Mondial 2014 : Zorro ne doit pas devenir zozo !

Publié le mardi 3 décembre 2013

Qualifié à 45 mn de la fin du match retour Fennecs-Etalons, le Burkina a vu son rêve s’évanouir à la 49e mn. Eliminé donc sur le terrain, une rumeur née subitement renverse l’issue du match ! Le temps de stopper la folle rumeur, les dirigeants du foot remettent une couche donnant de faux espoirs aux fans du ballon. 





La folle rumeur qui a réinventé un destin de mondialiste aux Etalons a plongé le Tout-Burkina en ébullition avant de s’éteindre d’elle-même. Les scènes de joie, les coups de sifflets, les acrobaties sur la chaussée ont commencé d’abord dans la capitale avant d’embraser le reste du pays. Ainsi dira-t-on la rumeur est née à Ouaga. Comment est-elle née ? Comment a-t-elle bien pu s’emparer de tout le pays aussi rapidement ? Le dicton le dit, il n’y a pas de fumée sans feu. « La qualif » du Burkina sur tapis vert était et reste encore fausse mais la dame rumeur est née d’un faisceau de faits. Tout commence par une erreur sur le site de la FIFA (www.fifa.com).

Le Burkina a retrouvé son nom parmi les pays qualifiés. Evidemment, ce n’était qu’une erreur du genre faute de frappe. Elle n’y est restée que pendant un bref moment. Mais le temps était suffisant pour que certains visiteurs du site s’en aperçoivent. Notamment un officiel de la CAF de nationalité sud-africaine. Croyant bien faire il aurait tenté de joindre, en vain le président de la Fédération burkinabè de foot. Finalement, il décide d’envoyer un « SMS » au patron du foot burkinabè dans lequel il le félicite. Rien d’autre. Pas de raison. 

Naturellement, ce message a intrigué le président de la FBF, le colonel Sita Sangaré qui se serait posé moult questions. Un confrère, la radio Oméga mis au courant de ce SMS en a fait cas sur ses antennes. La radio sachant préalablement qu’une réclamation a été introduite par le Burkina a fait le rapprochement tout en utilisant le conditionnel. Notre confrère était loin d’imaginer que l’utilisation du conditionnel n’allait pas empêcher le monstre la Rumeur de naître. De bouche à oreille, l’info a été totalement déformée. Une autre source a alimenté la rumeur. En pétanque, à la même période, l’Algérie devait jouer contre Israël en Coupe du monde de la discipline. Ayant refusé de jouer le match, l’Algérie a été disqualifiée. Des confrères lisant ou écoutant « l’Algérie disqualifiée en Coupe du monde… » n’ont plus perdu du temps. Certains ont même confirmé la rumeur de Ouaga !

Quand Dame rumeur a commencé à ramper, à s’enfler et à envahir les rues de la capitale, les responsables du football burkinabè se devaient de prendre le devant des choses pour rétablir la vérité. Les scènes de joie dans les rues exposaient les usagers de la route et pouvaient aboutir à des drames. Fort de cela, le service de communication de la FBF devait agir. « Les médias chauds » notamment les radios de proximité devaient être inondées d’intervention des membres fédéraux qui apporteraient l’info juste. Hélas, l’info a été mal gérée. Il a fallu attendre la fin de la nuit pour voir le SG de la FBF passer sur les antennes de la TNB pour apporter les explications.

Exactement comme si à la Fédé, on avait besoin de temps pour s’assurer soi-même. Pourtant, même l’employer de bureau à la FBF sait qu’une requête (réserve ou réclamation) introduite avant ou après un match de foot doit être acheminée auprès de l’instance qualifiée pour connaître de la plainte. Le verdict n’est disponible qu’une fois cette instance réunie et l’affaire jugée. Manifestement, la veille du match, alors que le commissaire du match transporteur des rapports et requête est toujours en Algérie, il n’est même pas possible qu’une décision concernant l’issue du match soit prise. Laisser le monde nous regarder fêter une soit disant qualification sur cette base c’est faire preuve d’amateurisme qui fait de nous la risée du monde entier. 

La FBF persiste et signe 

La rumeur d’une probable qualification du Burkina sur tapis vert était en train de s’éteindre. La FBF se sent obligée d’attaquer au risque de redonner une seconde vie à la rumeur. La conférence de presse est organisée de retour de Blida ne se limite pas à faire le bilan d’un voyage difficile. L’occasion est belle pour les gérants du foot national de livrer le contenu de la réclamation introduite par le Burkina. En effet, elle porte sur les faits de jeu. Le carton rouge mérité et non sorti par l’arbitre du match, Badra Diatta à l’encontre de Bougherra, le capitaine-Buteur d’Algérie quand il a abattu Charles Kaboré, le but de Charles Kaboré (10e mn) non validé à tort et le non respect du temps additionnel ont justifié la plainte du Burkina, une plainte que la FIFA a jugé recevable. Elle sera examinée le 5 décembre prochain et un verdict tombera.

Le Burkina peut-il espérer voir l’issue du match modifiée le 5 décembre alors ? Négatif comme le dira nos braves militaires. Il ne faut pas se voiler la face. L’Algérie ne peut pas payer les erreurs d’un arbitre. Que Badra Diatta l’arbitre sénégalais ait été coupable de mauvais jugement, qu’il ait fait preuve de mauvaise foi cela n’engage en rien la responsabilité d’une des deux équipes du match. Dans ce conteste, il est donc hors de question d’envisager une nouvelle désignation du vainqueur du match ou sa reprise. En cas de preuves suffisantes et accablantes le coupable, l’unique qui va payer, c’est à l’évidence l’arbitre. La FBF s’est-elle aperçu de la portée très limitée de son action au point de placer un deuxième contre ? La question mérite d’être posée. La fédé a indiqué qu’un joueur algérien, en occurrence le capitaine et buteur, Bougherra ne devait pas disputer le match retour car ayant cumulé deux cartons jaunes antérieurement ce qui le rend inéligible conformément aux textes. Effectivement si tel était le cas, l’Algérie devait perdre le gain du match. Bougherra a réellement écopé d’un premier carton jaune à Bamako lors du dernier match de poule comptant pour les qualificatifs de la même compétition. Le deuxième carton, si deuxième carton il y a il l’a ramassé à Ouaga, au stade de Quatre août lors du match aller entre Fennecs et Etalons. Là, il y a un problème. La fédé elle soutient disposer de preuves par images que le capitaine algérien ne devait pas jouer le match.

Mais sur la feuille de matchs transmise à la FIFA mais aussi dans les différents rapports des médias nulle part il n’est mentionné que ce joueur a reçu un autre carton à Ouaga. Trois Algériens ont été avertis à Ouaga, il s’agit de Djamel Eddine (7e mn), de Essaid Belkalem (41e mn) et de Adlane Guedioura (69e mn). Sur la foi des rapports du match, la FIFA a indiqué avant le match que Adlan Guedioura et Essaid Belkalem étaient les deux joueurs Algériens non qualifiés pour le match. Pourquoi le Burkina pense-t-il le contraire ? Sur la radio française RMC, le joueur au centre de la polémique semble nous donner un semblant de piste de cette confusion.  « J’ai bien pris un carton jaune contre le Mali mais pas du tout contre le Burkina au barrage aller. J’étais justement très concentré sur le fait de ne pas en prendre pour pouvoir jouer le match retour. Je pense que le Burkina a dû confondre. Quand Essaid Belkalem a été averti, je me suis approché de l’arbitre comme capitaine. Il a brandi le carton jaune mais il ne m’était pas dédié » a expliqué Bougherra. Evidemment, on me dira qu’il n’avouera pas aussi facilement. Mais c’est là le problème du Burkina. Les preuves, les preuves, les preuves. 

Le Burkina sur les pas de l’Algérie.

Coïncidence ? Le Burkina a emprunté un chemin exploré par l’Algérie après le match aller des barrages. Exactement comme nous l’avions fait, les Algériens aussi avaient cru en leur victoire sur tapis vert accusant Préjuce Nacoulma d’avoir joué malgré un cumul de cartons jaunes le disqualifiant. Les Fennecs aussi avaient eu des mots durs envers l’arbitre Zambien. A présent, nous en faisons pareil contre le directeur de jeu, le Sénégalais Badra Diata. Si le Burkina attend de voir la suite de sa plainte, on se souvient que les agitations de l’Algérie d’après match n’avaient changé en rien le verdict du match. Et si le haut niveau était ainsi fait ? Ce sera faire preuve de naïveté que de penser qu’un match de foot se joue et se gagne uniquement que sur le rectangle vert. La FBF doit en faire une première leçon. La qualification à la coupe du monde, surtout que les Etalons y étaient presque le Tout-Burkina l’a voulait.

Mais cela a des règles. Nous ne pensons pas que le passage en force en fait partie. Nous ne manquons pas d’ambitions. Mais nous sommes déjà fiers du travail abattu par la Fédération et le ministère des sports pour porter aussi haut le flambeau du Burkina par le biais du sport. L’année 2013 n’a apporté que des miracles dans la cour du roi-foot burkinabè. On a eu de beaux moments de rêves. Merci à la fédé et au ministère. Mais les plus beaux rêves ont une fin. Le temps est venu d’accepter que la fantastique chevauchée vers la Coupe du monde 2014 des Etalons s’arrête là. Il est quasiment impossible de donner une Coupe du monde au Burkina après le verdict de Blida. Messieurs les membres fédéraux, nous voyons en vous des Zorro, des héros qui ont réussi à sortir notre football de l’ornière. De grâce ne devenez pas des zozos en entreprenant des initiatives qui n’honorent plus le Burkina aux yeux du monde. Les éliminatoires de Coupe de monde, il y a en aura. Et nous croyons que les Etalons ne sont pas retrouvé là par hasard. Donc, économisons nos énergies, remettons-nous dans le sens du futur et remobilisons-nous pour de nouvelles conquêtes. C’est encore possible !

J J Traoré


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