RENTREE SCOLAIRE 2013-2014 : A chacun ses angoisses

Publié le samedi 2 novembre 2013

La rentrée scolaire est là avec son lot de contraintes. Les parents d’élèves remuent ciel et terre pour réunir de propices conditions d’études à leurs progénitures. Vue la fugacité de la période, les commerçants s’affairent à écouler les stocks de fournitures scolaires, parfois au mépris de la réglementation en la matière. Chez les élèves, c’est réussir haut les mains l’année académique qui hante les esprits.

« L’ignorance est la mère de tous les maux ». C’est en toute conscience ou par réflexe que les parents d’élèves veulent épargner cette sentence de Socrate à leurs enfants. Mais ce n’est pas du tout une partie de plaisir. C’est encore dans un contexte de renchérissement du coût de la vie que ces parents affrontent la rentrée des classes. En substance, ce sont les frais de scolarité et d’inscription faramineux, le coût considérable des fournitures scolaires, la confection des tenues et bien d’autres accessoires non moins négligeables qui posent des casse-tête pécuniaires en ces moments difficiles. Et chacun comme il le peut mobilise les moyens. Le maître mot dans cet imbroglio où finances et nécessité se disputent la primeur est la ‘débrouille’. Ceux qui ont la possibilité vont voir leurs banquiers pour contracter des « prêts scolaires ». Pendant ce temps les parents aux revenus modestes et qui ont plusieurs enfants pataugent dans des soucis qui s’accumulent de jour en jour. Ceux qui trouvent ces dépenses intenables abdiquent simplement.

 Les multiples soucis des parents

Sans conteste, la rentrée scolaire au Burkina est une période dispendieuse pour les parents d’élèves et les tracas y afférents sont liés à plusieurs éléments. Ils vont des frais de scolarité à l’achat des fournitures et bien d’autres accessoires. La fête de Tabaski qui coïncide avec la rentrée 2013-2014 vient davantage corser les soucis des familles musulmanes.

D’abord, les établissements privés d’enseignements, par leur nombre, dépassent de loin ceux publics. L’offre étant faible dans le public, les parents n’ont pas le choix que de se tourner vers le privé. Les budgets de familles déjà éprouvés ont du mal à supporter. B M a cinq enfants à scolariser. Ils sont tous inscris dans différents établissements privés. Le plus grand est inscrit dans une université privée de la place. B M ne veut pas que son fils fréquente l’université de Ouagadougou qui est perçue comme un lieu de supplice et une fabrique de chômeurs. Il va donc payer au moins 450 000 F CFA pour son fils en deuxième année d’étude. Les scolarités des trois au secondaire varient entre 105 000 F CFA et 115 000 F CFA. Celles qui sont en classe de troisième et de première doivent s’acquitter d’autres dépenses supplémentaires : La tenue qui s’élève à 7 500 F CFA, et chacune doit payer 16 000 F CFA comme frais d’abonnement permettant de recevoir des livres que l’établissement met à la disposition des élèves pour la période de l’année académique. Ramener ces livres à la fin de l’année donne droit à un remboursement de 9 000 F CFA, seulement à condition que ceux ci reviennent en bon état. Le voisin de B M a aussi inscrit son premier fils en classe de 5e au privé. La scolarité fait 200 000 F CFA. Il a deux autres filles au primaire qui sont inscrites au privé. Il doit débourser au moins 150 000F CFA pour chacune, uniquement en frais de scolarité. Bien que leurs situations semblent meilleures, les personnes ayant une telle capacité de financement reconnaissent que l’éducation de leurs enfants constitue un volet important de leurs dépenses annuelles. Après ces exercices de haute voltige pour scolariser, ce sont les banques qu’il faut ensuite rembourser.

La situation est tout autre chez les parents aux revenus modestes. Les plus entreprenants trouvent d’autres alternatives pour minimiser les dépenses et les défaitistes préfèrent baisser les bras. En raison de la modicité des moyens, les premiers, dans les meilleurs des cas, retirent leurs enfants du privé pour le public où la scolarité est relativement plus accessible. Au pire des cas et malgré eux, ils les inscrivent dans les ‘cours du soir’. Le cas de Mme Z est assez éloquent. Les difficultés financières l’ont contraint à inscrire cette année son fils dans un établissement public. « Je ne pouvais continuer à payer 105 000 F CFA chaque année pour mon fils. Pour qu’il ne reste pas à la maison à ne rien faire, j’ai dû batailler pour l’inscrire au public où j’ai payé 24 000 F CFA comme frais de scolarité », explique-t-elle. Tous ces parents ont invariablement la même rengaine sur les lèvres : « Nous nous battons pour assurer un meilleur futur à nos enfants  ».

Par contre, d’autres comme Pascal ont jeté l’éponge. Après avoir raté son BEPC, sa fille ne retrouvera pas le chemin de l’école cette année. Elle « se débrouillera dans le commerce », lâche-t-il. Le même sort guette Abdoulaye. Sa grande sœur qui a obtenu sa maîtrise en Droit depuis trois ans et qui n’a toujours pas d’emploi dit ne plus être capable de s’acquitter de la scolarité de son frère. Alors qu’il a eu la chance de fréquenter l’école publique, Abdoulaye quittera la classe de Terminale A sans le fameux Baccalauréat. Les élèves filles comme garçon dans la même situation qu’Abdoulaye sont nombreux. Les parents ont jeté l’éponge devant le coût des études de leurs enfants qu’ils trouvent intenable. Certains géniteurs étaient particulièrement remontés contre des responsables d’établissements privés qui augmentent les frais de scolarité au gré de leur rapacité pécuniaire.

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 Les commerçants de fournitures à couteaux tirés

 Chez les commerçants de fournitures scolaires, la période de la rentrée des classes constitue une occasion pour faire de bonnes affaires. Mais ils sont surtout inquiets à cause de problèmes de délais à eux posés. Ecouler le plus rapidement possible leurs stocks, vu que la période d’achat de fourniture est très fugace. Cette situation a conduit certains à se livrer à des actes de concurrence déloyale. Principalement les importateurs qui commercent également en détails. Ce qui va pousser les commerçants de détails à monter au créneau et mettre en garde les grossistes. Le samedi 14 septembre ils tenaient un meeting à la bourse du travail où, d’un ton guerrier, ils invitaient les grossistes à respecter leur statut de grossistes et le Protocole d’accord qu’ils ont signé devant le ministère du commerce. Selon le président de l’ONACOM-B (Organisation Nationale des Commerçants du Burkina), Kouanda Saïbou dit le prince, «  les commençants de fournitures scolaires de détails n’ont que deux semaines de l’année pour gagner leur pain. Quand les grossistes se mêlent du commerce en détail, c’est un péril pour les détaillants ». 

Sur le terrain nous avons noté que la mise en garde des détaillants a vraisemblablement fait mouche. Dans les boutiques des grossistes, il est indiqué sur des affiches « Pas de vente en détail ». Effectivement quand vous demandez à acheter un article en détail, on vous répond qu’ « il n’y a pas de vente en détail ». Cependant, derrière ce paravent, des grossistes développent une stratégie pour écouler leurs stocks. On donne les manuels scolaires à des nationaux pour les vendre dans les marchés, les quartiers pour le compte de la maison grossistes. Les gourous prennent le soin de dresser la liste des articles à vendre avant que les jeunes ne partent à la conquête de la clientèle. La rémunération est fonction de la quantité d’articles vendus. Ainsi donc continue la concurrence déloyale.

La période de rentrée est aussi une occasion rêvée pour les commerçants véreux de beurrer leurs épinards à peu de frais. Ils fixent les prix à la tête du client. Ils ne sentent pas du tout concernés par la réglementation des prix des fournitures arrêtée par le ministère du commerce. L’injonction de leur ministère de tutelle d’afficher les prix n’est pas respectée. Ce qui leur permet de taxer fort les parents qui leur paraissent incultes dans le domaine.

En vérité, c’est le règne de l’anarchie qui prévaut dans la vente des fournitures. La loi régissant la matière est très vague.

Hamidou TRAORE 


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