De Kidal à Ouaga, Blaise interpellé !

Publié le mercredi 27 novembre 2013

Deux journalistes sont morts à Kidal. Deux morts de plus qui pourraient allonger et banaliser presque le fait. En effet, partout dans le monde sur les théâtres des conflits, des journalistes tombent presque quotidiennement, de la même manière que les belligérants qui se combattent les armes à la main. Dans la plupart des cas, ils sont victimes de balles perdues. Mais il arrive aussi que les journalistes soient des cibles expresses. Nous sommes dans ce cas de figure avec les confrères de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon mais aussi Jean Hélène, l’autre confrère de RFI, assassiné par un homme en uniforme à Abidjan. Plus près de nous, il y a Norbert Zongo le burkinabé et Déida Haidara de Gambie. Et bien d’autres malheureusement, dont la vie a été arrachée brutalement. Leur crime, c’est d’être ce qu’ils sont, c’est-à-dire des journalistes, des hommes et femmes par qui les souffrances et les douleurs souvent muettes prennent un visage, un écho. Il faut le dire, ceux dont la vie est ainsi banalement arrachée ne sont pas des gens ordinaires. Ils ont un rôle essentiel tant pour la vie des gens simples que pour celle des grands de ce monde. Malheureusement, ils sont les boucs-émissaires quand rien ne va. Pourquoi ? Parce qu’ils sont à la fois importants et faibles. Ils sont importants parce qu’ils s’adressent à l’esprit, à la conscience. Par leur travail, ils mettent les hommes face à eux-mêmes. Il n’y a rien de plus cuisant que quand la réalité interpelle votre responsabilité et donc votre conscience. Les journalistes sont faibles parce que la caméra, le stylo ou le micro n’ont pas la force de destruction matérielle de la Kalachnikov. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que nos confrères Ghislaine et Claude soient enlevés et expédiés à la mort. Le regretté Norbert Zongo disait à propos de la mort du professeur Clément Ouédraogo que ceux qui l’ont tué n’avaient pas le certificat d’étude. Manière de dire que ce sont des analphabètes de l’esprit. Oui, les meurtriers de nos confrères Ghislaine et Claude sont des barbares, tout comme le sont ceux de Norbert Zongo et Deida Haidara. Tous ces confrères qui étaient de grands professionnels ne méritaient pas de mourir de cette façon. Ils ont hélas été cruellement fauchés. Chacune de leur mort a provoqué une onde de choc, de l’émotion, de la colère voire de la révolte. Cela est tout à fait légitime. Mais il nous faut surmonter l’émotion quand bien c’est difficile, pour apporter des solutions à nos préoccupations. Kidal est un cancer qui ronge le cœur du Mali, un pays frère. Cela est inacceptable. D’autant plus inacceptable que cette situation a été voulue. De la même manière que Gao et Tombouctou ont été « normalisés », Kidal doit être normalisé. Si tout le monde s’accorde à dire que le Mali est un et indivisible,( c’est le cas de la France, de la CEDEAO, de l’UA et des Nations unies), il ne faut pas que cette profession de foi demeure lettre morte. Ce serait une manière éclatante de rendre justice à Ghislaine et à Claude que de rétablir l’ordre et la sécurité à Kidal. Le désordre sécuritaire ambiant profite aux assassins de nos confrères. « Traquer » les assassins de nos confrères français est justement le mot utilisé par Blaise Compaoré au micro de RFI. Oui, il faut traquer les assassins de Ghislaine et Claude mais aussi ceux de Norbert Zongo. C’est la supplique d’un auditeur congolais lors de l’émission de Juan Gomez du lundi 4 novembre. Nous reprenons évidemment cela à notre compte. Traquer les assassins de Norbert Zongo serait une marque de sincérité de la part de Blaise Compaoré. Il faut faire chez soi ce que l’on réclame ailleurs. C’est possible très cher président. C’est tout le souhait de votre peuple. A l’orée du 15ème anniversaire de la disparition de notre confrère Norbert Zongo, des signes réels de bonne volonté de la part de notre président seraient particulièrement appréciés de la communauté des journalistes, très éprouvés par les meurtres à répétition qui ne finissent pas de les plonger dans le deuil permanent.

 


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