se présentera, Smockey répond : « Peut-être qu’il a envie de se confesser. Il peut y avoir des surprises. François Compaoré est invité en tant que témoin de premier plan »

Blaise très juste à l’étranger

Après l’assassinat des deux journalistes de RFI au Mali, Blaise Compaoré a tenu ces propos sur la même radio : « l’assassinat des journalistes est un crime impardonnable » Quel pincement avez-vous eu au cœur en entendant ces propos ? A cette question, Smockey lance : « A l’étranger il (Blaise Compaoré) est toujours très juste » Mais c’est la réplique de Sams’K qui laisse à interprétation. En effet, il a fait sienne la citation de Alpha Blondy qui dit : « Tout change, tout évolue, seuls les i… ne changent pas ». Pourtant le même Blaise Compaoré dans Jeune Afrique dit qu’ « il n’a pas changé » A vous de voir » dit-il aux journalistes. Aujourd’hui, le président du Faso reconnaît que l’assassinat des journalistes est un « crime impardonnable » « peut-être qu’il a commencé à devenir quelqu’un de bien » S’il y a une chose dont Sams’K est convaincu, s’est qu’ « il y a eu plus de morts après l’assassinat de Norbert Zongo qu’avant. Des enfants ont été lâchement assassinés » Pourtant « un pays émergent se construit avec tous les fils. Il ne faut pas en exclure ou en assassiner » a-t-il ajouté.

Pour les membres du Balai citoyen, le peuple burkinabè ne doit pas être complice d’un 2e assassinat de Norbert Zongo à travers les perspectives de 2015. Car pour eux la modification de l’article est synonyme d’une 2e mort du journaliste. « Si le verrou de l’article 37 est sauté nous aurons contribué à un 2e assassinat de Norbert Zongo » disent-ils.

Pour la famille de Norbert Zongo présente à cette première conférence de presse sur le lieu du drame, le seul « dédommagement » qui lui sied c’est « la vérité et la justice » Car rien ne peut valoir cette souffrance d’une mère qui « a porté durant neuf mois un enfant dans ces entrailles, manqué de justesse la mort le jour de l’accouchement. A pris soin de lui jusqu’à l’inscrire à l’école. Celui-ci réussit à son école et parce qu’il a embrassé un métier qui dérange certains, un beau jour, on le tue, le brûle et le réduit à un kilo de cendre ». C’est le sentiment de la maman traduit par la grande sœur de Norbert Zongo. Toujours est-il que la « lutte continuera » selon Guy, le fils du défunt, jusqu’à ce que justice soit rendue. 

Basidou KINDA

 


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