Blaise inquiété au niveau international

Publié le mercredi 4 décembre 2013

Il était jusqu’en janvier 2013 l’homme de confiance de la communauté internationale. Son ami, l’ancien ambassadeur français, le général Beth avait pour lui « une admiration sans borne » (cette expression consacrée par le discours du 19 octobre 1987 où Blaise se justifiait de s’être débarrassé de son frère d’armes Thomas Sankara).

L’ex ambassadeur de France avec ses bonnes notes avait réussi à imposer le président Compaoré dans toutes les sphères politiques de la France. Quelques mois avant son élection à l’Elysée, Hollande avait envoyé son ex, Ségolène Royal constater les propos élogieux du diplomate français. Elle en était repartie convaincue vraisemblablement. Les américains aussi avaient infléchi leur position. Ils ne sont pas allés jusqu’à ouvrir les portes de la Maison Blanche aux couples présidentiels Burkinabè (les images publiées récemment par les services de la communication de la présidence burkinabè montrant Chantal et Blaise en compagnie de Michelle et Barack restent à être authentifiées), mais ils ont admis que « Blaise Compaoré était un partenaire essentiel dans la sous-région ». Dans la lutte contre les salafistes de AQMI, le Burkina a su se positionner comme « une base pour les forces d’élite et les services de renseignements des armées française et américaine » (JA N° 2758). 

Mais depuis janvier 2013, un grain de sable est entré dans le rouage. Le soutien aveugle de Blaise et de ses diplomates à Iyad Ag Ghali, le patron de Ançar dine qui a déclenché la guerre d’invasion du Mali, contraignant la France à intervenir, a sérieusement troublé les partenaires occidentaux influents. Le mur de méfiance qui ne s’était que légèrement lézardé a recommencé à être reconstruit. La suite depuis janvier est une succession de bourdes diplomatiques. La singularité de la diplomatie Compaoré qui semblait produire des résultats inquiète de plus en plus. Sur le Mali, il est presque admis que le médiateur de la CEDEAO a échoué.

Il reste maintenant la sortie de piste de Blaise Compaoré. Tant que sa médiation avait le vent en poupe, il était à l’abri des pressions. Depuis, les occidentaux principalement les partenaires dont l’aide compte, expriment « leur attachement à la Constitution ». N’est-ce pas un des messages que le nouvel ambassadeur des Etats-Unis à Ouagadougou tente habilement de faire passer par ses visites à des institutions clés comme le Conseil constitutionnel ? Certains, à Ouagadougou en sont convaincus. 

Les voisins du Burkina aussi sont inquiets. En cette matière, il est difficile de faire passer des messages, surtout quand celui à qui ils sont destinés a été le mentor, mais devant le péril d’une éventuelle déstabilisation politique du Burkina et des conséquences pour la sous-région, certains s’y risquent. Il est question de rassurer Blaise Compaoré qu’on ne l’oubliera pas. Il est même envisagé la possibilité de lui tailler un rôle international sur mesure. 

Pour l’instant, le locataire de Kosyam reste ambigu, distillant les messages en fonction de l’interlocuteur. Sa position ne serait pas encore définitivement arrêtée, croient savoir ceux qui le fréquentent. En cela le président Burkinabè, contrairement à ce qu’il peut penser, n’a pas inventé la roue. Il s’inscrit dans la stratégie éprouvée de ceux qui ne veulent pas quitter le pouvoir. Cette stratégie consiste à user de l’effet de surprise, en se dévoilant le plus tardivement possible. Ne se découvrir qu’au dernier moment en laissant les contempteurs s’épuiser dans une contestation très tôt commencée. 

Sauf qu’au Burkina, la configuration actuelle des forces qui s’opposent à une éventuelle candidature de Blaise Compaoré à sa propre succession est large et traverse l’ensemble de la société. Que le président ai eu un mal fou à faire passer son idée de Sénat est illustratif de la solidité de cette opposition à un probable projet de maintien à la tête de l’Etat après 2015. 


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