Politiques et réseaux sociaux au Burkina, c’est une déception

Publié le mercredi 4 décembre 2013

Nous avons tenus à donner la parole à des personnes avisées pour faire une analyse critique de la présence des hommes politiques burkinabè sur les réseaux sociaux. C’est un sentiment de déception qui anime les Flavien Bationo et Justin Yarga. Nos politiciens manquent de professionnalisme disent-ils.

« Si nous faisons une analyse critique des hommes politiques sur les réseaux sociaux nous sommes assez déçus parce que c’est embryonnaire, mal organisé. » C’est le constat de Flavien Bationo président du GERSTIC. C’est la même sensation qui anime Justin Yarga Web Content et Social Media Manager, par ailleurs rédacteur en chef de Burkina 24. « C’est dommage. Ils sont peu nombreux, enclins et réticents. C’est vraiment regrettable » Pourtant, les réseaux sociaux sont un espace où on peut s’exprimer librement, « des débats et des opinions personnelles qu’on peut publier et non pas seulement des photos » estime-t-il.

Tous les deux intervenants accusent un problème de communication pour justifier l’état de fait. « Je pense que le problème fondamental c’est le fait que les hommes politiques ne travaillent pas avec des spécialistes de la communication politique. Alors que lorsqu’on veut être vraiment un acteur important dans la galaxie politique (au Burkina Faso par exemple) il faut concevoir la politique comme un art, comme une science. Donc cela suppose qu’on doit avoir une équipe de professionnels au tour de soi pour élaborer des stratégies conséquentes et avancées » explique Flavien Bationo. Justin Yarga va aborder dans le même sens : « D’autres veulent mais ne prennent pas le temps de se faire entourer par les hommes qu’il faut : un community mangement et un infographe ou designer (par exemple). Il faut donc une stratégie de communication digitale »

Même si les réseaux sociaux comportent des risques, « il y a beaucoup à y gagner car on avance vers une société ouverte » Toujours est-il que Flavien Bationo trouve que le manque de stratégie est un véritable problème dans le cas-ci. Sur leurs pages, déplore-t-il, on « retrouve des activités politiques tout comme des activités qui n’ont rien à voir avec la question politique. On y trouve même souvent des publications publicitaires qui dénigrent l’image de l’homme politique » 

Le compte twitter de la ministre rwandaise des affaires étrangères n’a rien a envier à ses confrères burkinabè


Pour tout dire, leur travail sur les réseaux sociaux n’est pas « professionnel » car manque d’expertise en la matière. Pire, on trouve qu’au niveau de la présidence du Faso, « c’est du n’importe quoi. Il y a souvent des informations inopportunes » sur le compte Facebook du président.

Soro, un exemple à suivre

Guillaume Soro est un exemple que les deux intervenants citent. Il a su bâtir une stratégie de communication digitale et « lui seul bat tous les hommes politiques burkinabè ». La preuve selon M. Bationo, Soro a 51.000 fans sur Facebook, 50.560 abonnés sur tweeter, un site internet, un web TV, des applications pour téléphones mobiles androïde, un compte stand round pour partager ses photos sur tout ce qu’il fait. Le réseau tweeter semble être son favori et il tient permanemment des conversations. Au Burkina, Justin Yarga déplore le fait que le compte tweeter de Zéphirin Diabré est « inactif » et que celui du président du Faso Blaise Compaoré semble être supprimé car depuis un certain temps il n’est plus accessible. A la date du 22 novembre 2013, le compte tweeter de Dijbril Bassolet (@DBassol) marquait zéro (0) tweet au compteur. Sa collègue du Rwanda, Louise Mushikiwabo (@LMushikiwabo) dont il est abonné marquait 863 tweet à la même date. « C’est vraiment le jour et la nuit » dit un anonyme.

Attitude dénotant de la rétention de l’information ?

 Les deux (2) intervenants n’excluent pas cet aspect de la rétention de l’information qui pourrait aussi justifier la passivité des hommes politiques burkinabè sur les réseaux sociaux. Les chosent se passeraient donc à l’image du pays. On n’a pas le culte de l’information à diffuser. C’est plutôt l’information à cacher. « Beaucoup d’hommes politiques ont toujours des difficultés dans leur façon de gérer la chose politique, publique. Parce que souvent ils ont des choses à se reprocher, ils ne sont pas assez transparents donc de ce point de vue ils ont peur de la contradiction, ils hésitent véritablement à s’afficher. Alors que quand on est un homme politique on devrait logiquement avoir des valeurs et l’une de celles-ci c’est la transparence. Lorsqu’on n’a pas cette transparence on a peur d’aller sur les réseaux sociaux parce que vous pouvez publier l’information qui sera démentie à la seconde près alors que nos hommes politiques ne sont pas prêts à assumer cela » A ce niveau Justin Yarga dira : « Que les hommes politiques assument leur responsabilité jusqu’au bout. Il faut se passer désormais des communications institutionnelles » Yarga va jusqu’à juger leur attitude de « non démocratique, non constructive. Chacun se disant que s’il dit ceci ou cela les gens vont le critiquer ou qu’il va perdre ». Pourtant ils doivent savoir qu’avec les nouveaux médias, « on ne peut plus faire la politique traditionnellement » fait savoir Bationo.

Pour ceux qui pensent qu’il faut prendre le temps avant d’agir, ne pas publier juste pour le faire, le message de Flavien Bationo est clair : « cet argument ne tient pas la route parce que tous les jours qui passent il y a une actualité politique sur laquelle on peut s’exprimer avant d’être en contact permanent de votre électorat. Le drame au Burkina c’est que les hommes politiques laissent à la veille des élections pour commencer la chasse aux voix. Pourtant la communication politique est un travail permanent. » Mais ils seront contraints quand il y aura une blogosphère active des jeunes au Burkina fait savoir Justin Yarga.

Basidou KINDA


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