L’ONG Res publica et l’Education : Une approche qui booste les statistiques de l’excellence

Publié le samedi 2 novembre 2013

Dans le Boulkiemdé, derrière de hautes herbes et le mil jauni et souvent rabougri comme pour témoigner de la traîtrise de la saison et au milieu de grands arbres, se dressent des bâtisses. Ces batisses sont des salles de classe offertes aux populations par l’ONG Res publica pour assurer l’éducation des enfants dans la région du centre-ouest. On en dénombre plusieurs dans les trois communes de Nanoro, Pella et Soaw que nous avons visitées mais aussi dans les communes de Léo, Mangodara et Kaya. Depuis une dizaine d’années, l’ONG s’est fixée un objectif intangible, la scolarisation de tous les enfants des dites communes. Les investissements sont à la hauteur de la détermination des responsables de Res publica. Cette année encore, l’ONG a répondu présente (comme toujours d’ailleurs, nous confie un chef d’établissement) pour faire sienne, la pensée du philosophe français, Danton pour qui après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple.

Cette classe sous paillote (en dessous sur la photo) à été remplacée par le bâtiment (en dessus) (Ph : l’Evénement)

Dans les communes d’intervention de Res publica dans la région du centre Ouest, ce besoin est satisfait peu ou prou par l’Etat pour lequel l’éducation est un credo. Rien, en effet, ne se fait en dehors du cadre étatique. Toutefois l’apport reçu par le biais de cette structure conforte l’optimisme et la confiance que les burkinabè eux-mêmes mettent dans le secteur de l’Education.

L’Etat n’investissant qu’à doses homéopathiques dans la construction des infrastructures scolaires, le gros du travail est laissé aux collectivités territoriales dont les ressources limitées neutralisent leur ambition à relever le défi de la satisfaction des besoins fondamentaux de tous les secteurs sociaux de base. Dans de telles circonstances, l’œuvre de Res publica est vue comme une action salvatrice par les populations de ces communes.

A Boulpon, les capacités du lycée départemental « Nicolas Perrin » (nom du fils du couple fondateur de l’ONG) ont été renforcées par la construction d’un bloc pédagogique de deux classes qui est déjà fonctionnel, à l’instar de nombreux autres déjà réalisés dans la région. Il est occupé par les élèves des classes de 2nde et de première mais il reste encore du matériel à acheminer dans cette école. Pour le directeur, le matériel devant permettre au bloc d’être opérationnel n’est pas encore mis à la disposition de son établissement, mais il se dit persuadé que ça viendra tôt ou tard. Du côté de l’ONG, on dit mettre les bouchées doubles pour que le reste du mobilier soit rendu dans les meilleurs délais. Les cours ont déjà débuté et le reste du mobilier et du matériel de fonctionnement est attendu avant la fin du mois d’octobre. 

L’enceinte de cette paillote ne sera pas occupée cette année (Ph : l’Evénement)

Pour le personnel d’encadrement, l’apport de l’ONG est inestimable. Prendre en charge la scolarisation de toutes les filles jusqu’au CM2 et parrainer les élèves (tous genres confondus) les plus méritants des lycées et collèges, soit 25% des effectifs chaque année, voilà une initiative qui a boosté le taux de scolarisation des filles. Selon l’inspecteur Boubacar Ouédraogo de la Circonscription d’Education de Base de Pella, grâce à cette aide, la proportion de filles scolarisées dans sa CEB est plus grande que celle des garçons.

Basile Darga, coordonnateur national de l’ONG apprécie les conséquences d’une telle décision : « Au secondaire, nous avons déjà une prise en charge qui n’est pas liée au genre. Lorsque les garçons que nous soutenons au primaire arrivent au secondaire en même temps que les filles, s’ils remplissent les conditions de moyenne que nous demandons, ils sont pris en charge au regard des conditions sociales des parents. Il faut les soutenir pour éviter les déperditions scolaires.

Une vue d’un dortoir de l’internat de Zanton (Ph:l’Evénement)

Maintenant pourquoi nous faisons cette discrimination au niveau du primaire ? C’est seulement pour encourager la scolarisation des filles et nous sommes heureux de constater que nous avons atteint la parité dans les classes (50% de filles, 50% de garçons). Il y a même des écoles dans lesquelles il y a plus de filles que de garçons dans les classes ». Le genre féminin étant dominant dans la population burkinabè, il va sans dire que le nombre des enfants qui restent à la maison se trouve ainsi réduit, ce qui influe positivement sur le taux de scolarisation de la commune. L’inspecteur affirme que les investissements de l’ONG contribuent à l’Education pour tous (EPT).

L’approche genre dans les investissements de l’ONG va au-delà de la seule prise en charge des filles du primaire et des élèves méritants au secondaire. L’internat de Zanton à Nazoanga est d’une aide précieuse pour certains parents pour lesquels trouver un local pour sa fille au collège est un véritable casse-tête. C’est ce qui a amené l’ONG à initier l’internat de Zanton qui est la première structure de ce type, jamais vue dans la localité. Basile Darga commente : «  Vous voyez où cet internat est construit ? Nous ne dirons pas que c’est dans un village perdu, mais c’est un village totalement enclavé. Si vous connaissez la sociologie de la zone, c’est assez compliqué. Avec une telle approche, l’internat a pour but de pouvoir garder les jeunes filles de la zone dans un endroit bien encadré pour leur permettre de continuer le plus longtemps possible leur cursus scolaire. Si vous avez remarqué, l’internat n’est pas ouvert aux garçons ; il est destiné spécifiquement aux jeunes filles pour les garder au maximum à l’école. Les gens n’envoient pas leurs filles à l’école et quand elles y vont, à partir de la 6eme, lorsque vient le moment d’aller étudier ailleurs, les parents sont sceptiques parce qu’ils ne savent pas ce qu’elles vont devenir. Le problème de logement est devenu crucial en ville et dans les petits centres. Du coup, les déperditions deviennent de plus en plus fortes pour les filles. Si nos indicateurs d’efficacité nous donnent raison, nous allons dupliquer ce type d’internat ».

Las ! Josiane n’ira quand même pas à l’école !

La pertinence des actions posées par Res publica est perceptible dans cette discussion entre deux parents d’élèves de Nanoro. La fille du premier s’appelle Josiane. Elle fréquente une école hors de sa commune et hors de la zone d’investissement de l’ONG. Le coût annuel de sa scolarisation serait de 110 000 frs (ndlr : nous n’avons pas pu identifier cette école que fréquenterait Josiane). Ayant quitté ses parents (scolarité oblige), elle doit trouver à se loger. Ce logement coûterait 5 000frs/mois. Son père, un modeste gérant de buvette à Nonoro dit s’être acquitté de toutes ses charges pécuniaires l’an passé. Malheureusement, Josiane n’a pas obtenu la moyenne nécessaire pour passer en classe supérieure. « Je n’ai pas les moyens pour continuer à verser cette somme pour quelqu’un qui ne veut pas travailler  » se plaint le père. Voilà entre autres l’une des raisons pour lesquelles Res publica veut réduire les distances entre le domicile et l’école. C’est ce qui explique la multiplicité des infrastructures qu’il construit. Déjà les écoles sous paillotes dans la commune rurale de Soaw ne sont plus qu’un souvenir pour les acteurs de l’éducation. La dernière à Zikiemdin vient d’être remplacée par un local plus confortable et nettement mieux approprié : un bloc pédagogique de 3 classes avec en plus un bureau et un magasin, un bâtiment abritant la cantine et le réfectoire, un bloc latrine de 7 portes et 3 logements de maîtres plus cuisines, latrines et un forage.

Olivier Kabré est élève à Zikiemdin. Il dit avoir une préférence nette pour le nouveau joyau. « Nous allons bien étudier maintenant. Dans notre ancienne classe, quand les gens passent, ils nous voient et quand il y a du bruit, ça dérange ; la pluie aussi ».

Wilfried BAKOUAN 

 

Quatre questions au coordonnateur

« Nous allons continuer les investissements pour une offre éducative de qualité », Basile Darga

 

Quelles est la particularité de vos investissements cette année scolaire 2013-2014 ?

2013-2014 est particulier à un triple niveau. D’abord, c’est l’année scolaire qui vient immédiatement après que nous ayons fêté nos 10 ans d’activités. C’est important parce qu’après ces 10 ans nous avons commandité une étude d’évaluation qui a révélé des forces, mais également des faiblesses. De ce fait l’année 2013-2014 est déjà une année capitale pour nous puisqu’elle nous permet de voir les enseignements que nous avons tirés de cette étude, de prendre en compte les faiblesses que l’étude a révélées et de commencer à mettre en application certaines recommandations issues de cette étude. 2013 va nous permettre de réorienter nos activités en tenant compte de ces recommandations qui nous ont été faites en conservant nos acquis et en corrigeant nos faiblesses pour améliorer notre programme. En somme, 2013 est la première année test de mise en œuvre des recommandations.

Basile Darga, coordonnateur national de Res publica (Ph : DR)

Deuxième niveau de particularité de l’année 2013-2014, nous avons un fort engagement au niveau du secondaire. L’étude a révélé que depuis les 10 années passées, les investissements que nous faisons au niveau du primaire, aboutissent à des taux de réussite très importants au CEP. En conséquence, il y a une forte demande pour le secondaire, alors que les salles de classes ne sont pas suffisantes pour satisfaire la demande. Forts de ce constat, nous avons décidés en 2013-2014 de nous engager encore plus dans l’appui au secondaire. C’est visible sur le terrain : nous avons réalisé beaucoup de constructions en termes d’infrastructure et d’équipement, en mobiliers scolaires destinés au secondaire

Troisième niveau de particularité, nous plaçons les années à venir sous le signe de la recherche de la qualité. Cela ne veut pas dire que ce qui est fait n’est pas de qualité, mais pendant longtemps nous avons mis l’accent sur les infrastructures dont le rôle était d’améliorer la qualité de l’offre éducative et de l’accès à l’école. Maintenant nous voulons investir pour la qualité de la production intellectuelle. Pour cela, il faut mettre l’accent sur les ressources humaines à travers la formation continue et la mise à niveau du corps enseignant.

L’objectif immédiat actuel c’est quoi de façon plus spécifique ?

L’ONG de développement Res publica s’inscrit dans les politiques publiques. C’est essentiel pour nous. C’est-à-dire qu’il n’est pas question pour nous de poser des actions isolées, de chercher à innover ou à inventer. Nous partons des priorités de l’Etat burkinabè, lesquelles sont inscrites dans un certain nombre de politiques dont celle de l’éducation. Nos objectifs 2013-2014 vont s’inscrire dans la politique et les objectifs de l’Etat à savoir rendre accessible l’école en construisant et en équipant plus de classes. Ensuite il faut éviter les déperditions scolaires. Il faut encourager la communauté éducative à garder le plus longtemps possible les enfants dans le système éducatif et étoffer la carte éducative avec la construction des infrastructures aux points idoines pour réduire les distances à parcourir avant de trouver une école.

L’investissement pour la rentrée scolaire est fait, maintenant, quel sont les investissements que vous prévoyez pour le cours de l’année ?

Nous allons continuer la construction des salles de classe cette année. Il y a toujours quelques écoles sous paillottes dans la région, donc nous allons continuer à réduire leur nombre. Il y a aussi la question de l’eau. Il faut faire en sorte que les enfants en allant à l’école soient sûrs de trouver un point d’eau à l’endroit ou non loin du lieu où ils prennent les cours. Nous allons aussi continuer à réaliser les forages pour les écoles et nous essayerons de soutenir l’encadrement pédagogique à travers des formations et des mises à niveau.

Tout ceci nécessite des fonds…

Nous estimons à 500, 600 millions le coût des investissements aussi bien en mobilier qu’en infrastructures.

Avec un tel investissement, quel rapport il y a entre vous et la communauté éducative de vos zones d’intervention, étant entendu que par moment il peut y avoir des incompréhensions ?

La qualité des rapports est fonction des acteurs en présence. Nous pouvons dire que de façon globale, les rapports sont très bons avec les institutions, c’est-à-dire les administrations, le ministère etc. Maintenant quand on rentre dans les détails, comme dans toute relation il y a des rapports qui ne sont souvent pas simples, il arrive qu’il y ait des incompréhensions sur une conduite quelconque, sur une activité, sur la manière de gérer. Parlant maintenant des rapports directs sur le terrain, entre enseignants et l’ONG, on peut dire que ça va. Ce sont des rapports empreints de difficultés inhérentes à toute relation humaine. Fondamentalement, ils ne remettent pas en cause notre action et c’est important. Par moment il y a des rapports qui peuvent vous amener à douter de vous et à vous poser des questions de savoir : est-ce qu’on continue ? Toutefois jusque-là nous ne sommes pas encore arrivés à ces interrogations, on a des rapports souvent d’incompréhension plus que de conflit, mais quand on s’explique, on arrive à se comprendre. La philosophie de l’association est mal comprise et ça contribue à faire naître quelques frictions. Nous sommes une association qui s’inscrit résolument dans la mise en œuvre d’activités centrées sur l’intérêt général, or, l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts individuels et c’est très compliqué quand on se retrouve à défendre cet intérêt collectif qui relève du domaine exclusif de l’Etat. C’est à ce moment une question d’éthique et un comportement tout à fait individuel qui servent de boussole. Quand on n’est pas compris sur cela, il y a des heurts. Res publica a construit des écoles pour le public, mais ne construit pas d’école pour un privé. On ne peut pas financer un particulier qui cherche de l’argent en investissant dans l’éducation. Avec les enseignants, ils sont des fonctionnaires, ils sont habitués à une certaine manière de faire à la fonction publique, ce qui est tout à fait normal, et quand vous avez un tiers extérieur à la fonction publique qui n’est pas leur supérieur hiérarchique, vous comprenez que les rapports deviennent différents. Tantôt on vous dit que vous êtes tiers, tantôt vous devez vous soumettre et voilà.

Le plus important c’est de discuter et nous avons compris depuis quelques années que quand on s’assoit pour discuter des problèmes on trouve les solutions. Nous avons eu un échange direct avec les enseignants le 17 octobre à Pella qui s’est très bien passé.

WB

 

 Situation générale de l’investissement scolaire matériel en 2013


  • Situation de la construction des infrastructures en 2013

Infrastructures

Nombre

Blocs de 3 salles de classes

6

Blocs de 2 salles de classes

8

Latrines scolaires

-8 postes (1)

-4 postes (1)

-7 postes(2)

Logements d’enseignants + annexes

22

Cantine scolaire

1

Dortoir

1

Réfectoire

1

Electrification d’infrastructures

6

Forage

6


 Le tableau ci-dessus montre que 34 salles de classes et 22 logements d’enseignants ont été construits pour la rentrée scolaire actuelle (2013-2014)


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Situation du mobilier scolaire Dotation 2013

- au primaire : 1310 tables-bancs

- au secondaire : 855 tables-bancs

*Total général : 2165 tables-bancs

- Bureaux pour enseignants : 84

-Chaises pour enseignants : 78

Le montant des sommes investies s’élève à environ HUIT CENT CINQUANTE MILLION (850 000 000) FRANCS CFA.

Les chiffres ainsi donnés ne prennent pas en compte la dotation en vivre dans les écoles et la prise en charge de la scolarité des élèves filles dans le primaire et des 25 % des élèves dans les lycées et collège de la zone d’intervention de l’ONG.

WB

 

 


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