Réflexions du Général Tiémoko Marc Garango, Premier Médiateur du Faso

Publié le vendredi 18 octobre 2013


En raison de la forme Républicaine et du caractère laïc de l’Etat au Burkina Faso et pour éviter des ambiguïtés et des amalgames, la question se pose de savoir si ma composition du SENAT est conforme à la Constitution notamment en ce qui concerne la participation des Chefs coutumiers et des communautés Religieuses 

C’est en pensant à une telle situation que dans ma deuxième interview, j’avais indiqué que la formation de ce SENAT avait manqué notamment de précision. En effet, avant de chambouler la Constitution existante pour y introduire le SENAT, il eut fallu, de mon point de vue, se référer aux principes fondamentaux, sacrés, immuables et incontournables qui régissent notre régime démocratique sous peine de frapper de nullité les lois et les actes qui seront pris. Ces principes fondamentaux sont : de l’Etat et de la souveraineté nationale qui définissent le Burkina Faso comme un Etat démocratique, unitaire et laïc. Le Faso est la forme républicaine de l’Etat. Il s’en suit que le Burkina Faso où la souveraineté nationale appartient au peuple, n’est ni une monarchie, ni une dictature ou tous autres systèmes pervers ; de plus étant un Etat laïc, le Burkina Faso pratique une séparation nette entre toutes les religions en vigueur dans notre pays. Dès lors, il en résulte qu’elles sont, à mon avis, hors jeu et ne peuvent valablement participer à un organe délibératif habilité à voter des impôts et des lois surtout qu’elles n’ont pas la qualité de représentants élus du peuple, d’une part, la chefferie coutumière et traditionnelle en tant qu’autorité morale dépositaire des coutumes et des traditions de notre société malgré sa reconnaissance par le préambule de la constitution réaménagée par la loi du 11 juin 2012, au nom de la forme républicaine de l’Etat et d’autre part, toutes les communautés religieuses au nom de la laïcité de l’Etat.

Le général Tiémoko Marc Garango, premier médiateur du Burkina Faso (Ph : DR)


 Cependant ces deux entités peuvent valablement apporter, en cas de besoin, leurs contributions utile et parfois nécessaire dans le cadre d’organes consultatifs sans fonctions exécutive, législative et judiciaire.

 Sous réserve de l’avis et de la décision contraire des institutions judiciaires compétentes en la matière, cette analyse des éléments constitutifs dans la formulation du SENAT aurait permis de proposer une structure plus cohérente et plus consistante de cette haute institution et cela aurait également permis d’éviter le vote par une majorité mécanique sans considération suffisante des avis des partis de l’opposition politique et d’une partie de la société civile pour aboutir à un monstre qui détruit la cohésion et l’unité nationale et en contradiction avec le but recherché par la mise en place d’une institution en vue de consolider et de renforcer notre système démocratique et parlementaire qui d’ailleurs fonctionne sans dysfonctionnement majeur depuis deux décennies.

 Je continue à adhérer à l’intention du Président du Faso qui, je pense, ne veut pas imposer au pays une institution non consensuelle dépourvue de toute crédibilité et de toute efficacité qui lui enlèveraient son utilité sociale. Il est donc indispensable que nous parvenions à une conclusion appropriée qui préserve nos biens précieux que sont l’unité, la cohésion, la solidarité et la paix durable

 Ouagadougou, le 7 octobre 2013

Le Général Tiémoko Marc GARANGO

Grand Croix de l’Ordre National

Premier Médiateur du Faso 

 

 


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