Et cette fois on fait quoi ?

Publié le mercredi 25 septembre 2013

Est-il possible de sortir du cul de sac des réformes politiques dans notre pays ? Apparemment nous sommes partis pour vivre les lendemains qui ont été ceux de la remise du rapport du collège des Sage et plus récemment le sort qui a été réservé aux conclusions des assises nationales, consécutives au CCRP.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Blaise Compaoré, en dehors des formules convenues de remerciement n’a pas été enchanté par le rapport du Comité de suivi. Avec Bongnessan aux manettes les formules ont été choisies avec minutie pour ne pas embarrasser le commanditaire. La délicatesse est allée jusqu’à refuser de proposer le quota de sénateurs que le président devrait nommer. On lui a juste suggéré de diminuer son quota pour que le total ne dépasse pas 71 sénateurs.

Il y a donc en permanence le besoin de ne pas heurter le président. Même quand on doit lui dire certains « gbê » (expression bambara qui veut dire vérité crue). C’est le cas par exemple quand ils n’ont pu faire autrement que de traiter de l’article 37 de la Constitution. Le comité a suggéré au président de réaffirmer que la mise en place du sénat n’allait pas aboutir à la révision de l’article 37.

Le drame de ce pays c’est qu’il se confond maintenant à Blaise Compaoré. On ne peut rien dire ni rien faire sans faire attention à ne pas le heurter. Parfois même sur des choses très banales. Lors d’une interview du président on avait accusé un des journalistes interviewers d’avoir croisé les pieds alors qu’il était assis devant le président. Certains n’ont pas craint alors de parler d’offense.

La réponse du président au rapport du comité de suivi sur l’opérationnalisation du sénat, est une fois de plus sibylline. Chacun l’écoute et comprend ce qu’il veut entendre. Les partisans du sénat disent que le président est d’accord pour la suite de l’opérationnalisation de l’institution qui devrait se faire au plus tard en octobre.

Ceux qui n’en veulent pas jubilent. Le président a fait marche arrière. Un discours excellent donc, qu’on devra enseigner dans les grandes écoles de sciences politiques, mais qui dans l’immédiat des burkinabè ajoute à l’embarras.

On est parti alors pour des colmatages. Il n’y a pas de ligne directrice précise. Les recommandations du comité de suivi seront mises en place au petit bonheur la chance en fonction des opportunités. Au final rien n’aura bougé. Par contre le président aura incontestablement gagné du temps et un répit. C’est peut-être le but de la manœuvre. Mais ça résout quel problème ? Aucun ! Comme pour donner raison à ceux qui disent que le bon politique ne résout pas justement les problèmes, il les embrouille. Notre président est passé maître dans l’art d’embrouiller les situations.

Pourtant ça lui pend au nez qu’il doit se dépêcher, alors qu’il a encore la maîtrise de la situation. Les derniers événements de Kosyam, avec Tuina, accusé d’avoir voulu attenter à la vie du président est un énième signe. Même si d’aventure c’était un montage. A forcer de monter pour enfoncer certains, on finira par monter de sérieux coups pour de vrai.

Pour éviter que cela n’arrive, il ne faut pas prêter le flanc. Après bientôt trente ans au pouvoir, qu’est-ce qu’il peut bien espérer encore, notre président, que de se trouver une bonne porte de sortie ? Tout autre objectif le conduit à sa perte. Il a peut-être une bonne étoile. Mais le propre des étoiles c’est qu’elles palissent. Elles ne préviennent pas hélas. ATT au Mali, faisait tellement confiance à sa bonne étoile qu’il n’a pas prêté attention aux mécontentements qui sourdaient. Pour lui le 31 juillet 2012, il allait passer le témoin à son successeur qui allait se débrouiller avec la chienlit. Elle lui a pété à la gueule avant.

Newton Ahmed Barry


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