Montée de la violence au Burkina, le gouvernement se cherche une posture

Publié le lundi 16 décembre 2013

Le pays a peur. La peur est dit-on un sentiment humain. Dans un pays, quand plus personne ne peut dire ce que sera demain, alors c’est le signe qu’aucune valeur ne réunit désormais les hommes et les femmes de la communauté nationale. Et s’il n’y a plus de valeur, cela veut dire que nous sommes dans un Etat de permissivité absolue. On l’a vu en 2011, lorsqu’une partie des bidasses se sont révoltés, il n’y avait pas que des pillages. Il y avait aussi des viols de femmes d’une manière dont personne au Faso n’aurait jamais imaginée ni l’ampleur ni la manière. Depuis l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, les violences suite aux manifestations sont allées crescendo, pour atteindre le pic en 2011. Il y a celles des scolaires. Elles se traduisent généralement par des voies de fait avec destructions de feux tricolores, de panneaux publicitaires, de véhicules fonds rouges et parfois d’édifices publics. Dans ce registre, l’image la plus mémorable restera celle des manifestations scolaires de 2011 à Dori avec saccage de la direction provinciale de la police où des élèves se sont emparés d’armes de guerre , pavanant dans la rue avec leurs trophées et prenant un malin plaisir à se faire photographier. Il ya les émeutes de la faim, contre la vie chère. Dans ses formes extrêmes, celles-ci ont dégénéré en actes de vandalisme, se traduisant par des vols ou pillages de biens, qu’ils soient publics ou privés. A côté de cela, il se développe de plus en plus une violence que d’aucuns appellent justice populaire. Celle-ci a généralement pour fondement des faits qui peuvent être considérés comme divers tels qu’assassinats crapuleux ou accidents de circulation mortels. Tout récemment un maquis de la place a subi les foudres d’une meute de jeunes déchaînés qui ont livré aux flammes tous les équipements de cet établissement. Auparavant, un jeune grilleur de viande, suite à une altercation avec un client, y avait été assassiné. Certains accidents de la circulation sont directement pris en charge par la population qui recourt à une justice expéditive. Les véhicules incendiés sur la voie publique sont aujourd’hui légion. Dans ce climat de violence généralisée, il n’y a de sécurité pour personne. Or la responsabilité de l’Etat c’est d’assurer la sécurité et la paix pour tous les concitoyens. En la matière malheureusement, l’Etat burkinabé est défaillant. Non pas qu’il ne fait rien. Ces derniers temps, le dialogue social est le maitre mot des pouvoirs publics. Du gouvernement aux Hauts-commissaires en passant par les gouverneurs de région, la consigne est claire et lisible : minimiser autant que faire se peut la violence d’Etat. Tous les responsables étatiques se sont essayés autant qu’ils ont pu à respecter ce sacro-saint principe. Ont-ils pour autant réussi ? Rien n’est moins sûr ! Les statistiques des services compétents peuvent le confirmer. La violence demeure le principal exutoire des colères juvéniles. Elle constitue tout autant le principal leitmotiv de la politique sécuritaire au Burkina. Une situation à la limite traumatisante pour les responsables sécuritaires du pays. Mais quelles stratégies pour y faire face ? A Koudougou, le désarroi est perceptible parmi les personnes ressources de la région. Voilà près de 50 ans que cette ville est devenue l’épicentre de la violence au Faso et depuis 2010 elle a été surnommée « BENGHAZI » du nom de la tristement célèbre ville libyenne. Alors, il est question d’exorciser la violence à Koudougou par le recours au savoir faire coutumier mais aussi aux religieux. Dans le même temps, les autorités politiques et administratives sont appelés à engager une campagne de sensibilisation tous azimuts envers les jeunes afin de leur inculquer les valeurs de tolérance, de non violence et de paix. Au plan national, le gouvernement n’est pas en reste. Cette année, la thématique centrale de la semaine nationale de la citoyenneté était dominée par un souci : éradiquer l’incivisme au Faso. Le directeur de l’école Tampouy D qui a accueilli la cérémonie de clôture en a bien compris la problématique. Si les grandes valeurs sociales (droits humains) doivent être apprises à l’école, creuset de l’éducation, il indique que l’exemplarité est la meilleure méthode pédagogique. Les enseignants sont invités à donner avant tout le bon exemple. Si les violences sociales bafouent nos valeurs sociales, c’est aussi parce que celles-ci ont cessé de s’imposer comme des valeurs d’exemple. Quel sens veut-on que l’on retienne de la démocratie, quand la réalité de celle-ci contredit le principe. Le respect du bien commun est tout autant un principe creux quand le sentiment que les richesses nationales sont le monopole d’un clan est largement partagé. Si le label d’exemplarité ne s’impose pas au sommet, la loi perd sa force dissuasive. C’est donc avant tout par le haut qu’il faut commencer l’apprentissage des valeurs civiques. Et l’on verra que le reste coule de source. Si l’on n’a pas compris cela, on fera le tintamarre que l’on voudra, les valeurs sociales ne cesseront de se déliter pour faire place nette à la violence aveugle. Celle qui est en train de prendre le pays tout entier en otage.


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