Commune de Kindi:A quand la fin de la crise entre le maire et le chef ?

Publié le mardi 10 avril 2012

Thomas Banguemzanré, maire de Kindi

La tension née des rivalités entre le maire et le chef de Kindi qui dure presque 5 ans a sans doute baissé. Mais les deux autorités n’ont pas cessé leur rivalité. La lutte entre les deux autorités s’est déplacée. Elle se déroule désormais sur le terrain judiciaire. Après un procès contre les partisans du chef en novembre 2011, c’était le tour des partisans du maire de passer devant le tribunal de grande instance de Koudougou le 13 février dernier. Un troisième procès pourrait encore se tenir. Le chef qui visiblement n’était pas satisfait de voir le maire comparaitre comme simple témoin dans l’affaire de faux en écriture et usage de faux a porté une nouvelle plainte.

 

Les rivalités entre le maire de Kindi et le chef coutumier se poursuivent. Après de multiples manifestations organisées par chacune des parties dans la commune de Kindi et même à Koudougou, c’est désormais devant les tribunaux que les deux autorités tentent de se neutraliser. Le 13 février dernier, le maire et le chef étaient devant la barre au tribunal de grande instance de Koudougou. Le chef de Kindi a porté plainte contre X pour faux en écriture et usage de faux. Tout est parti d’une parcelle attribuée au doyen de la famille Zoundi (la famille royale) pour l’érection d’un palais royal. Quelques jours après l’attribution de la parcelle, le doyen a adressé une correspondance au maire pour lui signifier qu’il n’a jamais demandé une parcelle quelconque afin d’ériger un palais royal. Le chef qui voyait dans cette décision du conseil municipal une énième tentative de le défier a porté plainte devant le procureur près le tribunal de grande instance de Koudougou. Les deux parties qui ont comparu le 13 février dernier ont tenté chacune d’expliquer ce qui s’est passé. Le maire était entendu comme simple témoin. C’est le 5 mars dernier que le tribunal a délibéré sur cette affaire. Deux des partisans du maire dont le 2eme adjoint ont été condamnés à 6 mois avec sursis.

 

La marche contre le chef

à Koudougou

Le Naaba Koanga, chef de Kindi

C’est le 28 avril 2011, que le conseil municipal a donné son accord pour l’attribution d’un terrain au doyen de la famille pour l’édification du palais du chef. Seulement, les choses ne se sont pas passées normalement. Le chef de Kindi n’était pas informé de cette décision. Il voit dans cette décision du conseil municipal des manœuvres du maire pour faire introniser son adversaire, Rasmané Zoundi, le candidat malheureux à l’intronisation. C’est lui qui était son concurrent à l’intronisation en 2007. L’intéressé a même pris part à la rencontre chez le doyen à l’issue de laquelle la décision d’adresser une demande de parcelle au maire a été prise. Pour le chef, il est clair que le maire lui-même est derrière cette affaire. Pour le maire, il n’a fait que réunir le conseil municipal pour statuer sur une demande de parcelle qu’il a reçue à son cabinet. Thomas Baguemzanré explique que la décision a été prise par le conseil municipal à l’unanimité. Il soutient qu’il n’a jamais cherché à déstabiliser le chef. L’édile de Kindi ajoute qu’il se plie à la décision du tribunal. Ce sont les partisans du chef qui étaient les premiers à comparaitre devant le tribunal de grande instance de Koudougou sur les problèmes de rivalités qui opposent les deux frères dans la commune. Le 10 juillet 2011, les partisans du maire sont allés manifester à Koudougou devant la cour royale du Lallé Naba pour réclamer la destitution du chef de Kindi, le Naba Koanga. Les manifestants qui n’ont pas pu rencontrer le chef ce jour là ont manifesté quand même bruyamment pour se faire entendre. Pour les partisans du chef, cette manifestation a été organisée avec l’appui du maire qui n’a pas digéré son échec sur l’attribution de la parcelle au doyen de la famille Zoundi.

 

La manifestation

contre le maire à Kindi

 

Le ministère de l’Administration territoriale qui avait été saisi a préconisé l’annulation de l’arrêté d’attribution de la parcelle. Mais les partisans du chef tenaient aussi à réagir suite à la manifestation contre le chef à Koudougou. Le 11 juillet, ils sont sortis investir la mairie pour réclamer aussi le départ du maire. D’autres manifestations qui ont été organisées dans la commune par les partisans du chef se sont soldées par des destructions de biens appartenant à l’autre camp. Une plainte a été déposée contre les partisans du chef qui ont été jugés en novembre 2011. Quatre d’entre eux ont été condamnés à 12 mois avec sursis et une amende de 500 000f. Ils ont fait appel de ce verdict et attendent toujours le jugement. C’est suite à cette condamnation que le chef à son tour a déposé une plainte contre X pour faux en écriture et usage de faux. Le chef aussi a obtenu la condamnation des partisans du maire, mais l’affaire n’est pas pour autant terminée. Le feuilleton continue. Le chef a de nouveau porté plainte. Cette fois-ci, la plainte vise directement le maire, le président du conseil villageois de développement et Rasmané Zoundi, candidat malheureux à l’intronisation. Le chef dans sa nouvelle plainte explique qu’il s’est déployé ces dernières années pour ramener la paix à Kindi. Mais il ajoute qu’il ne peut tout seul instaurer une paix durable. Pour lui, il faut que justice soit rendue. La condamnation des deux partisans du maire ne suffit pas à ses yeux. Il demande désormais que le maire lui-même, qui est selon lui, le principal responsable dans cette affaire de faux en écriture et usage de faux soit aussi condamné. Il ne veut plus que Thomas Baguemzanré soit entendu comme simple témoin mais comme prévenu. Il explique que c’est lui qui a présidé la session du conseil municipal du 28 avril 2011 qui a décidé de l’attribution du terrain litigieux. Pour lui, il n’y a pas de doute. Le maire dans cette décision d’attribuer la parcelle savait que le chef n’a pas fait une demande dans ce sens : « Mr Baguemzanré Thomas, maire de Kindi, sait parfaitement que c’est moi, Zoundi Timbila Albert, qui suis le chef de Kindi. Malgré tout, il décida d’attribuer à une personne qui n’en a pas fait la demande et qui, de surcroit n’est pas le chef de Kindi, un terrain destiné à la construction d’un palais royal. De tels agissements sont constitutifs de faux en écriture privée conformément aux articles 276 et suivants du code pénal, et doivent être punis comme tels ». Le chef de Kindi a aussi écrit au ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité à travers son conseil vu la qualité de maire de Thomas Baguemzanré.

 

Le retrait de la parcelle

à problèmes

 

Le maire de Kindi dit ne pas être au courant de cette nouvelle plainte du chef. Il se dit surpris dans la mesure où le conseil municipal s’est réuni après le jugement pour retirer la parcelle. « Le conseil municipal a décidé du retrait de la parcelle. Il est ressorti au cours du procès, qu’il y a eu du faux. Nous avons retiré la parcelle qui est désormais un patrimoine de la commune ».

La brouille entre le maire et le chef remonte à 2007. Tout est parti d’un problème de lotissement. Le chef et ses notables qui estiment avoir été mis à l’écart dans le processus se sont soulevés pour arrêter le projet. Le maire avait été autorisé à lotir 100 ha. Mais finalement, c’est sur quelques 191ha que le lotissement a été fait. Pour le chef et ses partisans, c’était une tentative de spéculations que le maire voulait organiser. Thomas Baguemzanré reconnait un dépassement sur l’espace initial autorisé. Mais il soutient que la modification du plan a été faite par les services compétents et adopté par la direction provinciale de l’aménagement du territoire. Le chef de terre se rappelle le tout début de l’affaire. Il dit n’avoir jamais rencontré le maire. Pour lui, il n’était pas contre le principe du lotissement. Il regrette l’absence de concertation au cours du processus. Le chef de terre pense qu’un nouveau lotissement n’est pas nécessaire à Kindi : « Dans l’ancien lotissement, les parcelles sont toujours nues. Les gens n’ont pas construit. Nous ne comprenons pas pourquoi il faut faire un nouveau lotissement. Nous vivons de l’agriculture. Avec le lotissement, ils viendront nous chasser de nos terres. Nous leur demandons de construire d’abord l’ancien lotissement. Si nous trouvons que cela nous apporte du bien, nous demanderons à l’Etat de nous aider à faire un nouveau lotissement. Pour le moment, nous n’en voulons pas. », confie le chef de terre. Il n’ya pas de tension particulière à Kindi selon les services de sécurité et administratifs. Chaque camp observe l’autre. Depuis le début de la crise, de multiples tentatives de réconciliation ont été initiées par des personnalités de la région. Elles ont toutes échoué jusqu’à présent.

Par Moussa Zongo


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