Blaise va-t-il faire de nous des moutons ?

Publié le lundi 16 décembre 2013

C’est finalement selon son bon vouloir qu’il fait à la tête de l’Etat. Il a décidé qu’il sait plus que nous tous ce qui est bien pour nous. Le Dieu de la nation. L’homme qui nous a sorti de l’ornière. Avant lui nous ne n’étions rien. Sans lui nous ne serons rien. Il en a fait plus qu’une conviction ; une religion. Il n’est plus possible d’imaginer le Burkina sans Blaise Compaoré. En tout cas lui-même ne le s’imagine plus. Se souvient-il quand même qu’il est mortel ?

Il y a des attitudes qui confinent à la mécréance. Pas forcément dans le sens religieux du terme, mais vu sous l’angle de la vanité humaine. Blaise est arrivé au pouvoir en octobre 1987, dans des conditions calamiteuses. Avant lui cinq présidents se sont succédé à la tête de notre pays. Quand on a eu la chance d’accéder à la charge suprême dans un tel pays et dans de pareilles conditions, comment on peut se penser indispensable ? 


Qu’est-ce qu’il a fait qui n’avait pas été fait par les prédécesseurs ?

La rigueur dans la gestion ? C’est une tradition dans ce pays. C’est même la marque déposée de notre pays. La « Garangose » dans un premier temps qui a permis d’asseoir les bases d’une saine gestion des finances publiques depuis la fin de la décennie 1960. Jusqu’à présent les fondements de la Garanogose guident le quotidien au ministère des Finances et de l’Economie. Le deuxième temps fort de la doctrine de la rigueur c’est sous la révolution, avec Thomas Sankara. Le bien public a été sacralisé. Les performances économiques réalisées par « l’auto ajustement » ont permis au Burkina d’atteindre des taux de croissance d’environ 8% l’an. Jusqu’à présent ce record n’a pas été battu.

La gouvernance vertueuse ? Tous les prédécesseurs de Blaise Compaoré en ont fait une sorte de sacerdoce. Lamizana et son régime « de bons pères » ont vécu comme le commun des burkinabè. Au général, il arrivait même d’envoyer acheter un morceau de pain beurré chez le cafetier d’à côté, parce que revenu tard du bureau, il avait trouvé que son repas avait été mangé. Après 15 ans de pouvoir, Lamizana n’a pu se bâtir qu’une modeste villa, à la Zone du bois, où il termina ses jours. Après lui, les autres n’ont pas dérogé à cette règle de modestie et de sobriété. Quand il accède au pouvoir, en novembre 1980, la première chose que fait le colonel Saye Zerbo, c’est d’envoyer s’acheter une voiture « au revoir la France », avec ses économies, afin que sa famille n’use pas des biens de l’Etat.

Puis arrive Sankara en 1983. Il place la gouvernance vertueuse à un niveau record. Il se l’applique à lui-même et l’impose à ses ministres. Blaise Compaoré n’a donc, en cette matière aussi, rien inventé. Il a peut-être le mérité de l’avoir poursuivi dans une certaine mesure.


Alors sur quoi se fonde t-il pour penser qu’il a gagné le droit de régner sur nous à vie ?

Les burkinabè d’aujourd’hui sont les descendants de ceux qui ont fait le 3 janvier 1966. Ceux qui ont refusé à cette époque des timoniers qu’un « roi père de la nation » ne s’installe dans notre pays. Nous sommes également les descendants de ceux qui ont fait 1974, ces braves hommes de la société civile et de la société politique, qui ont contre carré la velléité d’instaurer le parti unique dans notre pays. Contrairement à la règle dans cette Afrique des Indépendances, la Haute Volta n’a pas connu de parti unique.

Nous sommes aussi les descendants de ceux qui ont fait 1978, les premières élections démocratiques libres et transparentes de notre continent (pas seulement de notre pays). La démocratie, contrairement à ce qu’en disent les thuriféraires de la Ive République n’est pas née en 1991. Nous sommes héritiers d’une tradition de démocratie et de bonne constitution.

La question est évidemment simple. Quand on a eu la chance d’avoir eu une telle histoire glorieuse et des devanciers de cette qualité peut-on être les moutons d’un clan, d’une ambition suicidaire ? Chacun devra s’interroger. 


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