La culture heureusement

Publié le vendredi 18 octobre 2013

« La vie est chère. » Voilà une expression qui est devenue depuis quelques années un refrain, qui ponctue les conversations des Burkinabé. Dans un contexte de bérézina ambiante, le pays peine à sortir du peloton de queue des Etats classés par le Programme des Nations-Unies pour le Développement selon l’indice du développement durable. Au plan social, la moindre incompréhension entre individus suffit à mettre le feu aux poudres, plutôt au propre qu’au figuré. Face à l’ire des populations et aux révoltes ciblées, des mesures ponctuelles sont prises par les gouvernants pour soulager « ces aigris qui cassent et brulent à tout bout de champ. » ici on applique du mercurochrome (ça existe toujours ce machin ?) sur des gangrènes. Là on casse le thermomètre pour ne pas voir monter la fièvre. De toute façon, entre dingue et palu, les praticiens cafouillent. Les acteurs du Pouvoir maitrisent l’art du discours politicien, avec une virtuosité machiavélique. Ils n’hésitent donc pas à faire des promesses mirobolantes en sachant en leur for intérieur « que tout flatteur vit au dépens de celui qui l’écoute ». Et puis, lorsqu’ils ne sont plus aux affaires, les langues se délient dans les gargotes et autres troquets de nos cités. Alors, l’enfer, c’est les autres ! Le monde n’est qu’un gigantesque théâtre. Théâtre, musique, et autres manifs culturelles, voilà au moins ce qui donne du sel à l’existence. La culture comme disait le Français Edouard Herriot, c’est « ce qui reste quand on a tout oublié ». On pourrait l’imiter en disant que dans un océan de galère au quotidien, c’est ce qui donne goût à la vie. C’est ce à quoi s’accrochent de pauvres hères, pour ne pas sombrer dans l’abime. Au-delà de la conception anthropologique de la culture considérée comme étant l’ensemble des croyances, des systèmes de représentation, des rites, coutumes et attitudes sociales, l’expression culturelle à travers fêtes et loisirs est un antidépresseur qui donne le sourire quand tout va mal. Les burkinabé semblent l’avoir compris en développant des initiatives novatrices qui permettent aux différents arts du spectacle de donner du plaisir. Fitini Show, Faso Académie, les représentations théâtrales du Carrefour International du théâtre de Ouagadougou, de l’Atelier Théâtre Burkinabè, etc. nombreuses sont les activités culturelles qui permettent aux populations des villes et villages de joindre l’utile à l’agréable. En effet, les artistes qui se démènent souvent avec des bouts de ficelles pour tenir des spectacles hauts en couleurs, savent allier avec dextérité le ludique au didactique. On trouve ainsi sur des scènes de spectacles des engagements plus poignants de véracité que les discours enflammés de professionnels de la politique en manque de gloire. Les populations du Burkina Faso, pays pauvre très endetté, ont su développer depuis très longtemps, des actions culturelles dignes d’intérêt. Musiciens, hommes de théâtre, artistes plasticiens chacun à sa manière essaye de mettre son art sur les podiums de la reconnaissance. Il y a quelques années encore, les centres culturels de certaines coopérations étrangères étaient les seuls à avoir pignon sur rue dans ce domaine. Alors, lorsque les expatriés partaient en vacance, les lanternes culturelles se mettaient en veilleuse. Les associations nationales ont désormais occupé le terrain, au point qu’il n’y a pas de répit temporel pour l’expression culturelle au Faso. Les vacances scolaires étant du reste la période propice à l’expression des arts et de la culture. Ces engagements individuels et collectifs pour la promotion culturelle nationale manquent le plus souvent du soutien de l’Etat qui, lui-même réserve un budget corsé (moins de 0,3% du budget national) au ministère en charge de la culture. Du coup la redistribution devient problématique. Alors, les associations, les promoteurs privés et les artistes sont obligés de se tourner vers les sponsors, dont les plus disant sont les représentations des coopérations bilatérales et multilatérales. On tend la sébile dans un domaine de souveraineté nationale. Chapeau bas au passage à la nouvelle direction de la semaine nationale de la culture (SNC), qui a su engager un partenariat gagnant-gagnant avec les opérateurs économiques privés nationaux, pour le financement en partie de la 17ème édition qui se tiendra à Bobo Dioulasso du 22 au 29 mars 2014. Dans une situation de déprime sociale généralisée les pouvoirs publics gagneraient à investir davantage dans les actions culturelles. Voltaire disait : « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». On pourrait lui emprunter sa formule en signifiant que la « culture (rites, fêtes et loisirs) éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et la perte du soi » Il ne faudrait donc pas raisonner concernant la culture, en termes uniquement de capacité à rapporter des espèces sonnantes et trébuchantes dans les caisses de l’Etat. Si ça marche de ce côté c’est bon à prendre. Ce que la culture rapporte à un peuple est plus que des biens matériels immédiats, périssables. C’est grâce à un véritable encrage dans leur culture que des pays comme la Chine, le Japon, etc. ont construit une économie qui titille celle des sommets du monde. C’est pourquoi, tout pays qui croit en l’Homme doit investir dans la promotion de la culture en ayant à l’esprit que l’on ne vit pas que de pain. La sauvegarde du patrimoine culturel immatériel des peuples est un facteur important pour leur survie identitaire. Cela contribue à décupler la confiance qu’ils ont en eux et donne l’énergie pour la vie. « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » disait le poète V. Hugo. La culture est donc cette sève nourricière qui donne de la vitalité aux hommes dans leurs actes quotidiens. Elle libère leurs esprits afin qu’ils osent s’inventer un avenir radieux. Culturellement vôtre !

Ludovic O Kibora

 


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