3ème sommet afro-arabe, intégrer les deux régions ? C’est possible !

Publié le mercredi 4 décembre 2013

Le troisième sommet afro-arabe vient de se tenir à Koweit city les 19 et 20 novembre dernier. Il a drainé plus de 70 hauts responsables du monde arabe et africain. Dans l’histoire de ce sommet, celui de Koweit city aura été celui qui aura connu le plus d’engouement parmi les sommités des deux régions. Serait-ce le signe d’une plus grande prise de conscience de la nécessité d’une coopération plus accrue ? On peut en effet s’interroger sur le temps excessivement long qui s’est écoulé entre le premier sommet tenu au Caire en 1977 et le second à Syrte en 2010. 36 ans de léthargie qui appelle moult interrogations. Désormais ce sera tous les trois ans. Ainsi en a-t-on décidé à la rencontre du Koweit. C’est exactement le temps qui s’est écoulé entre le deuxième et le troisième sommet. Pour cimenter cette décision, les responsables africains et arabes ont adopté une série de décisions qui inaugurent une dynamique nouvelle. Le trait d’union entre le monde arabe et l’Afrique doit quitter la sphère des discours pour se décliner en projets innovants et structurants. Il en est de l’intérêt des peuples de ces deux régions. L’Afrique est un continent miné par la maladie, le chômage des jeunes, l’analphabétisme, le retard de développement et la guerre. Le monde arabe n’est pas mieux loti. Quand on parle de monde arabe, on a en vue l’Arabie saoudite, le Quatar, le Koweit, en gros les pays pétroliers du golfe arabique. Mais le monde arabe c’est aussi l’Afrique où se trouve concentrées 70% des populations arabes. Or c’est l’une des zones du monde où sévit le mal développement qui a comme corollaires le chômage des jeunes, les crises alimentaires, les surpopulations des villes qui entraînent les crises de logement. Pourtant, l’une et l’autre région regorgent de fabuleuses ressources naturelles (pétrole, ressources hydriques, ressources minières et agricoles, potentiel humain etc…), autant de conditions nécessaires pour le développement économique et social de ces régions. Conditions nécessaires mais non suffisantes. Ce qu’il faut c’est d’abord la volonté politique d’assumer avec courage et détermination son devenir. Ce n’est pas chose aisée au regard des nombreuses contraintes. Celles-ci tiennent principalement aux rapports inégaux entre les pays dans la sphère internationale qui se traduisent en rapports de forces défavorables pour les pays dits en développement. Elles tiennent aussi à la méconnaissance entre les peuples des deux régions, ce qui est un facteur de propagation facile de préjugés et autres stéréotypes. Elles tiennent enfin au complexe d’infériorité des peuples de ces régions, un héritage colonial séculaire dont il est difficile de se défaire, tant il est subtil et bien ancré. Les villes arabes et africaines cherchent à ressembler davantage à Chicago et à Paris plutôt qu’à s’inscrire dans un modèle urbanistique et architectural qui s’inspire de leur patrimoine respectif. Derrière les tuniques orientales et arabes et les boubous africains, il y a un désir d’être si ce n’est un être totalement converti aux schémas existentiels occidentaux. 

Par delà ces contraintes, les responsables arabes et africains veulent croire en un avenir radieux de leurs régions. Pour ce faire, ils ont fait le pari des projets innovants et structurants dans les domaines des transports, des infrastructures, de l’eau et l’assainissement, des télécommunications et des Tics. Des travaux d’Hercule qui doivent être menés à la fois sur le plan national et régional. Le développement des deux régions dépend pour une large part de l’intégration des peuples. La route apparaît dans ce contexte comme un formidable outil de cette intégration. Il suffit d’imaginer les dynamiques nouvelles qui adviendront des flux de populations qui pourront désormais partir du Cap à Alger et de Nouatchott à Mogadiscio pour se convaincre de la pertinence d’une politique vigoureuse en matière d’infrastructures routières. Dans cette même vision stratégique, le barrage d’Akosoumbo ainsi que le potentiel hydrique de la Guinée-Conakry pourraient constituer des pôles de développement énergétique au profit de l’Afrique de l’Ouest. Idem pour le barrage d’Inga en RDC pour l’Afrique centrale et le Nil pour l’Afrique de l’Est et du Nord. L’Union africaine et la Ligue arabe ont été interpellées par le 3ème sommet quant à leur responsabilité dans la conception et la mise en œuvre des projets à dimension régionale. Pour ce qui concerne l’Afrique, le NEPAD qui a été transformé en agence d’exécution de l’Union africaine devra ressortir ses projets des tiroirs pour profiter des nouvelles opportunités de financement. Sur ce plan, l’Afrique devra désormais réaliser sa révolution mentale. Elle devra cesser de tendre la sébile et devenir un partenaire responsable à ce nouveau rendez-vous du « donner et du recevoir  ». Dans ce partenariat gagnant-gagnant, le nouveau paradigme a pour nom investissement. L’Afrique dont les potentialités économiques sont reconnues se présente désormais comme un vaste supermarché où les détenteurs de capitaux pourront investir et jouir de juteux retours sur investissements. C’est dans cette dynamique partenariale que s’est inscrit le 3ème sommet afro-arabe. Les peuples africains et arabes attendent les maçons du développement au pied du mur !


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