A ne rien comprendre !

Publié le lundi 30 septembre 2013

Ceux qui nous gouvernent aiment-ils vraiment ce pays ? Evidemment. Ils ne ratent pas l’occasion de le professer. A regarder de près cependant, cet amour pourrait ressembler à celui du cheval et du cavalier. Certaines décisions conduisent franchement à se poser des questions.

Au conseil des ministres du 1er août dernier, le gouvernement a pris la décision de donner le marché des cartes consulaires biométriques à une société, SNEDAI-BURKINA, par le biais du mécanisme du partenariat public-privé. Sauf qu’on a beau chercher sur le net, la société SNEDAI-BURKINA n’existe pas. Par contre SNEDAI-Côte d’Ivoire existe. Elle est même dirigée par Adama Bictogo, un proche de Alassane Ouattara, bien connu des ivoiriens. Le gouvernement a-t-il été floué ou est-ce le gouvernement lui-même qui fait du faux ? En cherchant encore plus attentivement on découvre la « vraie vérité » sous la plume de notre confrère Kantigui, de Sidwaya qui écrit ceci dans sa livraison du 21 août 2013, soit trois semaines après la décision du conseil des ministres : « le gouvernement du Burkina Faso et la société privée Snedai groupe appartenant à un conglomérat d’hommes d’affaires ivoiriens dirigé par l’ancien ministre de l’Intégration ivoirienne Adama Bictogo, ont conclu la semaine dernière, un accord pour la confection de nouvelles cartes consulaires pour les burkinabè de Côte d’Ivoire… »

C’est clair, c’est donc un dol. Il n’y a pas de Snedai-Burkina. Et même quand il existerait, le gouvernement est-il conséquent avec lui-même en prenant pareille décision ? Il a créé l’ONI pour s’occuper de toutes les opérations en rapport avec les questions de production de document biométrique. L’ONI, actuellement traverse une sérieuse mauvaise passe économique. Pourquoi ne pas lui attribuer ce marché ?

Quand on pose la question, au gouvernement on vous répond que par le biais du mécanisme public privé, l’opération ne va rien coûter à l’Etat. Soit ! Mais dans le cas de figure on a passé un marché à un privé qui va se payer sur le dos des Burkinabè de Côte d’Ivoire. C’est cette société qui va fixer les prix des cartes consulaires. On sait approximativement le nombre de cartes à produire, environ 6 millions de cartes consulaires. En partant d’un prix moyen de 10 000 f cfa la carte, (les burkinabè de Côte d’Ivoire ont les moyens) la société va se faire un chiffre d’affaire d’environ 60 milliards de francs cfa. Le partenariat Public-privé suppose réciprocité. Un procédé « gagnant-gagnant ». Que gagne l’Etat Burkinabè dans cette affaire ? La construction annoncée de la Maison du Burkina dans le même compte rendu ? Cette maison va-t-elle nous coûter 60 milliards ? Impensable.

Et même ! Imaginons que l’Etat procède autrement et confie le marché à l’ONI, une structure nationale. Elle réalise le chiffre d’affaire de 60 milliards de francs cfa. Elle règle son problème actuel et dégage suffisamment de bénéfice pour que l’on construise la même Maison du Burkina. Qui gagne ? C’est le Burkina non ?

Je vois d’ici, le rictus en coin des « gens biens » de la république. Ce journaliste n’a rien compris aux choses. C’est possible. Dans quelques jours, il faudra à l’Etat qu’il trouve de l’argent pour renflouer l’ONI, qui va crouler autrement. Et puis la question des données personnelles qui sont inviolables ? Qu’est-ce que le gouvernement en fait ? C’est quand même son devoir de veiller à la protection des Burkinabè non ? En passant ce marché par le procédé annoncé, à un privé ivoirien, même rompu à la fabrication des passeports, qu’est-ce qui garantit qu’il va respecter le secret obligatoire et constitutionnel des données personnelles des burkinabè qui viendront se confier à lui ?

Il y a un problème dans ce « Burkina qui avance ». C’est le refrain que nos premiers ministres se passent, en passant service. Luc Tiao a cru bon de le répéter encore dans son émission télévisée du 17 septembre dernier. Bien leur en fasse, alors ! Pourvu qu’en avançant ils ne nous emportent pas dans le tourbillon du mensonge et de la cupidité. 

 


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