« SECRETS ET FORMULES POUR REUSSIR DANS LES SOCIETES AFRICAINES » : « La chance occupe une place infime dans la réussite d’une personne », Idrissa Zampaligré

Publié le mercredi 27 novembre 2013

« Secrets et formules pour réussir dans les sociétés africaines », tel est le titre de l’ouvrage de M. Idrissa Zampaligré qui vient grossir la production intellectuelle au Burkina. C’est un ouvrage didactique qui s’inscrit dans la thématique existentialiste.

Evé : Votre ouvrage s’intitule « secrets et formules pour réussir dans les sociétés africaines », que doit-on entendre par réussir dans une société africaine ?

Zampaligre  : Pour moi réussir, ce n’est pas nécessairement vivre dans un luxe insultant, mais c’est tout simplement parvenir à vivre décemment, arriver à se nourrir, à se soigner décemment, avoir une habitation assez décente puis être surtout en harmonie avec son environnement, être en bon terme avec son entourage. C’est aussi être assez gai et heureux dans son foyer, pouvoir assurer la scolarisation des enfants. C’est ce minimum là que je qualifie de réussir dans la vie.

Dans le livre vous partez de votre propre expérience pour dégager les « secrets et formules » pour réussir, n’est-ce pas trop prétentieux ça ?

Je tiens à m’excuser si le titre du livre paraît trop prétentieux, mais c’est un peu expressément fait pour taper dans l’esprit des gens et les inciter à la curiosité de découvrir le contenu sinon je reste modeste. Sinon c’est un choix de style, bien sûr avec ses faiblesses, mais que j’ai choisi pour la simple raison que pour prétendre donner des conseils, il faut tout de même se justifier en quoi vous avez des leçons ou conseils à apporter dans la société. 

Idrissa Zampaligré, auteur du livre (Ph, Evénement)


Et la meilleure des façons, me semble t-il, c’est de parler un peu de ses propres expériences, quelles soient heureuses ou malheureuses. Il s’agit d’en parler de façon analytique de sorte à dégager les faiblesses ou les forces de son comportement et à les partager avec les lecteurs. Sinon ce n’est pas que mon expérience est particulièrement plus émouvante, plus malheure

use ou plus heureuse que celle des autres. Comme il fallait partir de quelque chose, ça aurait pu être l’expérience de n’importe qui. Mais je me dis que la mienne aussi contient une charge minimum de leçons à tirer qui peuvent être partagées avec les lecteurs. Donc c’est cela qui m’a conduit à commencer d’abord par mon expérience avant d’aborder la partie leçon.

Partant de votre propre expérience, on note que c’est le fait d’avoir la chance d’être scolarisé qui a été la base de votre réussite, est-ce à dire que l’école est indispensable à la réussite telle que vous la décrivez ?

Comme je l’ai dit, il fallait partir d’une expérience quelconque. C’aurait pu être un mécanicien qui relaterait ses propres expériences aussi, qui décrirait ses forces, ses faiblisses, ses difficultés que ce serait aussi intéressant que des expériences livresques. Mais partir de mon expérience à l’école, dans l’administration ne veut pas dire nécessairement qu’il faut avoir suivi un cursus scolaire classique pour prétendre réussir. Ca pouvait être l’expérience d’un commerçant avec les péripéties de ses activités jusqu’à la réussite. C’est juste un exemple parmi tant d’autres. Et vous verrez que dans les déterminants de la réussite, il y a des aspects de persévérance, de détermination dans la poursuite des objectifs qu’on s’est fixés et cela ne dépend pas nécessairement d’une position dans l’administration ou dans le circuit scolaire. Un commerçant, un ouvrier, un maçon peut se fixer des objectifs et se décider à les atteindre.

Si vous aviez à hiérarchiser les cibles de votre ouvrage, qui allez-vous citer en première position ?

J’allais citer essentiellement les jeunes. En tout cas qu’ils prennent connaissance de cet ouvrage. Je pense que ça pourrait les servir beaucoup, bon ! Toute personne a besoin des expériences des autres hein. Si vous avez eu la chance de connaître les expériences d’autrui qui ne sont pas toujours heureuses, ça vous permet aussi de bien poser les jalons de votre réussite. Donc cette expérience que j’expose dans le livre peut être une source d’inspiration pour la jeunesse pour affronter les difficultés de la vie. Ils pourraient se donner le courage nécessaire pour réussir dans la vie.

 Avez- vous d’autres stratégies, en dehors du livre pour permettre à la jeunesse de s’imprégner davantage de vos enseignements, quant on sait que le livre a un caractère didactique et éducatif ? 

 Pour le moment, je n’ai pas d’autres stratégies ni de projet particulier. Mais si je réussi à faire lire ce livre par un nombre important de lecteurs déjà, j’estime que j’aurai atteint mes objectifs en écrivant. L’objectif essentiel c’est de faire lire le maximum de gens. Nous partageons peut être les mêmes expériences, mais c’est les analyses et les enseignements qu’on en tire pour mieux orienter ses actions qui font souvent défaut. Mon souhait, c’est qu’un maximum de personnes lit le livre et intériorise ses enseignements dans leur comportement quotidien. Que les comportements soient dépourvus de jalousie, de haine qui permettent aux gens de pouvoir s’exprimer à travers leur savoir faire, leur compétence au lieu de mener des combat négatifs à l’encontre de leur semblable.

Vous dites quelque part que la chance n’occupe qu’une infime partie dans la réussite de quelqu’un, mais pour vous, le destin dans la vie de l’Homme comment vous le concevez ?

Oui la chance au sens de la loterie occupe une place infime en réalité dans la réussite d’une personne. La réussite est plus déterminée par vos comportements quotidiens, vos compétences, votre sagesse, votre savoir-faire. Et ces éléments sont plus déterminants dans le succès d’un individu. Vous verrez par exemple que quand les gens jouent au PMUB ? La probabilité de gagner est réellement petite. La plupart du temps quand les gens réussissent c’est dû plus à leur comportement, à leur compétence qu’à leur chance en réalité.

Vous avez fustigé avec véhémence les tares qui minent et qui sévissent dans les administrations, est-ce que vous pensez que ça peut finir un jour ?

J’ai espoir que ça finisse un jour, surtout que ces tares peuvent être l’héritage d’une certaine génération de fonctionnaires qui n’ont pas véritablement souffert dès qu’ils ont fini les études, et durant leur cursus scolaire ils ont bénéficié des facilités offertes par l’Etat ; dès qu’ils ont fini, ils n’ont pas traîné avant d’avoir leur emploi, de telle sorte qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’expérimenter certaines situations dans la vie. Mais mon espoir est qu’avec les générations qui sont en train de monter qui ont été la plupart battantes et qui ont arraché leur réussite au prix d’énormes efforts, je me dis qu’il y a de réelles chances que les choses changent. Cette nouvelle génération s’avère plus battante que l’ancienne. Elle est bien placée pour comprendre ces tares dénoncées et de les corriger pour ne pas tomber dans ce piège là.

A lire votre livre, vous semblez affirmer comme le philosophe qui soutenait que « l’enfer c’est les autres », pensez-vous avoir été positif sur toute la ligne, sans reproche ? On a l’impression que c’est vous qui étiez toujours victime des autres.

Le document a un but didactique, pédagogique et éducatif. C’est expressément orienté en abordant la question sur mon cursus, je me suis expressément penché vers les expériences difficiles due au comportement humain. Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas eu des cas positifs. J’ai choisi d’écrire surtout sur les expériences amères, difficiles qu’une personne ambitieuse risque de rencontrer sur son cursus. On dit que quand vous voulez éduquer votre enfant, ne lui montrez pas que les choses heureuses de la vie. Mettez quelque fois l’accent sur les aspects négatifs, les pièges afin de lui permettre de les déjouer. C’est cela qui fait que vous avez l’impression que je présente les autres comme des gens méchants. C’est un choix qui permet de mettre en exergue le caractère didactique de l’œuvre. Mais force est de constater que si vous écoutez les personnes qui ont réussi, elles vous diront qu’elles ont connu des situations à peu près semblables à celles que j’ai développées dans l’ouvrage.

La vie du couple est un autre aspect que vous développez dans livre, c’est le ‘phénomène des mariages éphémères’. Est-ce que vous avez un remède contre cela ?

J’ai tenu à aborder ce sujet là parce que je me suis dis qu’il serait vraiment dommage de se battre pour réussir dans la vie, pour à la fin du fait d’un mauvais mariage, voir tous vos efforts annihilés. C’est un aspect très important dans la réussite d’une personne. Pour le choix du conjoint il faut tabler sur les caractéristiques durables et ne pas mettre l’accent que sur la beauté, sur les aspects physiques qui sont facilement altérables. Il s’agit par exemple de la politesse. Et pour découvrir ces caractères là, il ne faut pas lire les comportements de la personne à travers l’attitude qu’elle adopte à votre égard mais plutôt à travers l’attitude qu’elle adopte envers ses parents, son entourage. Une personne naturellement polie, respectueuse, loyale envers ses parents et ses amis, il y a de forte chance qu’elle adopte ces mêmes attitudes dans le foyer. Mais si vous choisissez une personne sur la base matérielle, rien ne garantit que lorsque les conditions matérielles vont changer, la personne ne va pas changer avec. Bon c’est des idées objet de débat bien sûr !

 Pour aborder un peu l’actualité nationale, on assiste de plus en plus à la montée fulgurante de la justice privée. Quelle en est votre appréciation ?

 En réalité le manuscrit du livre est fini depuis 2010 et vous voyez qu’il y a un tas d’évènements qui se passent et qui confirment certaines des analyses qui y ont été faites notamment ce qui concerne les causes possibles de la violence. Et comme je l’ai dit dans le livre, souvent le sentiment d’une absence de justice pousse les individus, les populations à vouloir se rendre justice eux-mêmes. C’est un reflexe humain mais malheureux. Donc il appartient aux autorités de mettre beaucoup l’accent sur la justice, l’équité et naturellement dans l’éducation aussi. Souvent c’est l’ignorance qui peut aussi être source de mauvaise interprétation de certains faits et qui débouche sur certaines actions déplorables. Déjà si le sentiment d’injustice est corrigé, je pense qu’on aura résolu de façon significative cette question de justice populaire expéditive.

Combien de temps avez-vous mis pour écrire cet ouvrage, avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

Non, à l’écriture ça n’a pas pris plus de deux mois. C’est depuis 2009 que j’ai déposé la première version de manuscrit qui a été corrigé à une ou deux reprises, et puis la version définitive du manuscrit a été déposée en 2010. Malheureusement les problèmes d’édition, vous en avez peut être déjà entendu parler, ce n’est pas facile d’éditer un livre au Burkina. A ce niveau là ça traîné.

Où est-ce qu’on peut avoir le livre ?

C’est l’éditeur, en l’occurrence la maison l’Harmattan Burkina qui est chargé de sa distribution. Je pense que dans les jours à venir il pourra être disponible dans les grandes librairies de la place notamment la librairie jeunesse d’Afrique, Diacfa...

 Votre mot de la fin

Mon mot de fin, je dirai que je souhaite que le maximum de jeunes puissent prendre connaissance du livre et qu’ils essaient de s’inspirer des conseils qu’il prétend donner notamment la détermination, la confiance en soi, et surtout prendre conscience que sur le chemin de la réussite, la proportion de difficultés dépasse largement celle du bonheur, de la réjouissance. Qu’ils affrontent ces difficultés avec philosophie, courage, détermination. Et ne pas mettre la barre trop haut. Réussir, ce n’est pas forcement construire des gratte-ciels, avoir des véhicules dernier cri. C’est être surtout à l’abri d’un minimum de besoins et qu’on ne se reproche rien dans sa conscience…

Interview réalisée par Hamidou TRAORE


A propos du livre

L’opuscule de M. Zampaligré 168 pages est divisé essentiellement en deux grandes parties. La première se présente sous forme d’une autobiographie à travers laquelle l’auteur relate différents faits ayant jalonné sa vie depuis sa tendre enfance jusqu’à son entrée à la Fonction Publique burkinabè. M. Zampaligré fait dans cette partie le procès d’une administration minée par des vilénies et autres actions obscurantistes. La tonalité didactique et éducative du livre se ressent beaucoup plus dans la seconde partie qui cite et développe les qualités à acquérir dans la quête de la réussite. Si elle est un souhait ardent pour chacun, certains aspects pèchent par l’inobservation des moyens efficients pour y parvenir. C’est un livre écrit dans un français accessible et qui a la magie de tenir le lecteur en haleine. Bon appétit intellectuel !

HT 


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