Continuum de l’éducation de base : « C’est une nécessité pour le Burkina » dixit Yombo Diabouga

Publié le vendredi 18 octobre 2013

« Pour un enseignement de qualité », le gouvernement burkinabè a décidé de confier les établissements du préscolaire et du post-primaire au ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation (MENA). On parle désormais de continuum de l’éducation de base. Le transfert du préscolaire et du post-primaire au MENA est effectif depuis le 1er octobre 2013 date de lancement officiel, à Gourcy dans le Zandoma. Mais le moins qu’on puisse dire c’est que le sujet n’a pas la bénédiction des syndicats. Ils disent ne pas accompagner le gouvernement dans cette aventure tant que toutes les conditions ne sont pas réunies. Certains vont jusqu’à demander la suppression du processus. Pour comprendre toutes ces tractations, nous avons approché le directeur des études et de la planification du ministère de tutelle, Yombo Diabouga. Avec lui, nous avons fait le tour de la question pour comprendre les contours, les divergences avec les syndicats, les risques du transfert, la question de sécurité avec ce nouveau format. Lisez plutôt !

 

Les enseignants ont marché le 4 octobre dernier pour dénoncer les mauvaises conditions de vie et de travail qu’ils subissent. Ils ont fustigé le transfert en cours et réaffirmé leur position qui est de ne pas cautionner le gouvernement dans cette aventure. N’est-ce pas là un mauvais signe de départ pour le MENA ?

On peut dire que ce n’est pas la manière la plus sereine de faire. Mais je pense que les syndicats sont dans leur rôle. Comme madame la ministre (Koumba Boly) l’a rappelé, les syndicats sont des partenaires. En fait, ils attirent l’attention sur un certain nombre de faits qu’on ne doit pas perdre de vue. Donc ils sont dans leur rôle et en soi ce n’est pas si mauvais. Si tout le monde allait comme si tout allait bien on peut avoir des rendements qui soient douloureux. Ils attirent l’attention sur un certain nombre de choses. Mais je voudrais tout de même rappeler que les syndicats ont été associés de bout en bout à toute la réflexion qui a conduit à produire un rapport qui a été soumis en conseil des ministres. Les syndicats ont émis des réserves, même à la fin des travaux, ils ont émis des réserves. Ils ont des points de revendication sur lesquels le gouvernement travaille actuellement. Ce qu’on peut dire, c’est que la réforme ne s’attaque pas aux conditions des travailleurs. Il s’agit là des acquis et il leur a été assuré et réaffirmé. Mais comme toute réforme suscite des appréhensions parce qu’il y a une part d’incertitudes là dedans, c’est donc normal qu’il y’ait des difficultés mais je pense que comme le dialogue continue les uns et les autres comprendront. Mais c’est une nécessité pour le Burkina de passer à cette réforme si on veut améliorer les conditions de notre éducation.

Vous affirmez que les syndicats ont pris part aux différentes rencontres relatives à la question pourtant à écouter certains, ils ont été mis à l’écart.

Non ! Ils ont pris part de bout en bout…

De bout en bout c’est-à-dire à partir de quel moment ?

A partir de 2012 on a travaillé tous ensemble. Mais à la fin des travaux, ils ont dit qu’ils ne sont pas partie prenante. Ils ont été clairs. Ils ont dit avoir des points de revendications sur lesquels ils exigent satisfaction autrement ils ne sont pas partie prenante.

Quels sont les points de revendications dont il est question ?

Ce sont des points qui sont liés aux conditions de travail. Par exemple, les carrières des agents. On leur a assuré qu’il n’y aura pas une régression dans les avantages qu’ils ont. En fait, c’est une série de revendications qu’ils ont soumis. Mais la réforme en elle-même, ils veulent avoir l’assurance qu’ils ne perdent pas en y allant. Mais le gouvernement a rassuré et dit qu’il faut continuer à dialoguer et qu’on ne perd pas. Les syndicats ont un certains nombre d’acquis qui ne sont pas remis en cause. Maintenant la réforme, comme je le dis, si on fusionne trois (3) cycles (le préscolaire, le primaire et le post-primaire), forcément que ça modifie un peu le mode d’organisation ; ça devient un cycle unique. 

Sinon, les syndicats ont été associés jusqu’aux comités interministériels. On a travaillé ensemble à Loumbila (les 10 et 11 septembre 2013). Ils ont dit maintenir leurs revendications mais participent aux travaux pour contribuer à la réflexion. Il n’y a donc pas de passage en force. Il y a de l’explication pour essayer de faire comprendre quelle est la nécessité d’aller vers cette réforme et dans ce souci, aucun travailleur ne perd ce qu’il a acquis.

Ils estiment que toutes les conditions ne sont pas réunies et que jusqu’à présent il n’y a pas un document finalisé sur la base duquel on peut mener à bien la réforme. C’est comme si on patauge.

Non, on ne patauge pas (rires). Il y a un document d’orientation, une note de cadrage, un plan d’action triennal. Il faut comprendre que pour passer au continuum, le cycle unique de l’éducation de base, c’est pour 2015. Tout le transfert c’est pour préparer cela. Sur les éléments de préparation de la mise en œuvre du transfert tout est clair et précis. On ne peut donc pas dire qu’il n’y a pas de document. On ne travaille pas dans le vide. Je vous assure qu’avec les syndicats c’est un peu aussi compliqué (rires). Je vous dis qu’à Loumbila, les gens ont dit oui mais, nous avons tous travaillé jusqu’à Koudougou. Les syndicats nous ont fait savoir que des documents ont été produits on ne sait pourquoi et qui les a produits. Le comité interministériel dit mais, qui a produit ? C’est le MENA qui a produit conformément aux dispositions qui le lui permettent. Si on venait ici les mains vides, vous allez nous dire justement qu’il n’y a pas de document. Donc, entre il n’y a pas de document et qui a produit le document, il y a toujours des fossés. Mais les uns et les autres essayent de présenter la chose… Il y a des points qui nécessitent qu’on travaille ensemble. Là je suis d’accord parce qu’une réforme de ce type, ce n’est pas en un mois qu’on peut dire que que tout est OK. Il y a des points sur lesquels il faut travailler. Mais il y’a des gens qui sont dans la posture de tout refuser systématiquement (comme ceux qui demandent la suppression du transfert) C’est-à-dire que c’est toute forme de réforme qu’ils refusent.

Ils estiment que toutes les conditions ne sont pas réunies pour appliquer la réforme pour cette rentrée 2013-2014 ! Pour preuve, on parle de la construction de 40 salles de classe pour renforcer les infrastructures existantes de surcroît à partir de janvier 2014.

Ce n’est pas du tout cela. Ce sont les gens qui présentent ça d’une certaine façon pour se donner un peu plus raison. On a dit que le MESS et MASSN qui avaient en charge le post-primaire et préscolaire font la rentrée comme d’habitude. Il ne faut pas qu’on perturbe la rentrée à cause de la réforme. Le transfert va se faire sur trois ans. Le comité interministériel a dit que ce sont les CEG de village qui seront transférés cette année. C’est un transfert, c’est administratif, mais la rentrée sera faite.

Les 40 salles dont il est question sont des salles que le MESS devait construire en plus. Mais le MENA va construire 150 CEG et ça on ne le dit pas. En 2013, c’est le MENA qui a construit 31 CEG. Il faut donc comprendre que sur le post-primaire et le préscolaire, le MENA fait plus que les ministères de tutelle. La vérité est que l’offre d’éducation va s’accroître avec le transfert. Comme on l’a dit, si on doit créer des CEG, si on veut éviter les déperditions, l’objectif c’est de rapprocher les établissements vers les familles. On minimise déjà un certain nombre de problèmes. Mais pour cela, on est obligé de développer des établissements en milieu rural. Mais si vous développer des établissements en milieu rural ça devient des établissements de petites salles (en termes d’effectif).

Quant au post-primaire, c’est une question de volume horaire. Il faut justement discuter avec les syndicats pour voir comment on arrive à maximiser le volume horaire. Ça par exemple,ça se négocie. Avec les syndicats cela ne peut pas être dicté. On peut demander à un professeur, vous avez ici cinq (5) heures de mathématiques en 6e mais votre volume horaire c’est 22 heures. Quand vous avez fini les cinq (5) heures, comment on fait ? Ce n’est pas votre faute si on a pris d’autres classes pour vous ! Nous nous avons l’intention de négocier avec les syndicats pour dire que si vous avez fini, peut-être si vous pouvez donner 2 ou 3 heures ici, ça nous fait gagner en professeurs. On compense ceci en versant de l’argent. On ne supprime pas la vacation. On maximise le volume horaire. Il s’agit là de négociations. Ce n’est pas un document qui va venir le dire.

Vous voulez dire aussi que les syndicats ne savent pas négocier ?

Ils savent négocier mais je pense qu’ils sont sur des positions très dures. C’est pour vous dire tout simplement que quand les gens disent qu’il n’y a pas de document écrit, tout est là. Seulement, il y’en a qui sont dans la posture de dire que la réforme n’est pas bonne. Ce ne sont pas eux tous. Parce qu’il y a des gens parmi eux qui sont conscients que la situation actuelle de l’éducation n’est pas bonne.

Justement c’est pour cela qu’ils ne sont pas contre la réforme mais ils ont des appréhensions et il ne faut pas la précipiter la réforme…

Non, c’est pour cela je dis qu’on a trois (3) ans pour le faire. Ce n’est pas précipiter. Et notre ministre (Koumba Boly) et les autres ministres, tous les trois (3) ont dit, on fait les petits pas. Quand on a fait un pas dans le transfert qu’on soit confiant que c’est un pas sûr. On ne se précipite pas pour faire des transferts compliqués parce que l’objectif c’est de réussir en mieux.

On parle aujourd’hui de complexes intégrés de l’éducation de Base (CIEB) qu’il faut construire. C’est au nombre de combien ?

Le nombre n’est pas défini. Mais il faut retenir que les complexes scolaires c’est tout simplement que si vous avez le préscolaire, le primaire et le post-primaire, vous les mettez ensemble. A terme, quand l’éducation de base va devenir un cycle unique, quand un enfant rentre au préscolaire il finit son cycle ; c’est 13 ans de scolarité. Même s’ils (les trois niveaux) ne sont pas ensemble, ça permet un peu d’orienter le flux des élèves, de savoir que tel établissement accueille les enfants de tel endroit. L’idée de complexe c’est en fait de s’assurer que tous les enfants ont accès à ce cycle unique. Mais en attendant le complexe, il y aura un responsable du préscolaire, du primaire et du post-primaire.

Est-ce qu’à ce niveau il n’y aura pas un problème de leadership entre les responsables de ces différents niveaux ?

Il n’y en aura pas. Puisque chacun s’occupe d’un sous-cycle. A ce niveau le problème ne se pose pas. Par contre, si le cycle est unique ( silence), vous savez, gérer un établissement ce n’est pas être forcément un enseignant. Le gestionnaire d’un établissement c’est autre chose. La gestion d’un établissement c’est un emploi. Il faut donc décrire cet emploi, décrire le profil. Cet emploi et ce profil vont être décrits et donc des enseignants peuvent être des chefs d’établissement tout comme d’autres profils. Quand vous êtes chef d’établissement, votre rôle c’est la gestion et non l’enseignement. Au Mali par exemple, si vous arrivez dans un complexe, vous allez trouver des chefs d’établissement dont le rôle c’est de gérer, créer les conditions pour que les enfants apprennent le mieux possible. C’est dire qu’ici (au Burkina) quand on aura des chefs d’établissement, il n’y aura plus de responsables de préscolaire, du primaire et du post-primaire.

Il est dit que seulement 15% du budget est alloué à l’éducation de base. On se retrouve avec des écoles sous paillotes. Sans résoudre ces cas, vous parlez aujourd’hui de la construction de CIEB encore plus cher. Est-ce une manière de divertir l’opinion publique en accentuant les problèmes ou bien y a t-il anguille sous roche ?

Est-ce que depuis qu’on parle, vous avez l’impression qu’il y a anguille sous roche ? Vous savez, en matière d’éducation, il n’y a pas d’anguille sous roche, sinon ça va nous rattraper. C’est déjà un principe. Quand vous parlez de construire les complexes, il faut savoir que même ce qui existe déjà va le devenir. Construire des complexes c’est dire qu’on aura du préscolaire, du primaire et du post-primaire ensemble. Les paillotes ce n’est pas qu’au primaire. Il en existe également au secondaire. Ce n’est pas parce qu’il y a des paillotes qu’il ne faut pas faire la réforme. On ne doit pas voir les paillotes comme étant une grosse insuffisance. Cette année c’est 1000 salles de classe qui seront résorbées. L’année prochaine c’est 1400 salles. Vous savez qu’en 2014-2015 probablement on ne parlera plus de paillotes au primaire ? Il faut bien noter cela, 2014-2015, plus de paillotes au Burkina. On compte aujourd’hui plus de 3000 salles sous paillotes dont 1000 seront résorbées cette année. Le PDSEB (programme de développement stratégique de l’éducation de base) prévoit construire 5000 salles de classe par an jusqu’en 2021 dans l’intérêt du système éducatif en général.

 Il faut retenir également que c’est 19% du budget que l’Etat alloue à l’éducation. L’année passée c’est 25 milliards que l’Etat burkinabè a injecté pour mettre la cantine à la disposition des enfants. Et cette politique continue. Même les transferts des ressources aux communes aujourd’hui sont passés de près de 6 milliards en 2009 à 17 milliards alloués à celles-ci. Malgré tout, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de problèmes. On peut mieux faire.

Pendant longtemps on a parlé des questions d’encadrement, de carburant pour les chefs de circonscription d’enseignement de base (CEB). L’année dernière ça été doublé. Cette année encore, le ministre Koumba Boly a dit de redoubler ça encore.

A combien désormais ?

Il faut dire que dans les années antérieures, ils recevaient par trimestre 30.000f ou 20.000f. Parfois même 15000f. Le ministre Koumba Boly a doublé et harmonisé les montants à partir de cette année. Ils recevront désormais par trimestre 60.000f. Il y avait également une dotation spéciale en début d’année pour permettre de suivre la rentrée. Cette dotation s’élevait à 70.000f. A partir de cette année elle passe à 140.000f.

Et pourtant, cette question a été abordée lors de la marche du 4 octobre. Il est ressorti que les chefs de CEB n’ont pas les moyens à leur disposition pour jouer correctement le rôle qui est le leur dans les écoles. Il y a même des directeurs d’école qui leur envoient des correspondances afin qu’ils viennent constater mais faute de moyens, ces derniers n’y vont pas.

En même temps ils ne vous ont pas dit que ce 4 octobre même, au moment où ils marchaient, tous les DPEBA étaient ici (au ministère de tutelle) pour prendre les carburants pour les CEB, le double de l’argent dont je vous parle (les 140.000f). Vous voyez qu’il y a des choses qui se contredisent (rires). Les gens sont dans leur rôle je pense. C’est peut-être pour attirer l’attention sinon beaucoup de choses sont faites. On n’a pas besoin de le cacher. Si le ministère n’a pas les moyens…, il y a eu des moments où on a donné 15.000f à des CEB, ça ne permet pas de couvrir les dépenses mais la volonté est là, il faut essayer de la renforcer maintenant.

A l’atelier de juillet 2013 à Koudougou, la question des complexes n’a pas connue l’adhésion des acteurs parce jugés très onéreux alors qu’elle vous tient à cœur. Comment comptez-vous y prendre ?

D’abord, il faut que les gens comprennent que si on est d’accord que c’est nécessaire de les réorganiser et qu’en l’étape actuelle si on les maintient et que ce n’est pas bien, c’est déjà une base. Sur comment on le fait, on va discuter. Nous, nous avons une vision mais nos partenaires qui sont en face, eux aussi on une vision. Les gens ont des appréhensions peut-être parce qu’ils pensent qu’ils vont perdre leur pouvoir, leur poste. Il y a des directeurs qui pensent qu’ils ne seront plus directeurs, des professeurs qui sont des directeurs de CEG, des instituteurs principaux (IP) qui sont des directeurs d’écoles primaires, des éducateurs sociaux qui sont responsables de centre d’éducation préscolaire. L’idée c’est de dire que si on crée le poste d’un responsable de CIEB, on doit pouvoir dire que son rôle c’est de mobiliser la communauté, les acteurs, s’assurer que l’encadrement se fait dans de bonnes conditions. Non pas pour exclure des gens. D’ailleurs, ce responsable peut être un professeur, un IP, etc.

D’aucuns disent que ce processus va occasionner 3000 milliards de francs et qu’on veut mettre les gens à l’écart pour manipuler discrètement ces sous.

Non non non. Le PDSEB (qui va de 2012 à 2021 et qui place la mise en œuvre du continuum éducatif de l’éducation de base parmi les priorités du système éducatif burkinabè) lui-même coûte 1000 milliards. Alors que le PDSEB n’est pas que le transfert. Il met énormément l’accent sur l’enseignement technique. Dans le cadre de ce programme, 70% des effectifs devraient se tourner vers l’enseignement technique. L’idée c’est de créer le capital humain pour le vivier économique national. Le transfert lui-même va coûter 64 milliards sur les trois (3) ans. C’est certainement le coût du PDSEB, les 1000 milliards, qu’ils confondent avec celui du transfert. Les gens font beaucoup d’amalgame entre le coût du transfert et celui du programme. Ce n’est pas du tout ça.

Le 12 septembre dernier, lors de la journée d’échanges sur la question avec les journalistes, vous avez dit que toutes les réformes comportent des risques. Pour vous prendre au mot, quels sont ces risques dont vous semblez être conscients ?

(Rires). Les risques c’est l’inconnu en fait. Nous, nous avons beau planifier, anticiper, imaginer, même avec les syndicats, tous les scénarios, on va avoir des difficultés. Les risques, c’est parce que tout simplement la réforme c’est toujours dans le futur alors que le futur est une incertitude. Mais cela ne veut pas dire que systématiquement on voit un problème posé. Mais je vous prends juste un exemple, on ne peut engager la réforme s’il n’y a pas l’adhésion des acteurs.

Tout comme ça se passe actuellement avec les syndicats ?

Tout à fait. Ça veut dire que pour minimiser ce risque il faut communiquer davantage. Il ne faut surtout pas considérer les syndicats comme des adversaires. Ce sont des partenaires. Mais des partenaires qui ont une vision aussi. Et cette vision est légitime. Je pense que c’est le maître mot. Ils défendent les acquis des travailleurs.

Quand j’évoque les risques c’est un peu l’incertitude parce qu’on ne sait jamais. Vous pouvez avoir tout planifié mais comme on dit, la planification est faite pour d’ailleurs ne pas être toujours respectée parce qu’il y a toujours des aléas qui viennent vous déranger.

Il doit y avoir un plan B quand même !

(Rires) Le plan B chez nous c’est la progressivité. C’est vraiment la prudence dans le processus. C’est-à-dire qu’on s’assure que tout ce que l’on va faire va apporter de la valeur ajoutée. Si demain le système se porte bien c’est tout le monde qui y gagne son compte. Nous, notre approche c’est de considérer chacun comme un acteur.

Question de sécurité. Comment pouvez-vous convaincre quelqu’un qui pense qu’avec le transfert, une grève au post-primaire va automatiquement paralyser tout le cycle ?

Est-ce qu’aujourd’hui sans les complexes il n’y a pas interférence ?

Oui, mais ce n’est pas toutes les fois. Par contre avec les complexes, la paralysie est inévitable !

Ça c’est possible. Je suis tout à fait d’accord avec vous. Je ne dis pas non. Mais je veux dire que même qu’ils ne soient pas ensemble, il arrive que certains viennent sortir d’autres. Mais il faut éviter que cela arrive.

En quoi faisant ?

Ça c’est vous et nous, tout le monde ensemble. Pour être plus sérieux, il faut savoir que le complexe est compartimenté. On ne peut pas mettre des enfants de 3 ans avec des adolescents de 15 ans. Je pense que ça va être géré de telle sorte qu’il n’y ait pas de perturbation. On ne pense pas systématiquement aux manifestations, mais aux perturbations pédagogiques. C’est pour cela qu’il faut avoir une gestion de ce complexe. Il faut quelqu’un qui gère, qui organise ce cycle. Ce sont tous les acteurs qui doivent intervenir là dedans pour que tout se passe bien. Les manifestations on estime que c’est conjoncturel. Dans un ordre normal ça ne devrait pas causer de problème. Mais c’est conjoncturel, c’est notre contexte aussi et on doit être vigilent. Si le complexe se met en œuvre, ce sont des questions qu’il faut traiter sérieusement. Puisque ça peut perturber, on ne l’évacue pas. Mais c’est une œuvre collective. S’il y a une bonne gestion on peut prémunir les enfants contre les excès qui surviendraient.

Interview réalisée par Basidou KINDA


Grève des enseignants : Attention au saut dans l’inconnu !

La nationale 6 qui traverse la ville de Sapouy était noire de monde en cette matinée du 4 octobre. Les élèves du Lycée regagnaient leur domicile en file indienne après avoir appris qu’il y aurait vacance de cours pour cause de grève des enseignants. Ces derniers quant à eux avaient décidé d’installer un sit in devant les locaux de l’action sociale au bord de la nationale 6. Intrigué par le spectacle nous sommes allés à leur rencontre. La centaine de grévistes avaient répondu à l’appel de trois syndicats : le SYNATEB, le F/SYNTER et le SYNTAS*.

Coumba Boly, la ministre de l’Education s’était félicitée de la qualité des rapports que son ministère entretient avec ses partenaires sociaux. C’était au dernier point de presse du gouvernement. On veut bien croire qu’il n y a pas que de la politique dans cette déclaration. Il faudrait alors expliquer cette bruyante interpellation des enseignants qui sont allés en grève le 4 octobre dernier. Certes, on peut y voir un fourre-tout dans leur plate-forme revendicative, mais il ya dans ce fourre-tout, une revendication emblématique, nouvelle : le transfert du préscolaire et du post-primaire au MENA. Comment justifier la cacophonie entre partenaires sur une question aussi importante ? L’analyse de l’argumentaire des grévistes montre que le fossé qui sépare décideurs et grévistes n’est pas aussi profond. La question des infrastructures, les perspectives de carrières dans le continuum, l’avenir des personnels d’encadrement du préscolaire, la gestion des flux sont autant de préoccupations soulevées. Sans doute le gouvernement a-t-il des réponses à ces questions. Mais de toute évidence, il y a un problème de communication entre partenaires. La réforme a-t-elle été effectuée en vase clos ? C’est ce qu’affirment en chœur les enseignants et les encadreurs sociaux en grève. Deux préoccupations sont avancées : ils veulent d’abord comprendre les tenants et les aboutissants de cette réforme. D’autre part ils veulent être considérés comme des partenaires responsables qui ont un point de vue à donner. Le partenariat ne doit pas être un monologue des décideurs mais un dialogue constructif entre partenaires où les préoccupations de chaque partie doivent trouver une solution. A Sapouy où nous avons échangé avec les grévistes, le sentiment qui se dégage est qu’ils n’ont pas de réponses satisfaisantes à leurs interrogations. Madame Coumba Boly est donc face à un défi pédagogique. Pour le succès de la réforme, les premiers acteurs de l’éducation ne doivent pas rester durablement dans le flou. Aucune excuse ne peut justifier un tel état de fait. Si les gens comprennent où on veut aller et comment on veut y aller, ils devraient pouvoir contribuer à trouver les voies et moyens susceptibles de minimiser les écueils. 

GBN

*SYNTAS (Syndicat des travailleurs de l’Action sociale), SYNATEB (Syndicat national des travailleurs de l’Enseignement de Base), F/SYNTER (Fédération des travailleurs de l’Education et de la Recherche)


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