Thomas Sankara assassiné il y a 26 ans : Même mort, l’homme dérange toujours

Publié le samedi 2 novembre 2013

En marge de la traditionnelle cérémonie de dépôt de gerbes sur sa tombe, le concert en hommage prévu pour se tenir sur le terrain jouxtant la mairie de l’arrondissement N°5 de Ouagadougou (mairie de l’ancien arrondissement de Bogodogo) n’a finalement pas eu lieu à l’espace indiqué. Selon la mairie, la fin de non-recevoir opposée à la demande du Mouvement des Sans Voix (MSV) est que l’espace a déjà été attribué à une association pour 72 heures. Le 15 octobre, jour anniversaire de la mort de Sankara, le terrain est resté pourtant inoccupé. Ce fut également le cas la veille. Y a-t-il eu vraiment une demande d’occupation bien avant celle du MSV ou était-ce un simple prétexte ?

Le jeudi 3 octobre 2013, le MSV introduit une demande à la mairie de l’arrondissement N°5. Il demande au maire l’autorisation d’occuper le terrain jouxtant le local pour un concert en hommage à Thomas Sankara le mardi 15 octobre à 19h00. Selon le MSV, celui-ci lui oppose une fin de non recevoir le lundi 7 octobre. La raison avancée est que l’espace a été déjà accordé au Mouvement patriotique pour l’intégration et la paix pour 72 heures. Le jeudi 10 octobre, le MSV introduit une nouvelle requête. Il demande à la mairie de le mettre en contact avec le Mouvement patriotique pour un arrangement. Chose que la mairie refuse dans son courrier du vendredi 11 octobre à 15 heures.

L’image de Sankara brandit par ses adeptes montrent leurs soif de justice pour le chef du CNR de 1983. (Ph : DR)


Le 15 octobre, il a été constaté que le terrain est resté vide. Même constat la veille. Pourquoi l’espace est-il resté inoccupé ? Nos tentatives pour entrer en contact avec le maire afin d’en savoir plus ont été sans succès.

Entrant toujours dans le cadre de cette cérémonie commémorative, les artistes Smockey et Sam’s K avaient décidé de communiquer sur les « 96 heures de Sankara » à l’émission Télé agenda et loisirs du samedi 12 octobre. Après avoir payé les droits de passage, ils sont joints plus tard au téléphone par l’animateur du jour, Serges Poda, pour le remboursement. La raison, selon les deux artistes est qu’il leur a été signifié qu’ils ne pouvaient pas parler de Sankara à l’émission. Quant à Serges Poda, Télé agenda et loisirs est une émission socioculturelle. De ce fait, les sujets politiques ne sont pas autorisés. A la question de savoir s’il n’a pas pris connaissance du sujet avant l’encaissement des droits de passages, il répond par la négative. Il explique : « Smockey et Sam’s K m’ont dit qu’ils sont attendus pour une conférence de presse. Je leur ai demandé de laisser leur contact pour que je puisse les appeler lorsque l’émission va débuter. C’est quand ils sont partis que nous avons pris connaissance du sujet. Je les ai appelé pour leur faire comprendre qu’on ne pouvait pas en parler et je leur ai demandé de revenir chercher leur argent. »

Gaston SAWADOGO

Vers un renouveau politique pour les Sankaristes ?

Les partis politiques d’obédience sankariste veulent enterrer leurs conflits de leadership pour mieux incarner l’homme dont ils se réclament. A l’occasion de la commémoration du 26ème anniversaire de l’assassinat du Président Thomas Sankara, ils ont émis le vœu commun de repartir sur de nouvelles bases.

« Mettons tous ensemble nos forces et nos intelligences qui se transformeront en une dynamique de changement et de forces de propositions qui engageront notre peuple sur les vastes chantiers du développement et du bien-être. Camarades sankaristes, prenons (…) l’engagement ce jour 15 octobre 2013 devant la tombe de notre idole à tous de taire nos divergences et nos mesquineries haineuses pour une vraie unité d’action qui ne profitera qu’à notre peuple et non à nos égoïsmes. » C’est l’extrait du discours des partis politiques sankaristes à l’occasion du 26ème anniversaire de l’assassinat du Capitaine Thomas Sankara et de ses 12 collaborateurs.

Ainsi les Sankaristes ont reconnu qu’un royaume divisé contre lui-même ne peut pas survivre aux attaques de ses ennemis. Mieux, ils ont fini par comprendre que leurs « divergences » et « mesquineries haineuses » les mettent aux antipodes des valeurs incarnées par leur idole : le dévouement pour la cause du peuple, la force de travail et l’intégrité. Bravo ! C’est un premier pas de gagné mais reconnaître son erreur et se le reprocher c’est se donner les moyens de l’éviter ultérieurement et tendre vers la perfection. Un second pas reste à franchir. C’est celui de concrétiser la mise en commun et la transformation des « forces et intelligences en une dynamique d’actions » pour le bien-être du peuple burkinabè.

Le président Thomas Sankara avait un rêve : celui de construire un Burkina libre, démocratique et digne où les Burkinabè mangent à leur fin ce qu’ils ont produit eux-mêmes, et ont accès à l’eau potable, aux soins de santé, à une éducation de qualité, à des logements décents. En dépit de toutes les erreurs qui ont jalonné sa vie, il avait un objectif clair et précis : « Refuser l’état de survie, desserrer les pressions, libérer nos campagnes d’un immobilisme moyenâgeux ou d’une régression, démocratiser notre société, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l’avenir. Briser et reconstruire l’administration à travers une autre image du fonctionnaire (…) » qui ne soit pas celle du voleur, du corrupteur et du corrompu. C’est pour cela que même 26 ans après sa mort, il reste un héros et un modèle pour des milliers de jeunes en Afrique et ailleurs. L’on ne demande pas aux sankaristes d’être des Sankara mais des leaders politiques convaincus et convaincants tout comme l’était l’homme du 4 août 1983 (année de sa prise du pouvoir). A un moment donné de l’histoire du Burkina Faso, ils ont semblé donner le ton mais très vite les espoirs ont été déçus à cause de leurs incapacités à s’unir et à garder véritablement active la flamme allumée par Thomas Sankara. D’ailleurs, ils ont toujours eu une conception différente du Sankarisme. Pendant que certains le définissent comme une façon d’être, un comportement, d’autres le perçoivent comme un courant endogène du Socialisme démocratique. Ces dissonances ont pendant longtemps transformé le rêve de l’unification en leurre, jetant ainsi le discrédit sur les Sankaristes aux yeux de plusieurs observateurs et analystes de la scène politique.

Les gémonies auxquelles ils sont actuellement voués ne sont pas imputables à leur multiplicité contrairement à ce qu’ils pensent. C’est plutôt à cause de l’incapacité dont ils ont fait montre durant toutes ces années, tout comme les autres partis politiques de l’opposition, à constituer une force politique de référence pour un peuple assoiffé de bonne gouvernance dans un contexte où la vie chère, la corruption, les détournements de fonds publics et l’atteinte aux droits de l’homme font bon ménage avec le pouvoir en place.

Osons espérer que l’appel de ce 15 octobre 2013 pose les jalons d’un renouveau politique dans l’univers Sankariste. Pour y arriver, il est nécessaire de commencer par le commencement. C’est-à-dire, forger une conception commune du Sankarisme

Gaston SAWADOGO 


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