Commune de Arbinda : une marche contre le maire jugée politique et inopportune

Publié le mercredi 4 décembre 2013

Ce Vendredi 15 novembre, des centaines de personnes majoritairement venues des villages environnants de la commune d’Aribinda ont manifesté contre leur édile. C’est une deuxième marche avec les mêmes points de revendication. Nombre d’habitants de ladite commune disent ne pas comprendre, surtout que l’affaire est pendante au niveau de l’inspection d’Etat, qui n’a pas encore déposé ses conclusions. Ils voient en cette manifestation une manœuvre de déstabilisation  orchestrée contre le maire par « un groupuscule d’opposants qui n’ont pas encore digéré leur défaite après les élections ».

Aribinda est une commune rurale située à environ 100 km de Djibo, dans le Soum. C’est sur l’instigation de deux conseillers de la CFDB (Confédération des Forces Démocratiques du Burkina), en l’occurrence, Werem Boureima et Zango Souleymane que des personnes se seraient mobilisées pour aller manifester à Aribinda. Tous les moyens étaient bons pour convoyer les manifestants. Camions, tricycles voire des engins à deux roues assuraient les déplacements. 

Une vue des manifestants contre le Maire

Ces conseillers avaient organisé une première marche le 22 septembre pour, disent-ils, dénoncer « la mal gouvernance » du maire. En effet, selon les meneurs, le maire aurait attribué illégalement des parcelles à des concitoyens. Et ils lui reprochent aussi de ne pas communiquer sur le cas des animaux en divagation. Le maire s’approprie ces animaux.

A cette manifestation, le point nouveau était l’exigence du départ du maire. Mais chose curieuse, c’est que dans la commune même où la marche devrait s’effectuer, les habitants affichaient une indifférence qui cachait souvent une forte réprobation. Et selon les informations recueillies sur place, la commune compte 44 villages et c’est principalement trois villages qui ont rallié la manifestation.

 Pendant que les organisateurs patientaient dans l’attente des villageois des contrées lointaines, nous en profitons pour interroger les citadins qui vivent avec le maire. Peut être les premières victimes. Il s’agissait de recueillir leurs impressions sur la marche. D’abord ce qui était marquant, c’est que les commerces, les écoles, les trafics… bref toutes les activités se déroulaient normalement. Les restaurants, les buvettes, les boutiques restaient ouvertes. Les clients y affluaient également. Les avis étaient de deux ordres.

Pour le premier groupe, cette marche est totalement incompréhensible en ce sens que la première qui avait été organisée par les mêmes a entraîné une mission du Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation. Une semaine durant, la délégation gouvernementale est venue échanger avec les parties et promis produire des recommandations en vue de trouver un terrain d’attente. Pour ce groupe, le bon sens voulait que les organisateurs de la manifestation attendent de voir d’abord les recommandations avant de prendre une quelconque décision. Le Haut commissaire avec qui nous nous sommes entretenus est aussi de cet avis. Toujours pour ce groupe, cette marche est le fait d’opposants qui n’ont pas digéré leur défaite depuis les élections couplées passées. Ces derniers veulent coûte que coûte mettre des bâtons dans les roues du maire pour l’empêcher de bien travailler. Les accusations portées contre le maire sont jugées fallacieuses.

C’est une opération de déstabilisation contre le maire qui est en train d’être opérée. Certaines personnes qui se veulent partisans du maire, laissent entendre qu’ils ne tarderont pas à réagir à leur tour en soutien au maire. Leur réaction permettra aux opposants de se rendre compte qu’ils sont minoritaires. Le deuxième groupe se dit indifférent à cette marche qu’il qualifie d’affaire entre politiciens. Pour eux, ce qui les préoccupe, c’est avoir leur pitance quotidienne. Cela ne les empêchent pas cependant de juger cette deuxième marche d’« exagérée ». Obstiné, Werem prévient que s’ils n’ont pas gain de cause « la marche sera rééditée ». 

Dans la foulée, nous avons rencontré le maire, Maiga Mahmoudou, sous un hangar en face de sa cour. Entouré de plusieurs personnes qui, visiblement sont ses partisans, il affichait la sérénité. Pour lui, si nous voulons la vérité il suffira de faire le tour de la ville et écouter les citadins. Après avoir battu en brèche dans les détails toutes les accusassions portées à son encontre, il martèle que « c’est l’opposition qui s’organise pour combattre le maire, sinon ce n’est pas vraiment la volonté de la population d’Aribinda ». Mais avant d’aborder les questions de fond, le maire dit attendre les recommandations de l’Inspection d’Etat auxquelles il entend se conformer.

Jamais il ne cédera à la rue. Sur la question des parcelles, le maire affirme que dans un souci d’apaisement et de réconciliation, il a annulé l’arrêté d’attribution faite par le Comité de distribution. Les plaignants lui avaient promis que cette annulation aura comme effet le retrait de leur plainte, malheureusement tel n’a pas été le cas. Maiga Mahmoudou pense que ce sont des choses qu’on pouvait régler simplement en session. Sur la question des animaux en divagation, pour le maire comme pour bon nombre d’habitants d’Aribinda avec qui nous avons échangé, ce sont des inventions. Certains assurent que le maire est une personne aisée avant même d’être maire. Il est, avons-nous appris, à la fois, pharmacien et éleveur. Rappelons que sur un total de 87 conseillers, le maire issu de la majorité totalise 54 voix en plus de 6 autres d’un parti de la mouvance.

Hamidou TRAORE



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