Rapport de campagne du candidat Alfred Y. Sawadogo

Publié le mercredi 25 septembre 2013

Son premier ouvrage avait pour titre : Ma première campagne électorale. Publié en 1979 et tiré à 200 exemplaires cet écrit reprend l’expérience électorale de l’auteur lors des élections législatives de 1978. Depuis, le virus de l’écriture ne l’a pas quitté…celui de la politique non plus. 

Puisque plus de trente ans plus tard, ce grand Monsieur bien connu au Burkina Faso comme activiste de la société civile dans le domaine du développement durable, est toujours un homme politique. Ce militant du RDA qui a témoigné de son admiration pour le président Thomas Sankara à travers un livre à lui consacré, est droit dans ses bottes en termes de principes d’appartenance à une famille politique, d’où une fidélité qui déroute plus d’un observateur de la scène socio-politique Burkinabè. « Comme en 1978, voilà que je suis interpellé en termes peu amènes sur la qualité de la ligne idéologique de mon parti. » écrit-il page 26. Alfred Sawadogo ne comprend pas pourquoi les gens ne comprennent pas sa vision des choses, lui qui en son temps a été pourtant bien compris par le Président Sankara. Alors, n’écoutant que son cœur et son esprit, il a voulu lors des élections couplées, de 2012, décrocher un strapontin pour l’hémicycle de l’auguste Assemblée nationale et en sus pour la mairie de sa commune. En politique comme du reste dans l’activisme social pour le respect des droits fondamentaux des hommes, les choses ne sont pas aisées. Ce sociologue et ingénieur qui a formé plusieurs générations de jeunes agriculteurs, le sait bien, du haut de ses 69 ans. Dans un passé récent, il avait voulu être chef de village afin d’apporter sa dose de lumière à l’éclairage des populations de son terroir. Lisez plutôt La chefferie coutumière à la croisée des chemins, du même auteur paru chez l’Harmattan en 2011. Pourquoi tant d’excitations lorsque par ailleurs on n’est pas motivé par la recherche d’une plus-value côté matériel et/ou financier ? Pour Alfred, la réponse est toute simple : ce sont des tribunes importantes pour mettre en œuvre des actions de développement. Pour le coup de 2012, le couteau était plutôt à double tranchant, dans le sens positif de l’expression. Le parti de Monsieur Sawadogo, n’interdisant pas le cumul des mandats, alors, le député Yambangba pourrait autant contribuer à l’adoption de lois sur le développement durable et les droits humains, que mettre en tant que maire, son expérience de développeur au profit de sa commune avec entrain. Ce retour en politique politicienne n’est pas sans fondement historique et l’auteur le confesse sans ambages. C’est pour contribuer à ennoblir ce milieu qui, au vu des actions sur le terrain a fini par dégouter plus d’un. Ni collabo ni partisan, l’auteur se veut juste, tout simplement : « Je déteste l’injustice et je m’indigne contre elle ; je prône la solidarité et le plus faible suscite naturellement ma compassion et mon soutien. Je suis chrétien avec toute la ferveur de l’humanité qui y est contenue. Je me mets en colère contre les dépenses somptuaires de l’Etat, contre l’organisation de centaines de séminaires et d’ateliers sur des thèmes rabâchés alors que de pauvres ruraux manquent souvent de l’essentiel(…) A certains moments de la vie de la nation, les meurtres politiques (comme celui du Président de l’Université de Ouagadougou, Oumarou Clément Ouédraogo, du journaliste Norbert Zongo et de ses trois compagnons de voyage dont son propre frère, du Capitaine Thomas Sankara ancien chef de l’Etat, etc.) les détournements crapuleux, l’impunité absolue, le règne de la médiocrité et la roue des nouveaux riches qui se pavanent dans les rues et boulevards de la 4ème République, tout cela repousse l’honnête citoyen de l’arène politique » confesse-t-il page 47. Entre profession de foi et chronique d’une course électoraliste, l’auteur donne avec des détails croustillants ses pérégrinations de 2012 en prenant soin de mentionner les noms des acteurs et les montants des dépenses. Celui qui voulait être député-maire de Tikaré, (situé à environ 135 kilomètres, au Nord de Ouagadougou), a été une fois de plus confronté à la dure réalité du jeu politique local. Intrigues, occultismes, corruptions et autres trafics d’influence ont pesé dans la balance contre lui. Résultat : Echec et mat ! « Ce 2 décembre 2012, vers 23h, quand les premiers résultats commencèrent à tomber, mon équipe et moi savions que la corruption, une fois de plus, avait pris. » Le constat est amer, mais le réveil est plein d’enseignements. Résultats, c’est 190 pages de documents didactiques publié par Harmattan Burkina que M. Alfred Y Sawadogo laisse à la postérité. Tout est dans le titre : Ma deuxième campagne électorale. Les élections législatives et communales du 2 décembre 2012 au Burkina Faso. Les leçons que j’en tire. Entre des choses connues et des pans d’autobiographie, il dépeint le tableau d’un Burkina Faso qui prône l’émergence, alors que la moindre perturbation du régime pluviométrique, expose des millions de pauvres hères à la pauvreté chronique. Histoires, actualités du social et de la politique, ce énième ouvrage de Alfred Sawadogo est une anthologie de la démocratie burkinabè vue du dedans avec en rab les résultats définitifs des législatives comme annexe. D’où son utilité à plus d’un titre. A bon entendeur…bonne lecture.

Ludovic O KIBORA


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