SOFITEX : Des travailleurs dénoncent le viol de la convention collective

Publié le lundi 30 septembre 2013

Ça grogne dans le milieu des agents techniques coton. Dans un texte apocryphe parvenu à notre rédaction, des agents de la Sofitex dénoncent un « apartheid » au sein de l’entreprise où tout semble être mis en œuvre pour bloquer leur promotion. Recrutés en trois vagues successives (1997, 1998, 2005) les 287 Agents Techniques Coton (ATC) n’ont pas connu depuis, une réelle promotion dans leur carrière. Pourtant, dans les autres directions, il en va autrement. Pourquoi un tel traitement discriminatoire, se demandent-ils ?

A la Sofitex la grille de classification des travailleurs comporte trois catégories. Au bas de l’échelle il y a la catégorie employés/ouvriers subdivisée en 8 classes. Au milieu il ya la catégorie Maîtrise qui regroupe les agents de maîtrise. Celle-ci comporte trois classes. Enfin, il y a la catégorie Cadre qui comporte 4 classes. Le niveau exigé pour le recrutement des ATC est le CAP ou le BEPC. Concernant la promotion des agents, elle s’effectue de deux manières. On peut évoluer à l’intérieur de sa catégorie suivant des conditions bien définies, en migrant à travers les différentes classes, mais on peut aussi évoluer par changement de catégorie. Ainsi il est possible de passer de la catégorie employés/ouvriers à la catégorie Maîtrise ou de la catégorie Maîtrise à la catégorie Cadre. D’une manière générale, le passage de classe ou de catégorie exige deux conditions : le savoir faire et/ou le diplôme. Cette perspective de carrière conditionnée par le diplôme a été cause d’engouement, en particulier au niveau des ATC et des correspondants coton pour la recherche de diplômes supérieurs qui leur ouvriraient la porte à une évolution significative dans leur carrière. La frustration de nombre d’ATC s’explique notamment par le fait que cette fenêtre d’opportunité tarde à s’ouvrir, alors que certains d’entre eux ont investi dans des études à cette fin. En 16 ans de carrière, les plus anciens ATC de la cuvée 1997 n’ont bénéficié que d’un seul test de recrutement interne. C’est en 2001, qu’un avis de recrutement de seulement 10 correspondants coton (CC) parmi les ATC avait été lancé. Insuffisant pour combler les attentes. Le 11 avril 2011, la direction de la Sofitex a publié un avis de recrutement interne de trois chefs de zone (CZ), 22 correspondants coton (CC) et 20 agents techniques coton (ATC). Les agents techniques coton voyaient enfin une lueur dans leur carrière. L’avis précise que le recrutement se fera par voie de sélection sur dossier suivi d’un test écrit et oral des candidats présélectionnés. En outre, les candidats admissibles devront subir un stage probatoire couvrant la campagne 2013/2014. Plus de cinq mois après, les résultats de la présélection ne sont toujours pas connus. Au niveau des candidats, l’inquiétude commence à monter. Les ATC en particulier pensent que ce silence n’est pas anodin, d’autant qu’ils notent en ce qui les concerne que la condition de diplôme exigée pour faire acte de candidature au poste de correspondant coton a été supprimée, toute chose contraire à la disposition de la convention collective y relative. Ils notent en outre relativement au recrutement des correspondants coton et des chefs de zone, l’obligation faite d’être à jour sur les dossiers portant sur des activités comme les données des campagnes 2011/2012 et 2012/2013, les listes des membres des GPC exigées par le service informatique, les superficies nominatives des producteurs par GPC et par centre d’activités. En somme, de véritables épreuves pratiques visant à sélectionner les agents les plus performants sur le terrain. Serait-ce pour cette raison que la suppression de la condition de diplôme éveille tant de suspicion parmi les ATC ? Vise-t-on des agents en particulier ? Certains y croient dur comme fer. Ainsi lit-on dans le document déjà cité : « Dans le groupe des ATC, nombreux sont aujourd’hui détenteurs d’un BAC+2, BAC+3 et même d’un BAC+4 et cela dans divers domaines… Ces ATC qui rêvent de devenir « quelqu’un » un jour sont taxés de tous les maux aujourd’hui : absentéistes, paresseux, indisciplinés, des agents qui ont laissé le travail pour aller étudier… »Pourquoi une telle attitude lorsqu’il s’agit des ATC alors qu’il n’en va pas de même à l’endroit de travailleurs d’autres directions (Direction Industrielle, Direction des Transports et de la Logistique, Direction Commerciale, Direction des Finances et de la Comptabilité etc.) qui ont aussi acquis des diplômes en cours de carrière, se demandent-ils ? Les plaignants introduisent un point nouveau dans le débat : pourquoi ne pas offrir la possibilité aux ATC qui remplissent certaines conditions, en particulier la condition de diplôme de postuler à un poste de cadre supérieur ? On pourrait ainsi passer de la position d’ATC à celle de chef de zone sans nécessairement transiter par correspondant coton. Ce ne serait d’ailleurs pas une première affirment-ils, puis que à FASO COTON, c’est déjà le cas. L’arrivée de Jean Paul Sawadogo à la Sofitex avait fait naître de nombreux espoirs. Mais un an après la situation semble être au désenchantement : « Nous ne comprenons plus rien, écrivent-ils, car un an après la signature de la circulaire N° 0035* du 16 juin 2012, rien n’a été appliqué conformément à cette note jusque là. Nous ne savions plus si nous pouvions faire confiance à vos écrits, tout simplement si nous pouvons vous prendre au sérieux. Nous souhaitions que vous mettiez véritablement de l’ordre dans la maison que vous êtes venu trouver trop sale avant de partir vous reposer dignement ». Par ailleurs, les plaignants pointent du doigt les syndicats et leurs responsables qui n’ont pas levé le petit doigt pour dénoncer la violation d’une disposition de la convention collective. Pas étonnant observent-ils à l’endroit d’un responsable syndical en particulier devenu cadre CIII avec seulement un BAC, alors que des ingénieurs totalisant 18 ans de carrière se trouvent bloqués comme agents de maîtrise. Si ce n’est pas de la corruption, ça y ressemble !

Apparemment l’espoir n’a pas totalement disparu malgré les récriminations indignées des plaignants. Le nouveau secrétaire général, Jonas Bayoulou semble bénéficier d’un préjugé plutôt favorable à leurs yeux : « Tout le monde reconnaît que vous êtes bon et que vous êtes un grand technicien capable d’opérer le changement attendu. Nous attendons tout simplement de voir de quoi vous êtes capable pour le déblocage de la situation embarrassante, anormale que les agents de la Direction du Développement de la Production Cotonnière (DDPC) vivent (l’injustice et la discrimination). »

Germain Nama

Réponses de la sofitex

Nous avons saisi la direction générale de la Sofitex sur la plainte des ATC. Voici les réponses qui nous sont parvenues

Observations sur la plainte des ATC relative à leur carrière

 

1- Du recrutement en 2002 et 2005

A titre d’information, signalons que le dispositif-terrain de la SOFITEX est composé comme suit :

- les Agents Techniques Coton (ATC)

- les Correspondants Coton (CC)

- les Chefs de Zones (CZ)

- Les Chefs de Régions (CR)

Cela étant, et pour revenir aux différents recrutements opérés, il est bon de savoir que les premiers Agents Techniques Coton (ATC) ont été recrutés respectivement en 1997 et 1998. Par la suite, et pour répondre à des exigences du moment, il a été procédé dans un premier temps en 2002 au recrutement de 12 Agents Techniques Coton en qualité de Correspondants Coton. Et ensuite en 2005, c’était au tour des Correspondants Coton d’être recrutés comme Chefs de Zones.

Comme on peut le constater, ces différents recrutements ont suivi la logique qui exige le respect des étapes. Or, si l’on s’en tient à celle des plaignants, ces derniers voudraient que le recrutement des Chefs de Zones soit ouvert aux Agents Techniques Coton sans qu’ils aient à franchir l’étape des Correspondants Coton.

Ce qu’il y lieu de préciser, c’est que outre la spécificité du dispositif-terrain dont nous avons parlé plus haut, les Correspondants Coton sont recrutés sur la base d’un diplôme de niveau Bac +2. C’est après un certain nombre d’années d’ancienneté à cette fonction qu’ils peuvent passer un test pour devenir Chefs de Zones ou CES ou formateurs. C’est ce qui ce passe du reste dans toutes les fonctions de l’administration publique. Ce qui, à titre d’exemple, signifie que même muni d’une maîtrise, un agent des impôts ne peut s’inscrire directement au concours professionnel des inspecteurs. Idem à la Douane ainsi qu’aux Eaux et Forêts. Il y a certes le cas de l’Enseignement de Base, où un IP peut souscrire directement au concours des Inspecteurs sans passer par le cap des conseillers. Encore que là également, il faut non seulement avoir l’ancienneté des IP, mais aussi être dans la fourchette de la limite d’âge requise pour les concours professionnels. 

 

2- Des nominations à des fonctions supérieures effectuées dans certaines directions centrales de la SOFITEX

Les recrutements sont faits en fonction des besoins de chaque service. L’organisation des activités dans une fonction administrative n’est pas la même que celle de l’encadrement agricole. Les Agents Techniques Coton ont été recrutés niveau BEPC pour un travail bien donné. Ils peuvent progresser dans leur corps de métier comme Correspondants Coton, Chefs de Zones ou même Chefs de Régions. Cependant, sur la base de leur diplôme ou de leur expérience, ils peuvent également faire une mobilité vers d’autres fonctions.

C’est ainsi que outre les fonctions de Correspondants Coton, on retrouve présentement d’anciens Agents Techniques Coton à des postes très prestigieux parmi lesquels les chefs de services, les comptables, les caissiers, les gestionnaires, les chefs d’équipes production et les chefs d’usines. Toute chose qui bat en brèche les propos selon lesquels les ATC ne bénéficient pas de promotion au sein de la société. 

3- Du test interne de recrutement

Il faut savoir que le test interne dont il est question avait été initialement lancé en 2011. Mais suite à certaines insuffisances, il a été relancé en 2013, avec des critères bien définis, qui permettaient aux Agents Techniques Coton de concourir.

C’est dire qu’en ce qui concerne le poste de Chefs de Zones, il y a lieu de signaler que dans la mesure où tous les CC sont titulaires d’un BAC plus 2 (M3) dans la convention collective ou simplement d’un BAC, on ne saurait les recaler pendant qu’on permet à des ATC, titulaires uniquement du BEPC, de postuler à un poste de Correspondant Coton.

 

4- De la dotation des motos

La problématique de l’opération visant à doter les agents de motos a été expliquée aux représentants du collectif des Agents Techniques Coton. Sauf mauvaise fois, une grande partie d’entre eux a compris et salué l’importance de l’effort financier consentis par la Direction générale pour leur permettre d’acquérir ces moyens de locomotions indispensables, alors que la maison traversait une situation économique délicate.

 

5- Du recrutement CZ ouvert aux ATC

En se référant aux éclairages donnés tantôt, et dans le souci de ne dire que la vérité rien que la vérité, il ne faut aucunement penser que le test de recrutement des Chefs de Zones peut être ouvert aux Agents Techniques Coton, alors qu’au même moment attendent 54 Correspondants Coton nantis d’un Bac +2, parfois avec au moins plus de 15 ans d’ancienneté dans cette fonction.

On nous dira qu’il y existe des ATC qui disposent d’un Bac +2. Oubliant de préciser au passage que ce diplôme a été obtenu en cours de carrière, sans être forcément du domaine agronomique

 6 - De la discrimination

De par les résultats qu’elle attend, notamment sur le terrain, la SOFITEX ne saurait en aucun cas faire de la discrimination au niveau des recrutements, fussent-ils par le biais d’un cabinet indépendant. Il faut simplement retenir que la Direction générale a exprimé sa confiance en ceux qui sont venus par voie de test interne ou externe, et qui font leurs preuves aux postes de responsabilité à eux confiés.

7- En résumé

Les Agents Techniques Coton constituent le plus grand effectif commis aux activités (220) de la SOFITEX. Recrutés très jeunes avec en général un niveau BEPC, il va s’en dire qu’après 16 ans de service, des difficultés et des incompréhensions liées à la gestion des carrières ne manquent pas.

Nous sommes conscients que c’est avec une certaine appréhension qu’ils jugent légitimes que cette catégorie d’agents souhaite évoluer sur le plan professionnel. C’est pourquoi les premiers responsables de la SOFITEX ont décidé de mener la réflexion sur cette problématique.

En tout état de cause, et fidèle à sa politique de transparence et d’équité, la Direction Générale, et particulièrement la Direction en charge des Ressources Humaines reste toujours disponible pour toutes fins utiles.

Le DRHA

*Il s’agit de la circulaire portant dispositions applicables aux intérims


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