Le Démon du midi !

Publié le vendredi 18 octobre 2013

On ne sait d’où il sort mais il frappe fort et de plein fouet les familles.

D’Abidjan à Ouaga, d’Ottawa-Montréal à Toronto, Paris-Bruxelles, de New York à Washington, on le retrouve en pleine action. Partout, c’est la détresse, l’impuissance, les larmes avec des histoires à vous faire fendre le cœur.

Lui, c’est le démon du midi[1].

Ca cible préférée est les hommes au début de la cinquantaine, ou en plein milieu de la quarantaine[2]. Du jour au lendemain, ils se transfigurent, deviennent méconnaissables à leurs proches comme s’ils s’étaient tout à coup dédoublés. On croirait avoir en face leurs sosies mais c’est bien eux.

Ils ne sont plus là, présents à leurs familles mais plutôt ailleurs. A cet âge où la vie de couple, de famille devrait être sereine, paisible, où on s’attendrait à vieillir ensemble, c’est la tempête et de forts vents qui font chavirer les barques.

C’est devenu tellement récurrent qu’on a même peur de demander après tel couple ou telle famille pour ne pas recevoir la réponse tant redoutée :

-Éché ! Il est parti ho. C’est fini ça. Ils ont divorcé depuis (iiiiiiiiiiiii).

La situation partout où l’on passe est si inquiétante car ça touche aussi les jeunes couples qui, à peine après trois de mariage avec des enfants se séparent[3].

 Tout ça, à cause de quoi ? Le démon du midi. Des messieurs au mitan de leur vie desquels on aurait attendu plus de sagesse claquent tout, un beau matin, famille, enfants, maison pour des midinettes rencontrées sur Internet, en voyage, en boîte, au restaurant, même à l’église ou dans le cadre de leur travail.

Si encore, ils se contentaient de partir seulement, eux, non, ils mettent la femme légitime dehors avec enfants pour vivre leurs nouvelles amourettes. Quid de tout le monde. SDF, ces femmes et enfants deviennent. Cela se passe chaque jour au Burkina, en Côte d’Ivoire, et aussi étonnant que cela puisse être dans des pays de droits des femmes comme le Canada, la France, la Belgique, les États-Unis. Pendant mon dernier séjour à Niamey, une amie d’ici a vécu le cas. Son mari, lors d’un voyage en Thaïlande s’est entiché d’une midinette thaïlandaise qu’il a ramenée au Canada. Il ne se souvenait plus avoir ni femme ni trois beaux enfants de cette union mixte. Du jour au lendemain, il a mis tout le monde dehors sans jugement de cour, sans divorce, ni aucune procédure légale. Le malheur pour cette dame (pas beaucoup au fait des lois) est qu’ils n’étaient pas légalement mariés[4] mais vivaient sous le statut de conjoints de fait[5]. Quand il y a séparation et que la femme n’avait pas pris le soin de signer un quelconque contrat légal, elle n’a absolument rien car pas reconnue. Or, mon amie a fait une énorme connerie (y a pas d’autre mot, je suis désolée) le jour de l’achat de leur maison. Elle n’a pas fait ajouter son nom sur le contrat d’achat. Ils sont mariés depuis 21 ans et c’est l’âge de leur premier fils. Résultat, quand Mr a décidé du jour au lendemain de changer de femme comme d’une voiture, elle s’est retrouvée tout simplement dans la rue avec ses enfants[6].

Mr qui trompait déjà Madame sous le toit et dans le lit conjugal lorsque celle-ci était au boulot est maintenant installé avec sa Thaï dans la maison qu’elle a contribué à acheter et à maintenir en payant les hypothèques. 21 ans de vie commune dont plus de la moitié de galère et au moment où elle pensait enfin jouir des fruits de son labeur, la voilà SDF. Je ne veux pas être cynique mais j’ai vu l’évolution sociale du mari. De modeste, il est devenu soudainement hautain. Et c’est un cas bien répandu sous nos cieux en Afrique que lorsque le statut socio-économique de certains hommes change, la première victime à en subir les désavantages, ce sont leurs femmes qui ont galéré avec eux durant des décennies et qui deviennent tout à coup indignes de leur nouveau statut. Elles deviennent vieilles, pas à la page et pas montrables à leurs nouveaux cercles d’amis. Ils s’en débarrassent donc comme d’une poubelle et roulent ; mais cela arrive aussi dans des pays développés. En Belgique, un couple mixte légalement marié depuis plus de 30 ans avec enfants, la dame africaine se retrouve dans la rue, perdant tout parce que le démon du midi a frappé ce monsieur dans la soixantaine qui a maintenant préféré une ‘’freshnie’’. Mais la différence avec nos pays est que les recours légaux fonctionnent là-bas et elles pourront, à défaut de tout récupérer, avoir au moins la prise en charge des enfants[7]

Ce qui n’est pas le cas de cette pauvre dame de Ouaga. Une maman dans la soixantaine avec 4 enfants, à la rue du jour au lendemain et puis dans un célibatorium quand elle a pu trouver quelque chose ; un jugement a été rendu en sa faveur mais toujours non exécuté après 10 ans. Une autre, une jeune de dame dans la mi-trentaine. Mariée depuis 10 ans, est affectée en province dans une ONG. A son retour, Mr a installé une autre femme dans sa maison, et non content de ça, a vendu sa moto qu’elle avait laissée en partant et mis ses affaires dehors. Jugement de cour. Le divorce a été rendu aux torts totaux du Mr condamné à payer des dommages et intérêts élevés. 9 ans après, elle n’avait reçu aucun centime et Mr gambadait joyeusement dans Ouaga, tranquille.

Des vies inutilement brisées par des inconscients qui ne réfléchissent plus, emportés par la satisfaction à tous les coûts de leurs plaisirs égoïstes y compris de sacrifier leurs propres enfants sur les autels de leurs nouvelles passions.

Ces histoires sont tellement désespérantes et déprimantes les unes comme les autres qu’une maman africaine à Montréal m’a dit : << Ma fille, je pense que tous les prédicateurs de toutes les dénominations, prêtres catholique, pasteurs protestants et Imams doivent se mettre ensemble et régler ce problème par la prière, les exhortations et des séances d’exorcisme car c’est le démon qui frappe. Ils devraient oublier toutes leurs dissensions et s’occuper de ce problème urgent car sans familles, y aura même plus d’Église ni de nations. >>

Ce qui me frappe chez toutes ces femmes, c’est leur courage moral, mental à toute épreuve.

Leur force spirituelle et leur foi sont admirables. Toutes sont croyantes, pratiquantes et très engagées dans leurs communautés. Certaines ont choisi de faire valoir leurs droits en justice, d’autres balancent entre leur foi et la loi mais d’autres aussi ont carrément choisi la foi. L’Antillaise est même allée jusqu’à écrire une lettre à son ‘’bandicon’’ d’époux indigne et infidèle lui pardonnant mais encore plus, lui demandant elle-même pardon pour ce qu’elle aurait commis comme fautes durant leur vie commune et le remerciant pour tout ce qu’ils avaient vécu de beau et de merveilleux et des enfants qu’ils ont eu ensemble. Waho ! Y a des saintes vivantes sur cette terre.

Moi, j’ai déjà dit à Jésus que c’était impossible d’être saint sur cette terre-là et demandé à Ste Thérèse de L’Enfant Jésus comment elle avait fait car malgré toutes vos bonnes volontés d’aspirer et de tendre vers le ciel, y aura toujours des gens et surtout dans votre entourage qui vont vous en empêcher et vous ramener sur terre par leurs actions diaboliques.

Certes, seul avec notre force humaine, c’est impossible. Alors, la prière ?

La prière peut tout, non ?

Alors, Chrétiens, Chrétiennes, musulmans, musulmanes, animistes du Burkina Faso et d’ailleurs quittez dans la politicaillerie et priez. Occupez-vous des familles en détresse car une nation est formée d’individus et de familles. Avec des familles en déliquescence, y aura plus de nation, ce n’est pas compliqué. Et donc pas d’endroit où appliquer tous les soi-disant bienfaits ressassés par les thuriféraires du Sénat.

Al Salamamékoum !

Angèle Bassolé, Ph.D.

Écrivaine et Éditrice, Ottawa, Ontario.Angelebassole@gmail.com

[1] Est désigné ainsi

[2][2] Mais il y aussi des hommes dans la même détresse dont les histoires m’ont fait pleurer.

[3] Un ami prêtre m’a confié avoir marié un couple qui s’est séparé tout juste après une semaine. Je lui ai dit avec mon franc-parler que c’était lui qui était à blâmer.

[4] Même légalement mariés en biens communs et monogamie, ces hommes qui ne raisonnent plus du tout font exactement la même chose. 

[5] Que moi j’ai toujours cru être une avancée en matière de droits des femmes. Que nenni !

[6] Et encore chanceuse, sa mère, dans la même ville l’a recueillie avec ses petits-enfants.

[7]Car ces messieurs qui ont perdu totalement le Nord ne se souviennent plus qu’ils doivent nourrir des enfants ni honorer leurs devoirs de père. Ce Mr à l’asiatique ne s’est même pas donné la peine de venir à la graduation de son fils aîné (moment ô combien important pour les jeunes de pouvoir afficher fièrement leur réussite et diplômes devant parents et amis.) Non, Mr a plutôt choisi d’aller offrir ce même jour à sa nouvelle dulcinée une auto-sport. Rien que ça. Conséquence, l’enfant déçu et en crise a refusé de continuer ses études et n’est pas allé à l’université comme prévu.


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