Affaire Tuina : Un civil a été entendu et déféré à la MACA

Publié le vendredi 18 octobre 2013

L’instruction suit son cours. Des interpellations ont lieu à la demande du juge d’instruction. Il semble que des indices ont été trouvés faisant croire à une action plus étendue. Ce n’est pas encore « un large ratissage » pour emprunter le bon mot de l’ex procureur général Abdoulaye Barry, mais cela commence à déborder les éléments militaires pour toucher des civils. Un civil a été justement entendu et écroué dans l’instruction.

Après les événements et la mort de Tuina, c’est d’abord le parquet civil qui a été saisi. Le substitut du procureur qui a lu le message rédigé par les militaires avait indiqué qu’une enquête était en cours. Finalement, c’est la justice militaire qui a hérité du dossier. Les gendarmes dit-on conduisent l’instruction sous la responsabilité du parquet militaire. Les arrestations sont actuellement opérées. Pour le commandement, ce sont les éléments identifiés comme ayant enfreint la consigne de ne pas avoir de contact avec Tuina qui sont concernés. Combien sont-ils ? autour de huit, disent les responsables du régiment. Les arrestations se poursuivent disent d’autres sources, au point que le nombre de huit a été dépassé. Le tribunal reconnaît que des interpellations sont opérées par le juge militaire à mesure qu’il instruit. Mais tous ne sont pas déférés. Les interpellations se font selon les procédures judiciaires. Le régiment n’intervient pas précise le tribunal militaire. Nous avons eu confirmation qu’un civil fait partie, désormais, des interpellés.

L’instruction du juge militaire a abouti à réunir des indices graves et concordants contre certains éléments. Ceux-ci ont été déférés à la MACA, la prison des militaires, dans l’enceinte du Camp Lamizana ex Nouveau camp sis sur la route de Bobo. La nouveauté reste sans aucun doute l’inculpation du civil, dont nous n’avons pas pu avoir l’identité. Nous n’avons pas eu la précision sur les charges exactes qui sont retenues contre ce civil. Cela laisse augurer peut-être de l’existence de quelque chose de beaucoup plus sérieux que ne l’avait laisser croire le premier communiqué des responsables du RSP, lu par le substitut. 

Les choses sont-elles vraiment sous contrôle ?

L’affaire Tuina n’a pas encore livré tous ses secrets. Le commandement du régiment le plus emblématique de notre armée, n’en revient pas de n’avoir pas été obéi dans l’affaire Tuina.

L’encadrement fait de son mieux pour maîtriser la situation. Les temps sont durs et le moindre élément serait susceptible aujourd’hui de mettre le feu aux poudres.

 L’encadrement du régiment se désole de n’avoir pas été obéi dans l’affaire de Tuina. Nous avions mis les éléments en garde, en leur interdisant formellement d’avoir des contacts avec Tuina, dit-on au commandement du régiment. Il semble que six soldats seraient passés outre cette consigne et ont effectivement rencontré Tuina.

Combien ont désobéi ?

Les informations sur cette question sont difficiles à établir et cela on l’imagine crée un vrai malaise dans la troupe et au niveau de l’encadrement. Comme il est difficile d’établir avec rigueur le déroulement de la bravade suicidaire de Tuina. Il aurait dit-on opéré seul, ce jour là. Ou pratiquement seul, puisque le sabotage du groupe relais dit-on peut avoir été perpétré par quelqu’un d’autre.

Plus d’un mois après les événements, on sait toujours peu de choses sur le déroulement de l’attaque contre la présidence. Tuina, reproduisant la témérité dont il a fait montre en attaquant seul une banque en pleine journée, a été l’élément principal de l’attaque contre le palais résidentiel de Blaise Compaoré, qui se trouvait en ces lieux au moment des faits.

Tuina s’en serait pris aux installations, sans rencontrer vraiment une résistance. A court de munitions, il aurait décidé d’aller se servir dans les magasins d’armes qui ne sont plus, depuis 2011, dans l’enceinte de la présidence. Il aurait fait la distance sur une moto. Une autre précaution au niveau de l’entrepôt des armes, les munitions et les armes ne seraient pas stockées au même endroit. Tuina a pu cependant, faire les deux entrepôts et se servir. C’est sur le chemin du retour, vers le palais qu’il aurait été abattu par des éléments en embuscade envoyés à ses trousses. Il n’y aurait pas eu donc d’échange de tirs. Tuina aurait été abattu par des anciens camarades en embuscade.

N’aurait-on pas pu le prendre vivant ? A-t-on voulu éviter qu’il ne parle ? Il semble que le commandement le voulait vivant. Mais le commando envoyé à ses trousses n’a pas pris de risque.

Ce qui est sûr, cette affaire va laisser des traces au RSP. Que des éléments d’un régiment d’élite de la catégorie du RSP passent outre des consignes pour rencontrer une personne considérée ouvertement par la hiérarchie comme « un ennemi » renseigne sur l’état d’esprit qui y prévaut. Dans le RSP des années 1990 cela était impensable. Que cela arrive maintenant est peut-être le signe des temps. L’encadrement s’évertue à récréer l’ambiance nécessaire à l’accomplissement des missions qui sont celles du RSP. Les éléments ne leur sont pas spécifiquement hostiles, mais c’est peut-être qu’ils n’y croient plus.

En 1980, le vieux Lamizana, dans ses mémoires, explique comment il avait assisté presque fataliste ou impuissant à la construction du complot qui a emporté son régime. On sait que Blaise n’est pas fait de la même étoffe que le vieux. Il ne se laissera pas, sauf si cela lui échappe, faire harakiri. Déjà, on pense dans les milieux sécuritaires à faire droit à une des recommandations du Collège des sages ; remplacer les militaires par des gendarmes, du moins dans ce qu’on appelle « l’unité spéciale de protection rapprochée du président ». 

 Un autre enseignement, (qu’on peut supposer au regard de la tournure des événements), que pendant plusieurs minutes dans un endroit aussi sécurisé que Kosyam, Tuina ait pu faire le coup de feu tranquillement, avec des armes lourdes et en sortir aller faire le rodéo sur la route de Sapouy à la recherche d’armes et de munitions avant de finir dans les filets d’une embuscade, est le signe peut-être que les soldats ne veulent pas mourir pour Blaise Compaoré. Il semble que personne n’a voulu affronter Tuina. Déjà, malgré « les instructions fermes de la hiérarchie, des éléments étaient allés prendre un pot avec Tuina ». Quand il a opéré aussi, personne n’a voulu vraiment l’attaquer. Il y a forcément un malaise. L’instruction qui se mène actuellement permettra d’en savoir peut-être un peu plus.

Newton Ahmed Barry

 

Mise au point de l’encadrement du RSP

Après la parution dans « Lucarne Citoyenne » dans L’Evénement du 25 septembre dernier de deux informations sur l’affaire Tuina et le RSP, le Colonel major Kéré du RSP, en présence du capitaine Dao a demandé à rencontrer la direction de l’Evénement dans l’enceinte du tribunal militaire de Ouagadougou.

A propos du capitaine Korogo. L’Evénement s’interrogeait s’il avait été limogé ? Puis sur la foi des informations recueillies écrivait ceci : « Le capitaine Korogo, le patron de la sécurité rapprochée du président aurait été auditionné de 20H à 6H du matin et muté sans autre forme de procès. Sans doute l’a-t-on jugé responsable d’une protection poreuse du bunker présidentiel, ce qui aurait permis à Tuina de s’y infiltrer et d’y commettre quelques forfaits »

La hiérarchie du RSP dément catégoriquement ces informations.

D’abord le capitaine Korogo n’a pas été entendu insiste le colonel major Kéré. Il n’a fait l’objet d’aucun interrogatoire. Le capitaine est toujours au RSP et jouit de la confiance totale de la hiérarchie. C’est pourquoi ajoute le colonel major, il a accompagné le président dans sa mission aux Etats-Unis. Korogo est revenu de stage d’Etat-major et avait été affecté comme responsable du groupement Logistique. Ce qui en fait le troisième personnage après le colonel Kéré et son adjoint, au sein du RSP. Cette mutation selon un document que le colonel major nous a présenté avait été effectuée le 16 août. Le capitaine Korogo de retour de stage d’Etat-major avait été affecté deux semaines avant la tentative de Tuina : « Cela n’a rien à voir avec cette affaire ». Le capitaine Dao qui accompagnait le colonel major était justement celui qui avait remplacé le capitaine Korogo à « l’unité spéciale de protection rapprochée ». L’Evénement en prend acte et se réjouit par avance d’une éventuelle visite du capitaine Korogo dans ses locaux. 

Dans la même rubrique, sous le titre « Que se passe t-il au sein du RSP ? », nous écrivions : « Gilbert Diendéré n’est-il qu’un souffre-douleur dans le regain de malaise qui gagne la grande muette ? Il concentre les critiques concernant tout ce qui ne va pas dans l’armée. On dit que des rafles ont actuellement cours, en particulier au sein du régiment de sécurité présidentielle (RSP) où tous ceux qui sont soupçonnés d’appartenir au commando qui a saccagé son domicile en 2011 sont littéralement traqués. Un centre de torture est signalé non loin de l’Etat-major où pinces et chaises électriques seraient entre autres des moyens pour arracher des aveux. Assistons-nous à la revanche de Golf comme le pensent certains qui affirment qu’il est décidé à en finir avec ceux qui contestent son autorité ? »

Le colonel major dit avoir été blessé par les allégations de tortures pratiquées au sein du régiment qu’il commande. « Vous me traitez de tortionnaire. Pouvez vous indiquer où se trouve ce lieu de torture ? Cela m’a beaucoup affecté ». Comme responsable direct du régiment, on peut comprendre que le colonel se sente interpelé. Néanmoins nulle part, il n’est écrit qu’il en était l’auteur ou qu’il savait l’existence de tels lieux.

Le colonel a tenu en outre à dire que les allégations de vengeance attribuées au général Diendéré n’étaient pas fondées. Le général dit-il au lendemain des événements de 2011 est venu au rassemblement et à dit ceci : « j’ai pardonné. J’oublie ce qui s’est passé. J’ai tourné la page ». Pour lui c’est donc une affaire classée et oubliée. Le colonel pense que la presse devrait éviter de revenir sur ces affaires qui créent un climat de tension chez eux. 

La rencontre a eu lieu dans une ambiance de courtoisie et de respect mutuel. Outre les deux officiers du RSP, il y avait le président du tribunal, le colonel Sidi Paré, le commissaire du gouvernement le colonel Sita Sangaré et le Colonel Cissé de l’Information des armées.

 La rédaction

 


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