Enième bourde de nos démocrates du dimanche

Publié le mercredi 27 novembre 2013

Ainsi, certaines dispositions actuelles de la loi sur le chef de file de l’opposition violent la Constitution et les libertés des partis politiques ? Le gouvernement gardien des valeurs a décidé ex machina, qu’il fallait revoir la loi, sans même prendre la peine d’en référer au chef de file de l’opposition. Si certaines dispositions sont contraires à la Constitution, (ce qui reste à prouver, puisque le Conseil constitutionnel gardien de la loi fondamentale n’avait rien dit de la sorte, depuis que la loi est votée et promulguée), l’ensemble de l’armature elle aussi est-elle anticonstitutionnelle ? On peut bien se poser la question vu, la manière dont le projet de loi a été introduit avec le refus délibéré de consulter le CFOP. Pourquoi ce déni de démocratie ? La loi régit bien le CFOP et pas la majorité parlementaire. Si on devait changer cette loi, le minimum démocratique commande quand même d’en référer d’abord à l’institution objet de la loi.

Il y a dans cette affaire une vraie escroquerie intellectuelle. La loi actuelle, n’oblige personne à aller s’affilier où à aller se déclarer. La preuve l’UNDD ne l’a jamais fait. Son existence comme parti n’en a jamais souffert pour autant. Pour la clarification de l’espace politique, la loi institue une sorte de formalité administrative. Le parti qui se dit de l’opposition se déclare comme tel. Alors il s’exclut automatiquement du bénéfice de certains privilèges. Si on est de l’opposition on ne peut pas participer au gouvernement de la majorité. Cela tombe sous les sens quand même. Que des circonstances exceptionnelles, imposent une union nationale, c’est possible. Mais vouloir instituer une situation de « demi-saison », pantalon « opposition » et chemise « majorité », n’est pas pour assainir le champ politique.

La loi institue une formalité administrative qui n’oblige personne. Ceux qui aiment bien les marges, pour des calculs que l’on peut comprendre, peuvent toujours continuer à y rester. Mais ceux qui aiment les situations claires se déterminent. Ils sont libres d’être de la majorité. En ce moment ils n’ont pas les bénéfices et les avantages du statut de l’opposition. Ceux qui optent aussi pour le contraire se privent des avantages d’appartenir à la majorité. De la sorte les choses sont claires pour tout le monde. Mais on ne peut pas revendiquer « le beurre, l’argent du beurre et même les fesses de la fermière », c’est indécent. C’est pourquoi sur cette question, la position de l’UNDD, généralement très lucide sur les problèmes de notre pays, est critiquable.

La disposition de la loi qui va être supprimée, à notre avis, institue au niveau des politiques « une vraie salubrité publique ». Il ne faut pas flouer les gens. Il faut accepter que les gens qui vous écoutent à tout moment sachent qui parle ? Si on est de la majorité le discours et les avis sont pris comme tels. Idem si vous êtes de l’opposition. Mais avoir un pied dans l’opposition et un autre dans la majorité est à la limite, immoral.

Le gouvernement, surtout quand Blaise explique qu’il veut le Sénat pour améliorer la démocratie, devrait déjà respecter le minimum démocratique de ne pas changer les lois pour punir les autres. En vérité depuis les résultats des législatives de décembre 2012, on voyait la majorité venir. Quand la nouvelle Assemblée a fait sa rentrée, le CDP avait déjà voulu revoir d’abord la loi, avant de confirmer le chef de file de l’opposition. Pour cela, Diabré a dû attendre longtemps, avant que Soungalo ne se décide finalement à l’adouber. Mais on voyait venir.

Le gouvernement veut instituer désormais, une opposition « acquise ». Ce n’est plus le suffrage universel qui institue le CFOP comme interlocuteur de la majorité, mais une loi taillée sur mesure. De la sorte quand il y aura une nouvelle CCRP, personne ne fera grief au régime de n’avoir pas respecté la loi. C’est plus facile, n’est-ce-pas, de respecter la loi qui convient à nos désirs ? Nous avons désormais une grille, pour lire les propos de Blaise Compaoré, quand il dit qu’il va respecter la loi. Il respectera à chaque fois la loi qu’il se sera choisie.


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