Mesures contre la vie chère : Le gouvernement est attendu au pied du mur !

Publié le vendredi 18 octobre 2013

Eblouissant, le spectacle offert par la chaîne du plaisir partagé ce mercredi 11 septembre. Dans une mise en scène volontiers sensationnelle, le ministre de l’Economie et des Finances a dévoilé le contenu des mesures gouvernementales destinées à lutter contre la vie chère. Dix mesures sociales d’un coût d’environ 65 milliards de FCFA : « relèvement des indemnités de logement et de suggestion de tous les agents de l’Etat et des Etablissements publics de l’Etat pour compter du 1er juillet 2013 ; revalorisation des salaires de tous les travailleurs du secteur public et privé à travers l’allègement de l’impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS) pour compter du 1er octobre 2013 ; recrutement de 83 720 jeunes et femmes pour les travaux à haute intensité de main d’œuvre (HIMO) ; revalorisation de la rémunération des brigades vertes des communes et la formation aux métiers et en alphabétisation ; recrutement de 3000 volontaires adjoints de sécurité de 18 à 25 ans ; octroi de crédits d’investissement et d’installation pour le financement de l’auto emploi des jeunes diplômés à hauteur de un milliard de Francs CFA ; mise en place de 140 boutiques témoins dans la perspective du contrôle des prix du riz et du maïs ; renforcement des infrastructures universitaires par la construction de centres universitaires, de bâtiments pédagogiques et d’un restaurant universitaire de 300 places ; accompagnement des étudiants par le relèvement des aides et prêts FONER respectivement de 150 000 à 175 000 francs CFA et de 200 000 à 225 000 francs CFA pour compter de l’année universitaire 2013-2014 ; consolidation des filets sociaux en faveur des groupes vulnérables notamment : appui alimentaire à 500 000 personnes indigentes dans les 45 provinces, soutien aux orphelins et enfants vulnérables, insertion de 2000 enfants et jeunes en situation de rue, prise en charge sanitaire de 3690 personnes âgées , soutien à 1125 projets individuels de personnes âgées, prise en charge sanitaire de 18 450 personnes handicapées à travers les mutuelles de santé, appui à la prise en charge psychosociale intégrée de 450 enfants handicapés, soutien à 1 125 projets individuels de personnes handicapées. » Impressionnant n’est-ce pas ? Le but de l’exercice était en tout cas de produire de l’effet et en cela il est atteint. Certes, on peut toujours dire que devant l’ampleur des attentes sociales, ce n’est qu’une goutte d’eau dans la mer. Il n’empêche que de mémoire de burkinabè, c’est inédit. Si ces mesures sont effectivement appliquées, nul doute qu’elles permettront à de nombreux burkinabè de souffler un petit peu et ce n’est pas négligeable ! Cependant, la principale faiblesse de ces mesures tient au fait qu’elles ne sont ni structurelles ni structurantes. Ce sont des mesures peut-on dire sans lendemain. L’annonce a été si soudaine et l’application si immédiate qu’il va être difficile d’optimiser le rendement. C’est le cas en particulier du recrutement des 83 720 jeunes pour les travaux à haute intensité de main d’œuvre. Les maires des communes se retrouvent avec des sommes dont nombre d’entre eux n’ont jamais pu disposer, au moins de cette importance, sommes qu’ils doivent consommer en seulement trois mois. Difficile, sans une étude approfondie, d’engager ces sommes dans des projets réellement structurants. N’aurait-il pas été plus judicieux de renforcer les budgets communaux quitte à assigner des objectifs très précis aux maires ? Enfermer des activités dans un timing aussi serré de trois mois, c’est s’interdire d’engager des projets d’importance réellement stratégique pour les communes. Que fait-on en effet des chantiers entamés et qui ne seraient pas finis dans les délais ? Où trouvera-t- on l’argent pour les achever puisqu’on ne dispose d’argent que pour trois mois de paie ? A-t-on prévu les situations de conflits sur les chantiers ? Comment pérenniser certaines de ces activités qui s’avéreront d’utilité publique ? Ce sont là autant de questions qu’une étude stratégique aurait permis de mieux gérer.

Croisons cependant les doigts pour que les choses se passent bien. Personne n’a envie que cette aubaine se transforme en fiasco dès lors qu’il s’agit de doter les villages de quelques investissements. Cependant, on devrait pouvoir tirer leçon de cette expérience, unique par son ampleur et sa forme, pour l’avenir. Espérons que ce ne soit pas une opération politicienne sans lendemain destinée à résoudre des préoccupations de court terme. On ne peut en effet ignorer le contexte dans lequel ces mesures gouvernementales sont tombées. En pleine contestation du sénat où les velléités de révision de l’article 37 continuent d’habiter certains esprits, il peut être tentant de chercher à empêcher la jonction du mouvement social et du mouvement politique. Avec ces mesures, il devient plus difficile d’attaquer le gouvernement sur le front social. Mais une chose est d’annoncer des mesures, une autre est de les appliquer avec efficacité. Sur ce point le gouvernement est attendu au pied du mur. Que le gouvernement veuille en tirer un bénéfice politique est tout à fait compréhensible. L’essentiel pour les bénéficiaires et pour le pays est qu’elles aient pu servir réellement. On en saura davantage à l’heure des bilans.

 


Commenter l'article (3)