Burkina : Attention la Dengue est là !

Publié le mercredi 27 novembre 2013

Cette année particulièrement il y a eu beaucoup de morts, attribuées peut-être à tort, au paludisme. La Dengue, qui en est une forme, a à peu près les mêmes symptômes. Mais elle est plus foudroyante. Le personnel médical peu briefé sur cette maladie, ne sait pas bien la prendre en charge. Les décès brusques attribués au palu pourraient en réalité être le fait de la Dingue. 

Jusqu’à quand mourrons-nous de cette maladie que l’on confond d’avec le paludisme ? Les décès par centaine font peur. Peut-on savoir ce qui se passe ? Est-ce une punition, une malédiction ? On ne sait d’où elle sort mais elle frappe fort et de plein fouet les familles. Les hôpitaux, les centres de santé et de promotion sociale ; les dispensaires, les cimetières et les morgues n’en peuvent plus. Dépassé par une telle psychose, certaines personnes finissent aussi par succomber à la douleur liée à la perte des parents, amis, voisins morts de cette nouvelle maladie suspecte, appelée la Dengue. 

De la dengue on en guérrit, mais avec les difficiles quotidien des pays africain, on en meurs le plus souvent (Ph, Dr)


Depuis quand a-t-elle franchit les frontières du Burkina ? Jusque là on en avait entendu parler au loin là-bas dans les pays occidentaux et asiatiques. Les autorités font-elles exprès de nous cacher cette maladie, sont-elles impuissantes ou espèrent-elles pouvoir grâce à l’ignorance des populations se préserver d’une quelconque grogne ? Pendant combien de temps encore la Dengue fera-t-elle des orphelins dans nos familles ?

Un adage mossi dit : « celui qui veut vieillir le plus possible doit adopter un comportement digne et savoir vivre  ». Mais encore faut-il connaître les bons comportements qui aident à nous corriger pour vivre longtemps surtout dans le cas de la Dengue où la population ignore jusqu’à présent l’existence de la maladie.

Ce n’est que le mardi 05 novembre dernier que Le ministre de la Santé, Lené Sebgo, a animé un point de presse au cours duquel il a reconnu que des résultats préliminaires de l’investigation sur la présence de la Dengue ont permis de mettre en évidence quelques cas probables à Ouagadougou, lesquels cas restent d’ailleurs à être confirmés par des laboratoires de référence à l’étranger. Pendant combien de temps devons-nous encore attendre ces résultats ? Ou bien estiment-on que les morts déjà enregistrés ne sont pas suffisants au point de passer sur ce sujet en le réduisant à un simple paludisme que tout le monde connaît bien au Faso ? Pourtant les résultats préliminaires de cette investigation ont permis, selon le médecin- chef du service de pédiatrie du Centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo, le Pr Ludovic Kam, de mettre en évidence 33 cas de Dengue sur 111 cas suspectés. Ce chiffre n’est-il pas suffisamment important pour que l’on prenne ce mal au sérieux ? De plus, la progression de la dengue est inquiétante. La comparaison avec les années antérieures le démontre. « Entre 2006-2008, il y a eu 683 cas de Dengue confirmés dans les zones de Ouagadougou et Nouna », a expliqué le Dr Sodiomon Bienvenu Sirima du Centre de recherche sur le paludisme. « En 2012, sur 10 000 moustiques capturés dans la ville de Ouagadougou, 30 étaient susceptibles de transmettre la Dengue et en 2013, sur 16 000 moustiques capturés, on en a 230 », a confié le Dr Sirima. Le Pr Kam a, en outre, précisé que « cette année, sur sept cas de suspicion de Dengue, cinq ont été confirmés ». Et sur mille cas, combien seront confirmés ? Peut-on se demander.

Ce qui est sûr c’est que depuis pratiquement le mois de septembre, les motifs de consultation dans les services de santé au Burkina demeurent pour la plupart ceux liés au paludisme. Mais combien de personnes depuis lors ont cherché à taire leurs inquiétudes en tentant de savoir si c’est réellement de paludisme dont il est question au regard de la gravité de la maladie ? Très peu, pour ne pas dire personne. Sans même connaître ce qui est à l’origine de leur mal, les patients ou accompagnants ont commencé à douter du diagnostic des médecins qui attribuent ce mal à un simple paludisme. Certains médecins se sont basés sur les symptômes de la Dengue qui sont semblables à ceux du paludisme pour conclure que c’est ce dernier avant de reconnaître petit à petit, au regard de la situation qu’il se pourrait que ce ne soit pas un simple palu.

Le moustique de la Dengue différent de celui du paludisme

Lorsque vous avez une forte fièvre (40°C) accompagnée des symptômes suivants : céphalées sévères, douleurs rétro-orbitaires, musculaires, articulaires, nausées, vomissements, adénopathie ou éruption cutanée, alors courrez vite à l’hôpital car il se pourrait que ce soit la Dengue. C’est une infection transmise par les moustiques et qui sévit dans les régions tropicales et subtropicales du monde entier. On distingue quatre sérotypes, étroitement apparentés, du virus responsable de la Dengue (DEN-1, DEN-2, DEN-3 et DEN-4).Ces dernières années, la transmission a surtout progressé dans les zones urbaines et périurbaines et cette maladie est devenue un sujet majeur de préoccupation pour la santé publique. L’infection provoque un syndrome de type grippal et peut évoluer à l’occasion vers des complications potentiellement mortelles, appelées Dengue sévère.

Le moustique Aedes aegypti est le principal vecteur de la dengue. Le virus se transmet à l’homme par la piqûre des femelles infectées. Après une incubation de 4 à 10 jours, un moustique infecté peut transmettre le virus tout le reste de sa vie.

L’être humain infecté est le principal porteur du virus ; il permet sa prolifération et sert de source de contamination pour les moustiques qui ne sont pas encore infectés. Les sujets infectés par le virus de la Dengue peuvent transmettre l’infection (pendant 4 à 5 jours et au maximum 12 jours) par l’intermédiaire des moustiques du genre Aedes après l’apparition des premiers symptômes. Les symptômes perdurent en général de 2 à 7 jours.

Il existe deux types de maladie de la Dengue

La médecine distingue deux types de Dengue : la Dengue classique et la Dengue sévère. Pour la première les signes apparaissent de cinq à huit jours après la piqûre de moustique infectante. Ils ressemblent à ceux de la grippe. Le malade présente brutalement une fièvre élevée avec des frissons, des céphalées au niveau du front, des douleurs rétro-orbitaires (derrière les orbites), des douleurs musculaires (myalgies) et articulaires (arthralgies), des nausées, des vomissements. Dans la moitié des cas, ces signes sont associés à une éruption cutanée faite de lésions planes (macules) ou surélevées (papules). Une guérison spontanée, avec disparition de la fièvre et des douleurs, se produit habituellement en quelques jours mais le malade reste fatigué pendant plusieurs semaines.

La Dengue sévère ou dengue hémorragique a été reconnue pour la première fois dans les années 1950, au cours d’épidémies aux Philippines et en Thaïlande. Elle est une complication potentiellement mortelle due à une fuite plasmatique, une accumulation liquidienne, une détresse respiratoire, des hémorragies profuses ou une insuffisance organique. Les signes d’alerte surviennent de 3 à 7 jours après les premiers symptômes, conjointement à une baisse de la température (en dessous de 38°C). On peut alors observer des douleurs abdominales sévères, des vomissements persistants, une hyperpnée, des saignements des gencives, de la fatigue, une agitation, du sang dans les vomissures. La mort peut survenir dans les 24 à 48 heures suivant cette phase critique. Par un traitement médical adapté il est alors possible d’éviter les complications et le risque de décès.

Il n’existe malheureusement pas de traitement spécifique pour la Dengue ou la Dengue sévère, mais la détection précoce et l’accès à des soins médicaux adaptés permettent de ramener les taux de mortalité en dessous de 1%. Pour la dengue sévère, une prise en charge par des médecins et infirmiers expérimentés et connaissant les effets et l’évolution de la maladie peut sauver des vies en ramenant le taux de mortalité de plus de 20% à moins de 1%. Il est essentiel de maintenir les volumes liquidiens du patient dans le traitement de la Dengue sévère. La guérison entraîne une immunité à vie contre le sérotype à l’origine de l’infection. En revanche, l’immunité croisée avec les autres sérotypes après guérison n’est que partielle et temporaire. Des infections ultérieures par d’autres sérotypes accroissent le risque de développer la Dengue sévère. Il n’y a pas non plus de vaccin contre la Dengue. La mise au point d’un vaccin contre la Dengue/la Dengue sévère est difficile malgré des progrès récents au stade du développement. L’OMS donne des avis techniques et des orientations aux pays et aux partenaires privés pour soutenir la recherche d’un vaccin. Plusieurs vaccins candidats en sont à divers stades des essais.

D’où vient la dengue ?

Aedes aegypti vit en milieu urbain et se reproduit principalement dans des conteneurs produits par l’homme. Contrairement à d’autres moustiques, il se nourrit le jour, avec un pic d’activité tôt le matin et le soir avant le crépuscule. Pendant chaque période où elle se nourrit, la femelle pique de multiples personnes.

Aedes albopictus, vecteur secondaire de la dengue en Asie, s’est propagé en Amérique du Nord et en Europe, en grande partie à cause du commerce international de pneus usagés (un gîte larvaire) et du mouvement des marchandises (par exemple la canne chinoise ou lucky bambou). Cette espèce a une très grande faculté d’adaptation et peut donc survivre dans les régions plus tempérées et plus fraîches de l’Europe. Sa propagation est due à sa tolérance aux températures en dessous de 0°, à sa possibilité d’hiberner et à sa capacité de s’abriter dans des micro-habitats. Il se pourrait donc que le vecteur soit venu au Burkina d’un conteneur ou des pneus importés. Pour l’heure aucune source n’a pu révéler avec exactitude sa provenance.

Comment éviter le virus de la dengue ?

Actuellement, la seule méthode pour prévenir ou combattre la transmission du virus consiste à lutter contre les vecteurs en évitant que les moustiques n’aient accès aux gîtes larvaires par une gestion et une modification de l’environnement. Il est conseillé d’éliminer correctement les déchets solides et enlever les habitats créés par l’homme ; de couvrir, vider et nettoyer toutes les semaines les conteneurs pour la conservation de l’eau domestique ; d’épandre des insecticides adaptés sur les conteneurs pour la conservation de l’eau à l’extérieur ; de prendre des mesures de protection des personnes et du foyer par la pose de moustiquaires aux fenêtres, le port de vêtements à manches longues, l’utilisation de matériels imprégnés d’insecticide, de spirales fumigènes et de pulvérisateurs. On pourrait également améliorer la participation et la mobilisation des communautés pour une lutte antivectorielle durable par l’épandage et les pulvérisations d’insecticides. Autorités du Burkina Faso, aidez-nous afin que même si nous ne pouvons pas arrêter de pleurer à cause de la Dengue, qu’au moins nos larmes puissent sécher totalement par la vraie information à laquelle la population a droit.

Michaël Pacodi

pacomik@yahoo.fr


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