La violence : Une nouvelle règle de vie au Burkina Faso

Publié le mercredi 27 novembre 2013

A la fois expression de frustrations et de manque de confiance à la justice, la violence gagne du terrain au Burkina Faso. Plusieurs personnes l’utilisent à volonté comme moyen privilégié de se rendre justice. Face au phénomène, l’Etat semble impuissant.

C’est désormais une réalité. La vindicte populaire est en passe de devenir une règle au Burkina Faso au mépris des lois et principes qui régissent le fonctionnement de la cité. Le phénomène est montant et inquiétant. Les cibles sont les automobilistes impliqués dans un accident mortel et les individus accusés de vol. En ce qui concerne la première cible, au mieux des cas, c’est le véhicule qui est aussitôt incendié. Au pire des cas, c’est le conducteur qui y laisse sa vie car ayant été pris à partie par une foule en colère. Quant à la personne prise en flagrant de délit de vol, son sort est déjà scellé : la mort, à moins que les forces de l’ordre interviennent rapidement. Les auteurs de ces actes sont majoritairement des jeunes, lettrés et non lettrés.

A l’image de cette voiture en flamme, les burkinabè semblent désormais intolérants face à la faute d’un concitoyen(Ph, Dr)


Pourquoi préfèrent-ils agir ainsi au lieu de laisser la justice faire son travail ? Nous sommes allés à la rencontre de plusieurs résidants de la ville de Ouagadougou afin de mieux comprendre.

D’après les informations recueillies, la montée de la violence est non seulement l’expression de nombreuses frustrations accumulées mais aussi de manque de confiance vis-à-vis de la justice. Dans le contexte burkinabè où l’opulence de la minorité contraste avec la misère de la majorité, le véhicule est vu comme un signe de richesse. Les personnes qui en possèdent présentent, aux yeux de la population, une certaine apparence de réussite sociale et économique. Plusieurs sont accusées de filer un amour parfait avec le pouvoir en place et de s’enrichir sur le dos du peuple. Cette proximité supposée avec le pouvoir en place, fait d’eux des impunis en puissance. Pour nombre de frustrés, c’est inutile en cas d’accident par exemple, de s’en remettre à la justice. Elle ne fera rien. Une autre catégorie est celle des personnes qui n’ont pas forcément de rapports privilégiés avec le pouvoir mais sont assurées. Lorsqu’elles sont condamnées à dédommager la victime suite à un accident mortel, c’est la croix et la bannière pour cette dernière et sa famille. Selon plusieurs témoignages concordants, « les gourous » de ce pays comme on les appelle, mettent la victime en contact avec l’assureur et se moquent de la suite. La victime peut faire plusieurs mois, voire des années sans entrer en possessions de ses droits. Au cas où la question finit par se régler, l’argent reçu sera plutôt une compensation de ce que la victime a perdu dans la poursuite de son dossier et non un dédommagement du préjudice subi. Face à cette réalité, la règle semble être trouvée : « on te tue et on brûle ta voiture ».

Lorsqu’il s’agit d’un individu accusé de vol, le supplice est parfois d’une extrême animosité. L’individu est déshabillé, battu et châtié jusqu’à ce que mort s’en suivent. Certains justifient cela par « le pourrissement de l’appareil judiciaire ». Ils reprochent surtout à la justice burkinabè la corruption, la partialité et le manque d’équité. Ils parlent d’ « une justice pour les riches et d’une justice pour les pauvres ». D’autres vont même plus loin en reniant catégoriquement l’existence d’une justice au Burkina Faso.

Toutes ces raisons font que la violence est devenue l’expression commune d’une jeunesse déjà frappée par le chômage et croupissant sous le poids la pauvreté.

 

La faute au pouvoir

Si aujourd’hui les citoyens sont devenus leurs propres justiciers, c’est parce qu’ils ne font plus confiance à la justice. Nombre de ceux qui ont eu recours à elle ont été déçus. Il est vrai que l’éducation au Burkina Faso traverse des zones de turbulence tant dans les familles que dans les écoles mais les gouvernants sont les principaux responsables de la monté de la violence. Ils sont responsables pour avoir contribué au pourrissement de l’appareil judiciaire. Ils sont responsables pour avoir érigé la corruption et l’impunité en système de gouvernance. Il est alors temps que les choses changent. Sinon, dans ces expéditions punitives, bien souvent ce sont des innocents qui sont victimes. Il n’y a qu’à voir la colère qui se déchaîne sur un automobiliste suite à un accident mortel ou sur un individu accusé de vol pour s’en convaincre. Dans le cas d’un accident dramatique par exemple, les indignés s’alignent d’office derrière celui qu’il considère comme étant faible ou victime. Or, il n’est pas toujours vérifié que ce dernier a raison. De même, toutes les accusations de vol ne sont pas fondées mais le temps qu’on s’en rendre compte, l’individu est déjà mis à mort. 

Il est du devoir régalien de l’Etat de protéger le citoyen. Cela, il ne peut le faire qu’en restaurant la confiance entre le citoyen et la justice. En effet, c’est la justice qui détermine la santé de tout Etat de droit. Elle est en quelque sorte le sang de la démocratie. Si elle est contaminée, c’est la cité entière qui en pâtie. 

Gaston SAWADOGO

 

 

Les différentes facettes d’un phénomène qui prend de l’ampleur

La violence semble connaître une fréquence plus élevée chez les jeunes au Burkina Faso qui y recourent systématiquement pour résoudre les problèmes d’éthique qui sont posés à la société et contre lesquels il n y a pas véritablement remède, de leur point de vue. Etre violent dans ces conditions est considéré comme un acte de bravoure. Les lynchages populaires sont monnaie courante dans la société burkinabè. Il ne se passe plus une semaine sans qu’on entende que la population s’est rendue elle-même justice face à un cas de vol ou tout autre acte qui heurte les sensibilités. Le cas le plus récent est celui de Bittou où la population s’est vue obligée de lyncher à mort des jeunes auteurs de meurtre après qu’un d’eux aient tenté de violer une jeune fille.

B Tiendrébéogo, jeune fille de 28 ans, a été agressée dans la nuit du 9 mars 2013 à son domicile devant ses parents suite à une altercation entre son amoureux et elle. L’auteur de l’agression, un militaire, a eu la vie sauve parce qu’il s’est rendu aux forces de l’ordre.

Le 17 septembre un conducteur, après avoir fauché un usagé de la route à Tanghin, a voulu se sauver et a fauché deux autres personnes qui sont mortes sur le coup avec le premier. Son véhicule a été automatiquement brûlé et lui-même n’a eu la vie sauve que par le truchement de la CRS qui a veillée sur lui jusqu’à pouvoir l’extirper des serres de la foule déchaînée.

 L’incivisme est une réalité que nous vivons au quotidien. Les mouvements anarchiques dictent leur loi au mépris des règles et principes démocratiques qui régissent l’Etat. En 2011 on assiste à une mutinerie militaire qui fait plusieurs victimes. Les mutins, pour voir leurs doléances satisfaites recourent aux violences de tout genre : violences sexuelles, violences au moyen des armes…

 Dans un Etat démocratique, les forces de l’ordre ont le monopole de la violence et sont censées s’en servir à bon escient : la mettre au service de la collectivité.

 Mais lorsque les finalités de cette violence sont détournées à des fins contraires aux principes démocratiques on peut se demander s’il faut leur accorder le crédit du service public. Il y a crise de confiance entre l’Etat et les citoyens.

 (Déjà développé par Gaston) Au mois de juillet 2013, les étudiants prennent d’assaut les rues, ceux-ci étant convaincus que les gouvernants ne comprennent que le langage de la violence. Ils leur reprochent le fait d’avoir fermé les restaurants et les cités universitaires sans raisons valables.

 Le déficit de confiance entre les institutions de l’Etat et les citoyens fait que certains citoyens en l’occurrence les jeunes s’érigent en justicier et comptent sur leur capacité de destruction pour se faire justice : ils agissent tout simplement en obéissant à leurs propres règles qui, ne vont pas toujours de pair avec les principes démocratiques.

 Mais est-ce vraiment le désir de justice qui anime ces jeunes s’ils sont toujours prêts à sévir sans jamais se donner la peine de prendre un certain recul pour analyser les situations ?

 Une chose est sûre, personne n’est à l’abri ! Il ne faut pas sous-estimer ces actes de vandalisme, qui dans certaines situations cachent un désir de défoulement !

Assita Sanou (Stagiaire)


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