Le Balai citoyen !

Publié le mardi 24 septembre 2013

Il fallait être un artiste pour trouver un symbole aussi parlant. Ces deux artistes qu’on ne présente plus pour leur engagement politique, ont décidé de descendre dans l’arène, avec un mouvement politique. Avec tous les risques qui vont avec. A la question quel danger guette le mouvement Balai Citoyen ? « Qu’on nous tue par exemple » répondent-ils en chœur. Smokey et Sams K sont venus nous voir. Pendant deux heures, ils nous ont parlé du Balai, de leurs convictions. Pour ne pas perdre une miette de cette longue interview nous avons décidé de la diffuser en deux fois. La première partie qui évoque la création du mouvement et les idées forces qu’il défend sont à lire dans la présente livraison de L’Evénement. La deuxième partie vous sera livrée le 25 septembre prochain. 

Sams’k Le Jah et Smokey, les initiateurs du Balai citoyen (ph : Evénement)


De l’engagement de l’artiste à travers la musique à la descente dans l’arène, comment s’est fait le saut ? 

Smockey : On a compris depuis un certain temps qu’il fallait joindre l’acte à la parole. Et on a commencé par des films, des projections débat en collaboration avec la boîte de semfilm. On allait dans les provinces, dans les amphis projetés des films avec des thématiques un peu provocatrices. Et ça faisait naitre un débat au sein de la population et il fallait se défendre. Et là en rencontrant les gens on voit qu’il ya de vrais besoins. On se rend compte aussi que notre message ne passe pas toujours bien dans certaine couche de la population. D’autre aussi sont plus réceptives. 

 Et le frangin (parlant de Sams K le Jah) m’avait parlé de son balai et j’ai dit, tient ! Mais c’est une très bonne idée. Et de l’instrument du balai on est passé au mouvement lui-même balai « citoyen » pour donner la consonance politique. Ce n’est pas un parti politique mais c’est un mouvement politique qui veut se donner les moyens de gérer la chose publique en contrôlant ceux-là qui nous gèrent car ils sont là pour travailler pour nous. Nous pensons que le seul moyen par lequel ils nous entendent c’est le terrain politique. Ils ont besoin de sentir qu’il ya une pression populaire pour pouvoir changer les choses. La seule différence c’est qu’on ne cherche pas à gérer le pouvoir politique. On pense qu’il est mieux de rester à notre place, c’est-à-dire rester artiste musicien. Ce qui nous importe c’est de faire respecter les lois qui ont été établies par ces mêmes personnes là. Ils les respecteront s’il y a la pression.

Mais là la force de la musique n’aura-t-elle pas suffit ?

Smockey : La force de musique si ! La force de la musique est aussi importante que la force de l’écriture. C’est des choses qui sont très forte bien au contraire, mais qui sont beaucoup plus lente ; qui produisent des effets sur le long terme. Or là on a une urgence, un impératif. En 2015 tout bon patriote devrait déjà sans réfléchir commencer à retrousser les manches et se dire comment je vais faire pour réagir à la situation avant qu’elle n’explose. Mais on peut faire les deux, lui a déjà sorti son album et moi je prépare le mien toujours dans la même logique d’interpeller la conscience des gens et puis leur citoyenneté afin qu’ils mettent leur civisme en pratique même si ce civisme ce n’est pas celui que professe le pouvoir en place. Le civisme c’est payer aussi les impôts, respecter l’article 37, ne pas prendre le peuple pour un con, etc.

Sam’k le Jah : Pour moi la musique et l’engagement c’est une question d’équilibre ; c’est bien de chanter d’attirer l’attention des gens sur un certain nombre de sujets mais les gens d’en face ne se contenteront pas de vous écouter parler, il y a n’en qui auront plus de conviction en vous voyant aller au charbon, sur le terrain en ce moment ça va susciter chez un certain nombre de personne de l’action. C’est comme Sankara a dit « tuez Sankara et demain 1000 Sankara naitront ». Parce que les discours, les textes écrits c’est bon ; même si on dit que la force de la parole peut déplacer les montages, l’action est encore mieux surtout dans cette situation. Au-delà de l’art il faut poser aussi des actions concrètes. Moi depuis un certain nombre d’année je fais des reboisements et autres actions. La musique à elle seule n’est pas suffisante. Il y a des personnes qui veulent voir du concret et c’est ce qui va les amener à des actions. Donc il faut arriver à concilier les deux.

Oui mais il y a n’en qui disent que depuis que Sankara est mort on ne voit pas les 1000 Sankara qui devraient naitre.

Sam’k le Jah : Quand Sankara le disait en son temps c’était comme une prophétie. Quant on regarde, qu’est ce qui a propulsé Sankara devant la scène politique ? C’est surtout toute la merde qu’on vit aujourd’hui. J’écoutais archive d’Afrique d’Alain Foccard où il y avait cette peinture de la période de Maurice Yameogo ensuite de Lamizana où il y avait la gabégie, les détournements, l’impunité… c’est cette même situation qu’on vit aujourd’hui. 

interview réalisée par l’Evénement, retranscrit par Hamidou Traoré


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