Réseaux sociaux, la nouvelle lucarne des politiques burkinabè

Publié le mercredi 4 décembre 2013

L’avènement du web2.0 (réseaux sociaux) a révolutionné les relations entre les hommes. Leur force de démultiplication de l’information fait d’eux un canal approprié pour toucher du monde. Politicien, il faut y aller si « c’est l’adaptation à la manière la plus indiquée pour atteindre le citoyen » Toujours est-il que dans les pays avancés, on ne peut pas battre campagne aujourd’hui sans passer ces nouveaux médias. Au Burkina, les politiques sont bel et bien présents sur ces réseaux sociaux même si leur nombre est dérisoire  Qu’est-ce qui font concrètement ? Qu’est-ce qui les a poussés à franchir le pas ? Quelles sont leurs appréhensions par rapport à ces nouveaux outils de communications. Autant de questions que nous avons voulu savoir. Pour ce faire, on a pu échanger avec deux (2) d’entres eux à savoir Zéphirin Diabré et Zacharia Tiemtoré parce que ce sont eux qui ont accepté nous accordé un peu de leur temps. 

Blaise Compaoré, Zéphirin Diabré, Gilbert Noel Ouédraogo, Luc Adolphe Tiao, pour ne citer que ceux-ci. Ils sont tous des personnalités politiques burkinabè que l’on retrouve aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Le patron est Gilbert Noel Ouédraogo. Le tout premier à franchir le pas. Il reste également le plus actif avec deux comptes Facebook avec environ 15.000 « amis » et un compte tweeter avec 777 abonnés à la date du 22 novembre 2013. 

La page facebook de Zakaria Tiemtoré, député ADF/RDA


Pour justifier sa présence sur ces réseaux Zéphirin Diabré dit : « Il y a des évolutions que l’on constate au tour des 50 dernières années. On voit qu’à chaque étape il y a de nouveaux médias qui apparaissent. Vous êtes donc obligé de vous adapter à cela » Zacharia Tiemtoré dit être venu parce qu’on le lui demandait. « A un moment, vu la sollicitation, de beaucoup de demandes des gens qui m’ont demandé pourquoi je ne suis pas sur Facebook…, j’ai fini par franchir le pas et accéder à cette demande de ces jeunes que je rencontrais à diverses occasions » En effet, le 19 juin 2012, il dit ceci sur son compte Facebook juste après sa création : « (…) J’ai souhaité répondre favorablement aux nombreuses invitations à rejoindre ce réseaux social afin de pouvoir échanger avec vous. (…) » 

De la proximité pour courtiser le citoyen

Mais le moins à dire c’est que ces nouveaux médias sont devenus des canaux pour eux d’ouvrir une fenêtre sur leurs activités politiques. « Parce qu’un acteur politique pour qui on ne sait pas ce qu’il fait, il faut dire qu’il lui manque quelque chose » dira Zacharia Tiemtoré. En tout cas, « on ne peut pas être un homme public sans faire cela. D’autant plus que les gens ont besoin de proximité. Et quand il n’y a pas de proximité physique, il faut celle virtuelle. » dit Zéphirin Diabré. Le chef de file de l’opposition politique burkinabè va jusqu’à dire que c’est une « nécessité socio-politique ». Car avec l’éclosion des TICs, les réseaux sociaux sont des endroits où il faut aller aujourd’hui si on veut parler au citoyen. Selon Arsène Flavien Bationo (Président et Chercheur Associé au Groupe d’Etudes et de Recherches en Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication – GERSTIC) citant une étude, « les jeunes de 18 à 35 ans sont sur les réseaux sociaux » et c’est donc, poursuit-il, « un électorat potentiel que les hommes politiques peuvent véritablement mieux conquérir » Mais encore faut-il trouver les justes mots pour toucher le citoyen. Par exemple, lancer un message qui prouve sa proximité avec les populations. « Il est essentiel que je puisse m’enrichir de vos opinions et analyses pour continuer à penser et à agir avec justesse au profit des populations » écrit M. Tiemtoré sur son profil Facebook. En tout cas, posez lui la question de savoir les ambitions politiques qui l’ont amené à franchir le pas des réseaux sociaux, il vous répondra : « Pouvoir être en contact avec les populations » car, poursuit-il, « un homme politique qui n’est pas en contact avec les populations est privé d’une source très importante » « Je suis disposé à recevoir toutes vos préoccupations et sollicitations et à vous donner les réponses que vous attendez » écrit Diabré sur son profil. Et en réponse à la même question posée à Tiemtoré, il dit : « C’est pour toucher les gens » car « ça ne sert à rien de faire une action politique si les gens ne sont pas au courant. C’est cela qui nous a amené à embrasser ces nouveaux médias en tant que président d’un parti politique qui fait son travail ». 

A la date du 23 novembre 2013, la page officielle Facebook de Diabré comptait 2673 « J’aime » et 457 personnes en parlaient. En plus de cela, il a un compte personnel comptant plus de 3000 « amis », des fans clubs également. A la même date, le compte personnel de Tiemtoré marquait 5000 « amis », le nombre limite sur Facebook. Sa page officielle comptait 5891 « J’aime » et 603 personnes qui en parlaient. Toutefois, ces chiffres sont loin de satisfaire les deux hommes en termes de potentiel électorat. « La majorité des Burkinabè n’est pas sur les réseaux sociaux. Pour battre campagne, sans aucun doute, il faut trouver un moyen de passer aussi par ces canaux mais ça ne suffira pas » a dit Zéphirin. « Ce n’est pas important quand vous avez 4000 fans ou 5000 amis dans notre contexte burkinabè. Seulement pour moi c’est encourageant mais c’est en même temps une grande responsabilité. Parce que quand je lis ce qui est dit, je comprends très vite que les attentes sont importantes. L’espoir suscité les grand » dit Zacharia. 

Quels enjeux ?

Faire des réseaux sociaux un canal approprié pour atteindre le citoyen est une belle chose. Mais cela ne va sans enjeux. Un tweet peut être fatidique. En France, un tweet de Valérie Trierweiler, la compagne de François Hollande, avait crée un scandale au sein du parti socialiste. Sous nos tropiques, on voit la chose comme tout support de communication. « C’est comme tout support de communication. Lorsque vous en avez, il faut avoir une stratégie de com. Le support lui seul ne se transforme pas en stratégie de communication. Ce qui se passe sur les réseaux sociaux se passera aussi bien dans un journal écrit ou parlé. Une fois que vous vous êtes exprimé c’est fait » a fait savoir Zacharia Tiemtoré. L’enjeu pour lui c’est plutôt qu’ « on a parfois une surcharge d’information et là dans il faut pouvoir garder le cap et rester sur ce qui semble essentiel » Pour Zéphirin Diabré, « il n’y a pas d’enjeux » dès lors qu’on a accepté d’être là pour porter l’information à la population. Mais « la principale contrainte » c’est « que les gens en redemandent toutes les minutes. Il faut pouvoir alimenter régulièrement. Ça devient compliquer. Il y a des gens quand ils se lèvent le matin, ils vont sur votre page pour voir ce que vous avez publié. Or, on n’invente pas l’actualité. » Publier chaque jour quelque chose, une idée dont Tiemtoré « ne prend pas le risque d’être juste dans la communication pour la communication » Il veut que chaque message qu’il va diffuser ait un impact au niveau de la jeune génération. « Je ne diffuse pas tous les jours quelque chose parce que je pense qu’il est important que chaque élément qui est partagé puisse venir participer à convaincre la jeune génération qu’on peut faire la politique différemment » 

Dangers pour la politique en général !

Les deux hommes politiques ne perdent pas de vue ce que comportent les nouveaux médias comme risque pour la politique. Pour Zéphirin Diabré, le web2.0 peut être source de manipulation. « A travers les réseaux sociaux on peut vous manipuler, vous amener à voir une perception qui n’est du tout cela » En tout cas pour le chef de file de l’opposition burkinabè, « si vous n’êtes pas assez froid dans votre démarche, vous pouvez être amené sur la pression des réseaux sociaux à prendre des décisions inappropriées. Et ça c’est dangereux pour un homme politique » Pour Zacharia Tiemtoré le danger pour la politique, « c’est la déception » à nouveau des populations. « Le risque aujourd’hui est que ça ne débouche sur une déception. Il faut surtout que les utilisateurs ici les politiques fassent attention. Parce que pendant les campagnes bon nombre est présent puis tout d’un coup, paf, c’est silence radio. Cela peut à un moment se retourner contre les politiques » en ce sens qu’on va leur reprocher les mêmes choses qui sont constatées sur le terrain. « On vient battre campagne et après on tourne dos aux populations »

Basidou KINDA



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